« Son prix ne connaîtra sûrement pas les envolées des années précédentes, mais la bête du sacrifice ne sera pas pour autant à la portée de toutes les bourses ». C'est ce qui ressort de l'argumentaire développé par ceux qui ont fait de la fréquentation des marchés à bestiaux leur principale occupation et habitués, de surcroît, à en anticiper le cours. Paradoxalement, l'embellie providentielle née de la quantité appréciable de pluie qui a arrosé, au cours de la semaine dernière, une bonne partie des étendues steppiques, après une attente prolongée dont la saison aurait sérieusement pâtie, n'aura qu'une relative incidence sur la valeur vénale du cheptel. « La sécheresse qui a sévi pendant toute la période automnale et la hiérarchisation de l'activité pastorale y sont pour beaucoup », préciseront ces mêmes sources. Si pour le commun des éleveurs qui table sur le long terme, ces précipitations, quoique tardives, écartent provisoirement le spectre de la disette que faisait planer la réduction des aires de pacage ; les intermédiaires, eux, ont depuis longtemps pris les mesures qui les préserveraient de la faillite en prévoyant l'aliment du bétail nécessaire à l'engraissement, en prévision des fêtes. Fluctuations Interviennent ensuite les commerçants, en cheville avec ces derniers, pour l'acheminement des bêtes destinées à la vente vers les grands centres urbains de l'est, du centre et de l'ouest. En conséquence, le coût ainsi déterminé n'est pas appelé à gravir des seuils propres à le rendre inaccessible, nonobstant de légères fluctuations dues, surtout, à la forte demande qui accompagnera le produit d'ici la fin du mois, à El-Bayadh. Après le bélier qui trône au-delà des 20 000 DA, statut social de probables acquéreurs oblige, l'agneau cédé entre 14 000 et 24 000 DA, selon le poids et l'âge, retient le plus l'engouement des éventuels acheteurs qui commencent déjà à se bousculer aux portillons des trois marchés hebdomadaires de Bougtob, El-Bayadh et Tousmouline. L'agnelle entre 16 000 et 18 000 DA trouve preneur parmi les revenus modestes qui, à l'occasion, n'ont d'autre ressources que de s'endetter en effectuant des prêts ou se séparer de quelques biens devenus soudain inutiles. L'essentiel étant de ne pas déparer dans le challenge qui ne manque pas de s'engager entre voisins ou aux yeux de la proche famille. Le sacrifice d'Abraham est souvent l'opportunité pour de nombreuses familles d'avoir accès à un standing nutritionnel dont elles sont privées pendant toute l'année. Autant que ce soit en y mettant le prix, afin d'agrémenter au mieux des festivités qui ne se reproduisent qu'une fois l'an. L'imminence de cette date se mesure, à El-Bayadh, à l'aune des processions mécaniques qui se font entendre au cours de la nuit et les encombrements aux alentours du marché à bestiaux de la ville par des véhicules de toutes les provenances. Les tractations sont réduites à leurs plus simples expressions et des troupeaux entiers changent vite de propriétaire avant d'être embarqués pour prendre la direction du Nord, où ces marchands occasionnels sont surs d'en obtenir des prix qui les gratifieront amplement des peines qu'ils auront prises, sans débourser d'impôt supplémentaires et sans avoir d'aucune manière participé ni à son renouvellement, ni aux soins qui lui sont dus, et à ce propos, ceux qui ahanent à le mettre sur le marché en savent quelque chose.