Les étudiants en sciences infirmières de l'université Abderrahmane Mira de Béjaïa demandent la reconnaissance de leur diplôme. Depuis plus d'une année, ils frappent à toutes les portes sans obtenir satisfaction. En décembre 2014, ces diplômés de l'enseignement supérieur ont adressé des courriers à leur tutelle (MESRS) et à au ministère de la Santé pour dénoncer aussi bien la mauvaise prise en charge de leur cursus que la reconnaissance pure et simple de leur diplôme. Pourtant, face aux appels incessants des acteurs de la santé et du ministre de tutelle pour combler le déficit flagrant en matière de professionnels de santé, le problème semble insensé. Après plus de 2040 heures de formation théorique et 2160 heures de formation pratique au CHU de Béjaïa, les licenciés en sciences infirmières découvrent avec effroi que le cursus n'est pas sanctionné par un diplôme reconnu. «A la direction de santé publique de la wilaya de Béjaïa, on nous a affirmé que notre diplôme n'était pas valable et qu'on ne pouvait travailler ni dans le secteur public ni dans le privé», déplore Tarek, l'un des porte-parole des contestataires. Ce dernier raconte un long parcours fait de demandes d'équivalence et d'un va-et-vient ininterrompu entre les ministères, sanctionné par des promesses toujours non tenues. Ces étudiants on même organisé des journées de contestation sans résultat probant. «Au ministère de l'Enseignement supérieur, on nous dit que notre équivalence est en train de se faire au compte-gouttes. A celui de la Santé, de manière non officielle, on explique que (le MESRS) a prévu la formation sans leur demander leur avis. On a l'impression d'être pris en otage entre les deux institutions», dénonce l'étudiant. Pourtant, le 27 novembre 2014, un courrier signé du secrétaire général du ministère de la Santé adressé à son homologue de l'Enseignement supérieur, annonçait que «les structures de santé peuvent assurer le recrutement des diplômés des sciences infirmières issus des universités». «Mais depuis, rien de nouveau. Au ministère de la Santé, on nous a carrément dit que même les stages qu'on a effectués au niveau du CHU de Béjaïa sont illégaux. Heureusement qu'aucun étudiant n'a eu de problème ou d'accident sur les lieux», s'étonne Tarek. La formation supérieure en sciences infirmières a été lancée en 2011 dans les universités de Béjaïa et de Mostaganem. Pour y accéder, les candidats devaient justifier d'une moyenne générale supérieure à 13,50/20. Après une licence de trois années sans débouché professionnel, l'accès au mastère a été un autre handicap de taille. «En 2014-2015, l'université a ouvert deux mastères : un dans la spécialité anesthésiologie et l'autre dans les soins préopératoires et gestion des risques. Mais même ce niveau de post-graduation a été gelé. On a bricolé des passerelles vers les mastères en biologie pour calmer les esprits. C'est insensé !» regrette le jeune étudiant. Depuis l'instauration du système LMD, plusieurs mouvements de contestation ont secoué les universités du pays à cause de spécialités pourtant dispensées à l'université mais qui ne sont reconnues ni pas la Fonction publique ni par le secteur privé. Ainsi, après trois ou cinq années d'études, les diplômés reviennent à la case départ. Une formation presque pour rien.