Si Messaoud Zeghar est considéré comme l'un des artisans du damier politique de l'Etat algérien, sous la période de l'ancien président Houari Boumediène, aujourd'hui il est méconnu du grand public. Sa vie et son œuvre sont totalement ignorées par nouvelle génération. C'est pour parer cet oubli que Seddik S. Larkeche, enseignant à l'université de Lyon, a tenté de réhabiliter la mémoire de cet homme exceptionnel à travers un livre, riche de 381 pages. Messaouad Zeghar a créé l'un des premiers ateliers de fabrication d'armement au Maroc durant la Révolution algérienne. Il avait occupé le poste de diplomate officieux et d'entrepreneur international au service de l'Algérie. Il avait également œuvré pour les relations de l'Algérie avec les Etats-Unis. Il était considéré comme l'un des plus puissants et riches hommes en Algérie durant la période 1965-1978. Il était l'ami intime du défunt président Houari Boumediène, mais a été arrêté sous le règne de Chadli Bendjedid en 1983 pour haute trahison et atteinte à la sûreté de l'Etat algérien. Il a été incarcéré pendant plus de trente mois, finalement, il a été acquitté sans aucune charge contre lui. Il est mort en 1978 en Espagne. Pour le besoin de l'écriture de ce livre, Seddik S. Larkeche a entrepris un travail de recherche qui a duré plus de quatre années avec des voyages fréquents entre la Suisse, l'Allemagne, la France, les Etats-Unis, l'Espagne, le Maroc et l'Algérie. Et surtout avec cette volonté de l'auteur de retrouver les collaborateurs de Messaoud Zeghar. La genèse de ce projet remonte aux années 1990 quand l'auteur était sur le point de terminer son doctorat en sciences. En analysant les relations allegro-américaines, il avait remarqué que Messaoud Zeghar était présent dans un certain nombre d'écrits, notamment dans les archives du département d'Etat des Etats-Unis. Lors de la présentation son livre, samedi dernier, à la librairie du Tiers-Monde, à Alger, Seddik S. Larkeche a indiqué que Messaoud Zeghar est un homme de l'ombre méconnu de l'opinion publique. «Ce livre se décline sous la forme d'un hommage, mais c'est surtout l'idée de révéler la trajectoire d'un personnage très original avec un parcours exceptionnel. C'était un homme des plus riches et des plus puissants d'Algérie. C'était le seul ami de Boumediène et c'était surtout le mandataire du président Boumediène. Ce dernier lui avait alloué les missions de diplomatie parallèle, en particulier, dans les relations algéro-américaines. C'était également un entrepreneur international avec une capacité extraordinaire à faire des affaires, en particulier, en rachetant les fleurons de l'industrie occidentale. Il avait le génie des affaires et il était en avance sur son temps. Il avait la mondialisation dans ses tripes», dit-il. Si le livre en question se veut de réhabiliter le personnage de Messaoud Zeghar, son objectif, selon l'auteur, est également «de révéler aux Algériens l'histoire des hommes qui ont amené une contribution très forte à leur pays et qui sont inconnus. C'est une histoire de construction de l'histoire de la mémoire, en particulier, pour que les jeunes puissent avoir des repères». Seddik S. Larkeche tient à préciser qu'il ne s'agit pas d'un livre politique mais d'un livre de mémoire sur la vie d'un homme «qui est monté très haut et qui est descendu très bas. Il a la double spécificité, un patriote et un génie d'affaires. C'est un livre important pour la jeunesse et pour les gens qui sont dans les affaires en Algérie. Que le parcours de Messaoud Zeghar soit un outil d'apprentissage. On peut faire des affaires en Algérie, mais à la seule condition, c'est d'être patriote, comme l'a été Zeghar».Nacima Chabani Si Zeghar, l'iconoclaste algérien, de Seddik S. Larkeche ENA Editions (2014), prix public : 3000 DA