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Extraits du discours d'Assia Djebar prononcé à son admission à l'Académie française
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Publié dans El Watan le 08 - 02 - 2015

L'Afrique du Nord, du temps de l'empire français – comme le reste de l'Afrique de la part de ses coloniaux anglais, portugais ou belges –, a subi, un siècle et demi durant, dépossession de ses richesses naturelles, déstructuration de ses assises sociales et, pour l'Algérie, exclusion dans l'enseignement de ses deux langues identitaires, le berbère séculaire, et la langue arabe dont la qualité poétique ne pouvait alors, pour moi, être perçue que dans les versets coraniques qui me restent chers.
Mesdames et Messieurs, le colonialisme vécu au jour le jour par nos ancêtres, sur quatre générations au moins, a été une immense plaie ! Une plaie dont certains ont rouvert récemment la mémoire, trop légèrement et par dérisoire calcul électoraliste. En 1950 déjà, dans son ‘'Discours sur le colonialisme'' le grand poète Aimé Césaire avait montré, avec le souffle puissant de sa parole, comment les guerres coloniales en Afrique et en Asie ont, en fait, ‘'décivilisé'' et ‘'ensauvagé'', avait-il dit, l'Europe».
«La langue française, la vôtre, Mesdames et Messieurs, devenue la mienne, tout au moins en écriture, le français donc, est lieu de creusement de mon travail, espace de ma méditation ou de ma rêverie, cible de mon utopie peut-être, je dirais même tempo de ma respiration, au jour le jour : ce que je voudrais esquisser, en cet instant où je demeure silhouette dressée sur votre seuil.
Je me souviens, l'an dernier, en juin 2005, le jour où vous m'avez élue à votre Académie, aux journalistes qui quêtaient ma réaction, j'avais répondu que ‘' j'étais contente pour la francophonie du Maghreb''. La sobriété s'imposait, car m'avait saisie la sensation presque physique que vos portes ne s'ouvraient pas pour moi seule, ni pour mes seuls livres, mais pour les ombres encore vives de mes confrères – écrivains, journalistes, intellectuels, femmes et hommes d'Algérie – qui, dans la décennie quatre-vingt-dix ont payé de leur vie le fait d'écrire, d'exposer leurs idées ou tout simplement d'enseigner... en langue française.
Depuis, grâce à Dieu, mon pays cautérise peu à peu ses blessures. Il serait utile peut-être de rappeler que, dans mon enfance en Algérie coloniale (on me disait alors ‘'française musulmane'') alors que l'on nous enseignait ‘'nos ancêtres les Gaulois'', à cette époque justement des Gaulois, l'Afrique du Nord, (on l'appelait aussi la Numidie), ma terre ancestrale avait déjà une littérature écrite de haute qualité, de langue latine...
J'évoquerais trois grands noms : Apulée, né en 125 ap. J.C. à Madaure, dans l'Est algérien – étudiant à Carthage puis à Athènes, écrivant en latin, conférencier brillant en grec, auteur d'une œuvre littéraire abondante, dont le chef-d'œuvre L'Âne d'or ou les Métamorphoses, est un roman picaresque dont la verve, la liberté et le rire iconoclaste – conserve une modernité étonnante.... Quelle révolution, ce serait de le traduire en arabe populaire ou littéraire, qu'importe, certainement comme vaccin salutaire à inoculer contre les intégrismes de tous bords d'aujourd'hui.
Quant à Tertullien, né païen à Carthage en 155 ap. J.-C., qui se convertit ensuite au christianisme, il est l'auteur d'une trentaine d'ouvrages, dont son Apologétique, toute de rigueur puritaine. Il suffit de citer deux ou trois de ses phrases qui, surgies de ce IIe siècle chrétien et latin, sembleraient, soudain, parole de quelque tribun misogyne et intolérant d'Afrique. Oui, traduisons-le vite en langue arabe, pour nous prouver à nous-mêmes, au moins, que l'obsession misogyne qui choisit toujours le corps féminin comme enjeu n'est pas spécialité seulement «islamiste» !
En plein IVe siècle, de nouveau dans l'Est algérien, naît le plus grand Africain de cette Antiquité, sans doute de toute notre littérature : Augustin, né de parents berbères latinisés... Inutile de détailler le trajet si connu de ce père de l'Eglise : l'influence de sa mère Monique qui le suit de Carthage jusqu'à Milan, ses succès intellectuels et mondains, puis la scène du jardin qui entraîne sa conversion, son retour à la maison paternelle de Thagaste, ses débuts d'évêque à Hippone, enfin son long combat d'au moins deux décennies, contre les donatistes, ces Berbères christianisés, mais âprement raidis dans leur dissidence.
Après vingt ans de luttes contre ces derniers, eux qui seraient les ‘'intégristes chrétiens'' de son temps, étant plus en contact certes avec leurs ouailles parlant berbère, Augustin croit les vaincre : justement, il s'imagine triompher d'eux en 418, à Césarée de Maurétanie (la ville de ma famille et d'une partie de mon enfance). Il se trompe.
Treize ans plus tard, il meurt, en 431 dans Hippone, assiégée par les Vandales arrivés d'Espagne et qui, sur ces rivages, viennent, en une seule année, de presque tout détruire. Ainsi, ces grands auteurs font partie de notre patrimoine. Ils devraient être étudiés dans les lycées du Maghreb : en langue originale, ou en traduction française et arabe. Rappelons que, pendant des siècles, la langue arabe a accompagné la circulation du latin et du grec, en Occident ; jusqu'à la fin du Moyen Âge.
Mon français s'est ainsi illuminé depuis vingt ans déjà, de la nuit des femmes du Mont Chenoua. Il me semble que celles-ci dansent encore pour moi dans des grottes secrètes, tandis que la Méditerranée étincelle à leurs pieds. Elles me saluent, me protègent. J'emporte outre Atlantique leurs sourires, images de ‘'shefa'', c'est-à-dire de guérison. Car mon français, doublé par le velours, mais aussi les épines des langues autrefois occultées, cicatrisera peut-être mes blessures mémorielles.
Mesdames et Messieurs, c'est mon vœu final de ‘'shefa'' pour nous tous, ouvrons grand ce ‘'Kitab el Shefa'' ou Livre de la guérison (de l'âme) d'Avicenne / Ibn Sina, ce musulman d'Ispahan, dont la précocité et la variété prodigieuse du savoir, quatre siècles avant Pic de la Mirandole, étonna lettrés et savants qui suivirent…»


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