Messaouad Zeghar est considéré comme l'un des artisans du damier politique de l'Etat algérien sous la période de l'ancien président Houari Boumediene. A travers 163 pages réparties sur sept chapitres, l'auteur et avocat Tayeb Belloula revient d'une façon subtile et détaillée à la fois sur le procès, en ne manquant pas de mettre l'accent sur ses dérives et ses enseignements. L'Algérien Messaouad Zeghar était l'homme le plus fortuné et le plus puissant durant la période 1965-1978. Il était l'ami intime du président Houari Boumediene. Il était le fondateur de l'un des premiers ateliers de fabrication d'armement au Maroc durant la Révolution algérienne. Il a occupé le poste de diplomate officieux et d'entrepreneur international au service de l'Algérie. Il avait également œuvré pour le renforcement des relations de l'Algérie avec les Etats-Unis. L'avocat Tayeb Belloula précise qu'avant d'être arrêté, Zeghar se trouvait à Genève. Il avait eu des échos concernant son arrestation. Son entourage lui avait déconseillé de rentrer au pays. Il avait demandait aux services extérieurs de la sécurité militaire de lui obtenir une entrevue avec le président de la République Chadli Bendjedid afin de lui rendre compte de ses activités durant la période du président Boumediene. Il avait même sollicité à plusieurs reprises Larbi Belkheir pour un rendez-vous avec le premier magistrat du pays pour lui rendre compte des missions que lui avait confié le défunt président. Il a été arrêté le 8 janvier 1983 par des agents de la sécurité militaire. Son domicile est fouillé de fond en comble. Des objets personnels, des armes et autres matériels techniques sont saisis. Il est incarcéré 39 jours en garde à vue auprès des services de sécurités. Lors des différentes visites à la caserne du groupement d'intervention spécial, Zeghar était détendu. Il avait même soutenu à l'un de ses avocats, Tayeb Belloula que «les interrogatoires avaient commencé par des violences, des insultes et des menaces pour me faire dire ce qu'ils voulaient entendre, à savoir que j'ai trahi mon pays pendant la révolution et après son accession à l'indépendance». Les interrogatoires se déroulaient à n'importe quelle heure du jour et de la nuit. Façon singulière de «lui faire avouer des actions fantaisistes et dégradantes à la fois». Ayant remarqué que Zeghar était constant dans ses déclarations, il est enfermé pendant onze jours dans un cachot. Il est présenté au procureur de la République le 16 février 1983, soit 39 jours de garde à vue, alors que celle-ci ne doit pas dépasser les 48 heures selon la Constitution et la loi en vigueur. «Il en résulte, note Tayeb Belloula, que l'arrestation de Messaoud Zeghar était d'abord une erreur gravissime sur le plan politique, car elle pouvait signifier le procès de Boumediene puisque les missions qui lui ont été confiées par le Président étaient légales et relevaient de ses prérogatives», précise l'avocat et auteur. A l'issue d'un procès exceptionnel, Messaoud Zeghar a été acquitté sans aucune charge contre lui. Il est mort en 1978 en Espagne. En somme, à travers une plume des plus aérées, l'auteur Tayeb Belloula donne un large aperçu sur l'affaire Zeghar. Il met l'accent sur l'arrestation, la garde à vue, la stratégie de la défense, l'instruction de l'affaire, de l'ordonnance de renvoi, du procès à Blida, de la libération ainsi que sur les enseignements du procès et ses dérives. Une somme d'informations qui est à même de servir d'outil aux potentiels intéressés de la profession.