L'acteur français Jean-Claude Brialy présente ce soir à Alger un documentaire Sur les traces de son enfance algérienne. Un film initiatique et autobiographique. Nous avons rencontré le Beau, le sémillant et l'éternel jeune premier, Serge. On sent que vous êtes ému et fébrile en revenant en Algérie. C'est le retour aux sources... A chaque fois que je viens en Algérie, je suis ému. Quand on arrive à un certain âge, on a la distance entre l'enfance et aujourd'hui qui se raccourcit. On a des souvenirs très précis de son enfance. Alors qu'on a oublié des choses qu'on a faites il y a quinze jours. J'ai eu la chance grâce à mon père qui était officier de venir en Algérie. Parce que je suis né ici. j'ai passé dix ans de 1933 à 1943 dans ce pays. Je n'ai eu que du bonheur. Beaucoup d'amis algériens et français ont des souvenirs qui sont entachés de cauchemars, la guerre, le terrorisme, la torture... Et puis des gens qui se croyaient supérieur à d'autres en les exploitant. Tout cela, je ne l'ai pas connu. Moi, j'ai connu que les palmiers, la mer, le soleil, le ciel, le jasmin, le sourire des gens que je croisais que ce soit à Sour El Ghozlane (ex-Aumale), Blida ou Annaba. Je n'ai eu que des souvenirs de beauté, sérénité, joie, plaisir... Moi, je suis très gourmand. Le couscous reste mon plat préféré. Evidemment, ici, il est meilleur que là-bas. Le documentaire autobiographique Sur les pas de son enfance algérienne est une quête initiatique... J'ai fait ce petit film de 52 minutes qui est un album de photos (souvenirs) que je feuillette en les commentant ces rencontres renferment ce bonheur, cette beauté. Partout où je suis retourné, l'année dernière, j'ai rencontré des gens formidables. Bien sûr, je suis acteur, connu... Mais pour eux, ils avaient affaire à un monsieur âgé qui retrouvait ses joies d'enfant. Ces femmes et hommes exprimaient tant de générosité, de simplicité... Et cela par du cœur ! Des retrouvailles émouvantes ! Justement dans ce documentaire figurent des passages où vous êtes ému jusqu'aux larmes... Oui, tout à fait ! Même si c'est un film, je ne suis pas acteur là. Je suis un homme qui a, devant des amis, des émotions qui sont trop fortes et sincères. Je souhaite à tous ceux comme moi qui ont envie de retrouver leurs racines, de faire de même. Je suis volubile comme les Algériens. Des gens du Sud, des Méditerranéens. Mon père était breton, assez fermé, ma mère auvergnate, d'un pays rude, dur et secret. Moi, je parle tout le temps, j'aime qu'on m'écoute, charmer comme les Algériens. Ils adorent raconter des histoires et même s'ils mentent, on est pas loin de la vérité. Donc, c'est cela que j'aime dans ce pays. Un pays ne peut vivre que s'il est libre et indépendant. Je trouve que ce pays a perdu du temps parce qu'il a été étouffé par des problèmes. Je crois que depuis deux, trois ans, le pays a retrouvé d'abord le calme, la sérénité et la paix. Les gens vivent, vont au théâtre, écoutent de la musique, se promènent sans avoir peur d'être agressés par des fous qui n'ont aucune conscience. Qui, au nom de Dieu, deviennent aveugles, tuent, égorgent, massacrent des femmes, des enfants, des vieux pour se prouver qu'ils existent. La jeunesse peut avoir de l'espérance parce que c'est un pays neuf, nouveau... Il faut que les jeunes ne soient pas au chômage pour éviter qu'ils se perdent ou soient entraînés dans la drogue, le terrorisme ou l'intégrisme. Je crois que Dieu n'est qu'amour. Ce documentaire était vital pour vous... J'espère que je ne suis pas à la fin de ma vie. C'est bien de faire le point. Se dire où est-ce que j'ai été heureux ? On a tous, même les privilégiés comme moi, des soucis, des problèmes de travail et de santé, des films qu'on ne nous propose pas, le manque d'argent. Comme tout le monde. On a tous des épreuves qui font que nous sommes tous égaux, les riches, les pauvres, les célèbres, les anonymes... On est tous pareils. Justement, quand vous avez eu des plages, des moments de bonheur comme je les ai eus en Algérie, je redeviens un môme de cinq ans. Je suis comme un enfant. Vous verra-t-on un jour dans un film algérien ? J'aimerais beaucoup. Tout à l'heure une productrice algérienne m'a parlé d'un sujet qui me touche énormément. En rencontrant des scénaristes, des réalisateurs, des écrivains et producteurs, peut-être que je trouverais un rôle qui me convienne. Je crois que cela serait une étape supplémentaire au bonheur en revenant dans ce pays. Vous allez être reçu par le président de la République comme la dernière fois... Je crois, je vais le voir aujourd'hui ou demain. Hier, il avait beaucoup de choses à faire avec le remaniement ministériel. Je vais lui rendre une petite visite. Moins longue que la dernière fois. Puisque je suis resté plus de cinq heures. Il est toujours aimable avec moi et il me considère comme un enfant du pays. Ce qui est un grand honneur pour moi.