Toutes les tentatives de création de syndicats autonomes au sein des multinationales, activant dans le Sud algérien, ont été vouées à l'échec. Le secteur économique est le moins syndiqué. Si les entreprises publiques sont investies par l'UGTA, le secteur privé est dénué de toute couverture syndicale. Les rares tentatives faites par certains employés se sont soldées par un échec cuisant et surtout par de terribles représailles contre les initiatives. La culture syndicale n'a pas gagné les patrons privés, trop regardants sur le profit et très peu soucieux des droits de leurs employés. Pour Meziane Meriane, coordinateur du Syndicat national des professeurs et enseignants du secondaire et technique (Snapest), l'emploi dans le secteur économique n'est malheureusement pas protégé et les syndicalistes sont persécutés, harcelés, soudoyés, sinon limogés. «L'activité syndicale dans le secteur économique privé n'est pas du tout tolérée, l'activisme dans ce secteur entraînera pour son auteur un licenciement. C'est pour cela que les ouvriers subissent, la mort dans l'âme, plutôt que de perdre leur poste de travail», explique Meriane. Achour Idir note qu'il existe trois types de secteur dans le tissu économique. Dans le secteur économique privé rentable, les travailleurs n'arrivent pas à créer un syndicat de crainte du diktat de leur employeur. Quant au secteur économique privé en difficulté financière, les travailleurs sont dans la logique de la préservation de leur outil de travail et non dans la logique de revendications. Enfin le secteur public renfermant les entreprises rentables telles que Sonatrach et Sonelgaz, le pouvoir se précipite pour répondre favorablement aux préoccupations des travailleurs afin d'éviter le recours au mouvement de protestation. Nacer Djabi, sociologue spécialisé dans la question syndicale, ne ménage pas à cet effet les patrons des entreprises privées qui sont réticents à l'idée de voir les travailleurs mieux organisés. «Ces patrons ne sont pas modernes, ils ont une mentalité archaïque. Ce sont de nouveaux riches qui considèrent l'entreprise comme leur propriété privée, comme leur chez-soi. Ils ont un comportement paternaliste et n'acceptent pas la contradiction, d'où leur opposition à un contre-pouvoir.» M. Djabi illustre ses propos par le monde de la presse qui n'échappe pas à cette situation : «Rares sont les entreprises de presse qui ont pu créer une section syndicale. Ils sont nombreux les patrons de journaux qui n'assurent pas leurs employeurs. Les injustices dans ses entreprises sont criantes. La faute incombe aussi aux journalistes dont les visions divergent.» A ce sujet, beaucoup de syndicalistes pensent que sans la détermination des journalistes, la presse n'aura jamais un syndicat fort. «Il y a beaucoup d'intérêts stratégiques pour pouvoir laisser un syndicat autonome activer au sein des journaux, cela peut toucher à l'ordre établi.» Tempête dans le Sud L'autre problème caractérise le grand Sud et par extension le monde des hydrocarbures et les multinationales. Toutes les tentatives de créer un syndicat autonome au sein des multinationales ont été vouées à l'échec. Yacine Zaïd témoigne : «En 2006, je travaillais à l'Eurest, multinationale française de l'agroalimentaire de Hassi Messaoud. J'ai été licencié pour avoir voulu créer une section syndicale autonome.» Zaïd a d'abord voulu créer une section de l'UGTA, mais la direction de l'UGTA, qui l'avait soutenu au départ, a fini par le désavouer. «Nous avions tenu une réunion pour la création d'une section syndicale affiliée à l'UGTA et en présence de tous les concernés, notamment des représentants de l'UGTA, de l'Inspection du travail, et même de la gendarmerie. Un PV a été signé, mais le directeur général de la multinationale a refusé de reconnaître le PV et a commencé à faire pression sur les ouvriers», peste Zaïd qui regrette que ni l'UGTA ni l'Inspection du travail n'aient pu faire changer d'avis au patron de cette entreprise. Zaïd a été licencié et traîné devant les tribunaux. Des mouvements de protestation ont eu également lieu dans trois entreprises de catering. Résultat : l'employeur a procédé au licenciement de tous les animateurs de ce mouvement : 30 ouvriers au total. A Sonatrach, «toute contestation se voit cassée et étouffée par l'UGTA», soutient Zaïd.