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Des «cases à nègres» aux banlieues ghettos
La chronique de Maurice Tarik Maschino
Publié dans El Watan le 13 - 03 - 2014

Du XVIe au XIXe siècles, près de 13 millions d'Africains furent déportés vers les colonies européennes d'Amérique et de l'océan Indien. Près de 2 millions périrent. Sans compter ces millions d'hommes et de femmes qui, à l'intérieur des empires africains et de l'immense empire musulman, qui s'étendait de l'Atlantique à la Chine, furent également réduits en esclavage. C'est la tragédie de tous ces Africains, traités comme de simples marchandises, que racontent, dans l'ouvrage qu'ils publient aux éditions de la Découverte, deux universitaires, Catherine Coquery-Vidrovitch et Eric Mesnard. Un ouvrage très documenté, très riche, et qui, en plus du grand nombre d'informations, très souvent inédites, qu'il apporte, s'efforce, en citant récits et témoignages, de restituer la vie quotidienne des esclaves. D'où son titre : Etre esclave(l). Une condition qui était déjà celle de nombreux Africains avant l'arrivée des Européens et que personne ne condamnait. Réduire en esclavage tous ceux qu'on pouvait attraper, les faibles, les pauvres, les insolvables, les meurtriers, les délinquants, les voisins, comme les membres d'autres tribus, ne suscitait aucune désapprobation, au contraire.
C'était une activité légale, source de richesse et de puissance pour les royaumes africains qui prospérèrent entre le IXe et le XVIe siècles : leur développement économique, leur force militaire dépendaient du nombre et de la qualité de leurs esclaves. A un moment de leur histoire, toutes les sociétés ont été esclavagistes. Un esclavagisme qui se développa à une échelle encore plus grande et se racialisa à l'arrivée des Européens, qui ne s'attaquaient qu'aux Noirs. Achetés à des marchands africains, les esclaves étaient expédiés en Amérique ou aux Antilles dans des navires où ils subissaient les pires violences.
Estampés, mis à nu, enchaînés les uns aux autres, battus, torturés s'ils protestaient contre leur sort — les femmes étaient systématiquement violées par l'équipage —, ceux qui ne mouraient pas survivaient dans des conditions épouvantables : saleté, puanteur, omniprésence d'excréments et de vomissures, cadavres en décomposition sous les coursives… Tous avaient peur d'être mangés par les Blancs : les Africains étaient convaincus qu'ils raffolaient de leur chair. A l'arrivée, seule une partie de la cargaison, épuisée, trouvait acheteurs.
Répartis dans les domaines des «maîtres», logés dans des «cases à nègres» qu'un orage emportait, les esclaves travaillaient du matin au soir dans les plantations de canne à sucre ou dans les champs, servaient de maçons, forgerons, charpentiers… Travail que scandaient, de l'aube à la nuit, des coups de fouet. «Le fouet est une partie intégrante du régime colonial», constate un abolitionniste, Victor Schoelcher, et rythme toutes les activités de la journée. Pour décourager toute révolte, les Européens mirent au point un système de sanctions, qui allaient d'une centaine de coups de fouet à l'amputation d'un membre et à la mort. Les plus sadiques furent les Français, qui rédigèrent, à l'époque de Louis XIV, un Code noir (1685) très détaillé : il précisait dans quel cas il convenait de couper une oreille, une main, de casser une jambe, d'écraser un pied et indiquait le coût de chaque «opération».
Les sanctions n'intimidèrent pas les esclaves. Malgré l'exécution immédiate qu'entraînait la moindre opposition, des révoltes éclatèrent dès le début des rafles. La plus grande se produisit en Irak en 863 et ne fut écrasée qu'en 888. D'autres, très violentes, eurent lieu sur l'île de Sao Tomé, ou pendant les traversées. En 1532, les 80 esclaves embarqués sur un navire portugais s'insurgèrent, s'emparèrent des armes de l'équipage et le tuèrent. A la fin du XIXe siècle, et pour répondre à de nouveaux besoins économiques et militaires, les puissances européennes commencèrent à se désintéresser de l'esclavage. Le Code noir oublié, les Français créèrent des villages qu'ils appelèrent, indifférents au ridicule ou à l'odieux de cette appellation, des «villages de liberté» : les fugitifs pouvaient s'y réfugier, puis rejoindre une colonie française, tels le Sénégal ou le Soudan (le Mali actuel), pour travailler sur les chantiers de chemin de fer ou les travaux publics.
A moins qu'ils ne préfèrent rejoindre l'armée : fondé en 1857, le corps des tirailleurs sénégalais était surtout composé d'esclaves qui, en s'engageant pour 14 ans, achetaient leur liberté. Pendant la Première Guerre mondiale, les trois quarts des mobilisés venus d'Afrique étaient des esclaves achetés par les Français aux chefs locaux. Dès le XVIIIe siècle, des intellectuels — Condorcet, Diderot, Voltaire — des associations, telles que la Société des amis des Noirs, dénoncèrent l'esclavagisme, mais cette dénonciation, par son ambiguïté, n'eut guère de portée : la plupart des anti-esclavagistes demeuraient convaincus de l'infériorité des Noirs. Et si l'esclavage est aujourd'hui officiellement condamné par tous les pays, bien des travailleurs ne sont guère mieux traités que les esclaves : au Brésil, en République dominicaine, les coupeurs de canne à sucre ont des conditions de vie semblables à celles de leurs ancêtres, aux Etats-Unis, les Noirs sont majoritaires dans les prisons, en Europe, ils subissent toujours de multiples discriminations. Les «cases à nègres» ont disparu, mais leur succèdent des immeubles-dépotoirs, des banlieues ghettos et des centres de détention.
1) Etre esclave, Afrique-Amériques, XVe-XIXe sièces, La Découverte, 2013.


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