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Sur les traces du plus célèbre bandit d'honneur des Aurès
Ugzelmad le rebelle
Publié dans El Watan le 20 - 02 - 2014

Jeudi 20 février 1920. C'est jour de marché au douar Chélia, au nord des Aurès.
Emmitouflés dans leur burnous de laine, des paysans venus des mechtas alentour s'agglutinent autour des marchandises exposées à même le sol. Un homme arrogant, bien habillé, portant fièrement l'écharpe tricolore, fend lentement la foule, suivi de sa cour de partisans. Les paysans s'écartent respectueusement de sa route. Voilà le caïd Messaoud, le tout-puissant représentant de l'autorité coloniale. Il parade comme à l'accoutumée, tel un roi devant ses sujets, loin de se douter que son destin est désormais scellé. A l'autre bout du marché, Messaoud Ugzelmad, l'amnafeq, l'insoumis, s'avance vers lui d'un pas déterminé. Comme une onde sourde, son nom parcours la foule qui se fige.
Le soleil et les oiseaux semblent avoir suspendu leur course dans le ciel. Messaoud Ugzelmad se tient debout, devant le caïd pétrifié par tant d'audace et de témérité. Ugzelmad campe des deux pieds devant le caïd qu'il ajuste de son beau fusil de marque Lebel dont le canon luit au soleil. Le coup de feu déchire le silence et les cœurs. Atteint en pleine poitrine, le caïd s'affaisse lourdement dans la boue. Ugzelmad l'avait pourtant averti quelques jours auparavant. Ugzelmad n'agit jamais en traître. Il avertit toujours avant de frapper.
Les Aurès terre de révolte
C'est sur les traces de ce mythique Messaoud Ugzelmad, bandit d'honneur et figure de la résistance de cet éternel pays de la révolte que sont les Aurès, que nous sommes partis. Soleil éclatant et froid mordant sur le col de Aïn-Tinn à 1840 mètres d'altitude. Le mont Chelia et l'Ahmer Kheddou se sont couverts d'une étincelante couche de neige qui renvoie une lumière crue et aveuglante. Mais qui est donc cet Ugzelmad dont la poésie populaire et la mémoire collective chantent encore les exploits près d'un siècle après sa disparition ?
Il est né un jour de l'année 1894 dans l'un des nombreux hameaux du douar Zellatou. Un douar qui a pris le nom de cette montagne qui s'étend de Tkout jusqu'à Chélia. Il est de la grande tribu des Ath Bouslimane, de la fraction des Ath Saadia. Il est le cadet d'une famille de paysans et de bergers pauvres qui comptent déjà de nombreux enfants.
D'après Fanny Colonna qui en fit le portrait dans son livre Le Meunier, les Moines et le Bandit, c'est un voyou très précoce. Très jeune, il aimait défier les plus grands dans des duels au bâton ou au fusil. Il maniait aussi bien le verbe que le fusil et ne ratait jamais sa cible avec l'un ou avec l'autre.
Inoughissen, un petit village d'agriculteurs niché au creux d'une étroite vallée enserrée entre deux montagnes. Messaoud Ugzelmad est supposé être originaire d'ici, à en croire les habitants. Dans un café où l'on fume du «araâr» en buvant du thé, quelques vieux du village acceptent volontiers d'évoquer la mémoire de Messaoud le rebelle. «D aryaz n el haqu d amenfeq [C'est un homme juste et un insoumis]», dit de lui Salah Oucherif, 76 ans.
Par bribes, la vie de Messaoud Ugzelmad refait surface. Chacun raconte un épisode de sa vie même si certains confondent entre le premier Messaoud Ugzelmad et le deuxième car l'un de ses cousins, beaucoup moins chevaleresque, a pris son nom un peu plus tard. L'épopée de Messaoud Ugzelmad commence en 1917 lorsqu'il prend la direction de la bande de rebelles que dirigeait son frère Ali. Celui-ci avait pris le maquis en 1915, à la suite d'un sombre démêlé avec la justice. Il avait été condamné à un an de prison par contumace. Son crime ? Avoir volé un mulet. Il n'y restera pas longtemps. A peine évadé de la prison d'Arris, il exécute celui qui l'avait dénoncé à l'administration coloniale avant de prendre le maquis.
L'honneur lavé dans le sang
Dans ces contrées berbères, c'est toujours dans le sang que l'on lave son honneur souillé. Un jour de l'année 1917 son frère Ali est retrouvé mort. Messaoud prend aussitôt le maquis et commande la bande de desperados qui accompagnaient son frère. Insaisissable, apparaissant à l'improviste tantôt ici, tantôt là, il forgera sa légende en faisant parler la poudre. Les gendarmes et les gardes forestiers ne peuvent plus poser le pied à travers le vaste territoire de forêts et de canyons que Messaoud et sa bande écument. A la fin de 1917, le nord de l'Aurès appartient à Messaoud et le sud à Boumesrane, autre bandit d'honneur, originaire de Mchouneche. Avec le temps, les deux bandes finiront par fusionner.
«Un jour il était entrain de prier quand on a commencé à lui tirer dessus. Quand il a fini sa prière Messaoud a pris son fusil à clou et il a tué tous ses ennemis», raconte Malki Mohand Seghir, 81 ans. Comme pour donner encore plus d'épaisseur à la légende, Seghir précise que Messaoud Ugzelmad avait un «harz», un talisman, donné par un cheikh et censé le protéger des balles. Evidemment, au fil du temps, la légende a pris le dessus sur l'histoire. A chaque fois qu'un paysan subissait une injustice, une vache ou quelques têtes de moutons enlevés ou un maigre lopin de terre saisi, Messaoud se faisait un point d'honneur à rendre justice. «Il s'appelait Messaoud Ouzineb, du nom de sa mère ou bien Messaoud Ouhmed, du nom de son père. Ils l'ont tué et attaché à une charrue», précise Dernouni Dernoun, 66 ans.
Bien évidemment, on a le droit à autant de versions concernant sa mort qu'il y a d'interlocuteurs dans le café. Puis la conversation migre tout naturellement vers d'autres bandits d'honneur, d'autres rebelles qui ont défié la France et sont morts les armes à la main. Boumesrane et Gouzir, notamment, puis plus près de nous Grine Belkacem. «Il y avait même des kabyles parmi eux», dit Salah Oucherif à propos de la bande à Ugzelmad.
L'épopée de Messaoud Ugzelmad donne une image parlante du fossé qui sépare la population de l'autorité coloniale. Pour l'administration et ses supplétifs, Messaoud Ugzelmad n'est qu'un bandit qu'il convient d'abattre à vue, un gibier de potence qu'il faut pendre haut et court. C'est un assassin, un insoumis, un fellaga que les goums pourchassent le regard fuyant et la peur au ventre. L'Aurès, à cette époque qui correspond à la première guerre mondiale, est peuplé de révoltés qui ont pris les armes et qui ne reconnaissent de lois que celles de la tribu. Pour tout ce peuple de bergers et de paysans pauvres et exploités sans vergogne par les caïds et l'administration, Messaoud Ugzelmad est un héros, un justicier, un rebelle. Un Zapatta berbère qui détrousse les riches pour donner aux pauvres. Il prend de l'argent, du bétail, des volailles et surtout de la dignité et de la justice.L'écrivain Gilbert Ménier écrit dans l'un des ses livres que Ugzelmad était vu par la population des Aurès comme le digne successeur de Jugurtha.
Le berger qui entre dans la légende
Pour la postérité Ugzelmad le gaucher est un bandit d'honneur de la trempe d'Ahmed Oumeri ou Arezki Elvachir en Kabylie. C'est un simple berger qui a forcé les portes de la légende par son courage, son audace et son sens de la justice. Armé d'un simple fusil, il arrive à priver la France coloniale de sa fonction régalienne : c'est lui qui rend la justice. «Si quelqu'un subissait une injustice il allait se plaindre à Messaoud», dit encore l'un des vieux assis à notre table.
Le 8 mars 1921, Messaoud Ugzelmad, âgé de 27 ans, est tué au douar Mellagou par trois goumiers qui le pistaient depuis quelques jours. Sa tête étant mise à prix, ses meurtriers se partagent la mirifique somme de 10000 frs. Mort, il devient un mythe. Un héros à qui l'on consacre des chants et des poèmes. Même le grand Aïssa Djermouni, son contemporain, l'immortalisera dans l'une de ses chansons. Certes, sa carrière de bandit d'honneur a été brève, Messaoud Ugzelmad ne rentrera pas moins de plain-pied dans l'histoire. Il contribuera notamment à tracer une ligne rouge entre le peuple et l'administration et annoncera les insurrections futures qui libèreront le pays.


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