Le Liban et la Syrie n'ont jamais noué de relations diplomatiques depuis la proclamation de leur indépendance, il y a plus de 60 ans, à la fin du mandat français. Le chef de l'Etat syrien vient de mettre fin à une énorme ambiguïté. En un trait de plume, il vient de clarifier les relations de son pays avec le Liban dont il vient de reconnaître l'existence, son indépendance et sa souveraineté. Au demeurant, le geste de Bachar Al Assad était attendu et ce n'était plus qu'une question de jours après avoir déclaré que la question de la reconnaissance ne se posait plus, et même depuis quelques années, et si, disait-il, il ne manquait que l'ouverture d'ambassades, cela était dû, selon lui, à une question de moyens puisque, a-t-il fait valoir, son pays ne dispose de représentations que dans à peine la moitié des pays avec lesquels il a des relations diplomatiques. Mais il reste que le Liban n'est pas, dans ce contexte, un cas à banaliser. Et le pas a été franchi samedi, dans la capitale française, avec la décision de la Syrie et du Liban d'ouvrir prochainement des ambassades dans leurs capitales respectives. Une première depuis l'indépendance de leur pays. Une décision annoncée à Paris après une série d'entretiens sous l'égide de Nicolas Sarkozy. L'annonce a été faite par le président français, qui a salué un progrès « historique », à l'issue d'une rencontre au palais de l'Elysée avec son homologue syrien, Bachar Al Assad, et le président libanais, Michel Sleimane. Au cours d'une conférence de presse commune, MM. Assad et Sleimane ont confirmé leur volonté d'ouvrir des ambassades. L'annonce intervient alors qu'un nouveau gouvernement d'union nationale a été formé vendredi à Beyrouth, regroupant la majorité et l'opposition. Le Liban et la Syrie n'ont jamais noué de relations diplomatiques depuis la proclamation de leur indépendance, il y a plus de 60 ans, à la fin du mandat français. « Pour la France, c'est un progrès historique (que la Syrie ouvre) une représentation diplomatique au Liban et que le Liban ouvre une représentation diplomatique en Syrie », a affirmé M. Sarkozy. « ça peut paraître curieux que ce soit moi qui le dise, mais nous nous sommes mis d'accord pour que ce soit présenté ainsi », a-t-il ajouté. « Naturellement, il y a un certain nombre de questions juridiques qui doivent être réglées », a-t-il encore dit. « Notre position est qu'il n'existe aucun problème pour l'ouverture d'ambassades entre la Syrie et le Liban », a ensuite déclaré M. Al Assad. « Si le Liban a la volonté d'échanger des ambassades, nous n'avons pas d'objection pour le faire. » « Nous examinerons cette question dans un avenir très proche », a-t-il dit. « L'absence d'ambassades ne veut pas dire que la Syrie ne reconnaît pas le Liban », a aussi souligné le président syrien. « L'accord de Doha a fait passer le Liban du bord de la guerre civile à une étape de dialogue politique pour l'avenir du pays », a-t-il dit à propos de l'accord signé en mai dans la capitale du Qatar et qui a mis fin à la paralysie de la vie politique libanaise. Le président Sleimane a également confirmé l'ouverture prochaine d'ambassades, soulignant que Damas et Beyrouth allaient « se concerter pour mettre cet accord en œuvre le plus tôt possible et pour procéder à la délimitation des frontières » dans les secteurs non tracés. M. Sarkozy a par ailleurs annoncé qu'il se rendrait à Damas en septembre, pour la première visite d'un président français dans ce pays depuis 2002, soulignant que « la Syrie jouait un rôle essentiel » au Proche-Orient. M. Al Assad a par ailleurs « souhaité que la France, avec les Etats-Unis, puisse apporter toute sa contribution à un futur accord de paix entre Israël et la Syrie », selon un communiqué commun franco-syrien. La Syrie a engagé avec Israël, avec qui elle est officiellement en état de guerre depuis 1948, des discussions indirectes par le truchement de la Turquie. Bien entendu, une telle décision a été saluée comme il se doit et plus personne normalement ne trouvera le moindre prétexte ; c'est la Syrie qui vient de l'en priver, pour approcher autrement la situation dans cette région. C'est donc la phase diplomatique qui a accompagné le retrait de l'armée syrienne du Liban, il y a trois ans. Immanquablement, le jeu politique va connaître de profondes modifications.