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Un camp à ciel ouvert
Djelfa et M'Sila face à l'immigration clandestine
Publié dans Horizons le 19 - 10 - 2013

Des centaines de femmes et d'enfants, Nigériens et Maliens pour la plupart, envahissent, depuis quelques semaines, les rues des villes de la wilaya de M'Sila. Ces migrants, poussés à l'exode par les dramatiques événements qui secouent leurs pays respectifs, vivent tant bien que mal de la charité des Algériens. Pour la Gendarmerie nationale, seule la mise en place de centres d'accueil régionaux permettra de mieux maîtriser et de contrôler le flux des migrants clandestins. A M'sila ville, Sidi Aïssa et Boussâada, ils demandent l'aumône devant les mosquées, les restaurants, les cafétérias et au niveau des stations de taxi et de bus de transport de voyageurs. Si à M'Sila et à Sidi Aïssa, ils sillonnent les artères et les ruelles à la recherche de subsistance, à Boussaâda, une centaine de femmes et d'enfants nigériens et une dizaine de Maliens occupent des tentes aménagées au niveau de la gare routière. Cette ville touristique semble transformée en un camp d'immigrés en situation irrégulière. Ces derniers sont pris en charge par des citoyens en leur offrant nourriture, vêtements, matelas et argent. Ici, la plupart des Nigériens sont originaires de Zinder, connue sous le nom de Damagaram, deuxième ville du pays par sa population, et d'Arlit, située à 170 km au sud-est de la frontière algérienne. « J'ai tout perdu. La guerre (conflits entre les tribus) a détruit ma maison, ma terre et mon bétail. J'étais obligé de vendre les bijoux de ma femme pour payer mon voyage en Algérie », confie un Nigérien rencontré sur place. Interrogé sur son déplacement en Algérie, il dira avoir pris le bus pour venir à Arlit. Son « voyage », en compagnie de sa femme et de ses deux enfants en bas âge, se poursuivra par route jusqu'à Tamanrasset puis Ghardaïa. Son périple le mènera, tout à tour, à Ouargla, Biskra puis Boussaâda.
Les femmes seules dans les rues
Les Maliens, eux, sont originaires pour la plupart de la ville de Gao. Ils ont rejoint l'Algérie en passant par Kidal. « Un passeur nous a conduits à 100 kilomètres de la bande frontalière avec l'Algérie moyennant 6 000 DA par personne », affirme Ahmed. Et si certains de ces réfugiés disent chercher du travail et la paix en Algérie, d'autres projettent de rejoindre l'Europe. Notre pays n'est qu'une escale de quelques mois, histoire de gagner un peu d'argent pour l'ultime destination. Mais tous partagent la même situation de précarité. Et pour cause, « beaucoup d'Algériens refusent de nous recruter pour éviter les problèmes, alors que d'autres le font au noir et profitent de notre situation pour nous octroyer un salaire minable dans des conditions difficiles », affirme Souleymane, rencontré devant une superette à Boussaâda. Quant aux femmes qui circulent la plupart du temps en compagnie de leurs enfants aux pieds nus, elles n'hésitent pas à interpeller les passants, implorant leur générosité en arabe : « Sadaqa...Yaâtik saha » (charité, Dieu vous bénisse). « Les femmes se sont activement investies dans la mendicité », observe un citoyen de la ville. Ont-elles des époux ? Aïchatou répond : « Bien sûr mais les hommes n'ont pas de chance de décrocher un travail. Nous sommes obligées de mendier », lance-t-elle. Alors elles sortent le matin, vers 6h, pour aller quémander. Les hommes, eux, occupent les trottoirs, les grandes places publiques et les environs des chantiers dans l'attente d'une éventuelle embauche. Ces refugiés sont peu bavards, voire discrets, sur leurs sources de revenus tant la méfiance et la peur sont grandes. D'ailleurs, il a fallu garantir l'anonymat à nos interlocuteurs pour qu'ils acceptent de nous parler. Un jeune, portant un pull aux couleurs de l'Algérie, révèle qu'il a dû quitter le Mali suite à la dégradation de la situation sécuritaire. « Nous avons fui Kidal car notre maison a été détruite. On n'avait plus de commerce pour se nourrir. J'ai laissé ma mère malade. Là-bas, il n'y a ni médicaments ni nourriture », se plaint-il. Sur les conditions de vie, il estime qu'en Algérie on ne meurt pas de faim. « On nous donne à manger partout. Les Algériens sont très généreux surtout avec les enfants. Des familles nous ont donné des couches bébé, des vêtements et des couvertures », reconnaît-il.
Mendiants sahéliens et locaux : guerre...de position
Reste que les commerçants du grand marché de Boussaâda, les chauffeurs de bus en particulier et les habitants des quartiers limitrophes expriment leur désarroi face à la présence d'immigrants qui pratiquent la mendicité. « Ces mendiants ont recours quelquefois à la violence pour obtenir de la charité », déplore un chauffeur de taxi qui affirme avoir assisté à des rixes armées entre mendiants locaux et africains sur « les places stratégiques ». Dans wilaya de Djelfa, on assiste aux mêmes scènes. Ici, les Nigériens concurrencent les mendiants locaux. Ils sont à la gare routière à Hassi Bahbah, devant la mosquée Khaled-Ben-Walid, à la place Mohamed Boudiaf et à la place Foudil-Saâdi. Les services de sécurité affichent leur inquiétude quant à la présence en masse d'immigrants de différentes nationalités qui considèrent l'Algérie comme un pays de transit. Les services de la Gendarmerie de la wilaya de Djelfa ont traité, durant les neuf mois de l'année en cours, 94 affaires dans le cadre de la lutte contre l'immigration clandestine ayant conduit à l'interpellation de 126 Africains en situation irrégulière dont 78 ont été placés sous mandat de dépôt. Selon le commandant du groupement territorial de la Gendarmerie nationale de Djelfa, le lieutenant-colonel Ali Hamadouche, l'application de la décision du refoulement de ces ressortissants pour immigration clandestine a été gelée à cause de la dégradation de la situation sécuritaire dans ces pays, notamment le Mali. « En l'absence d'interlocuteur ou d'un représentant officiel, les refoulements ne sont pas appliqués », précise l'officier supérieur.
90% des cas de paludisme en Algérie originaires du Mali et du Niger, selon l'ANP
Mais celui-ci s'inquiète du danger de l'immigration clandestine qui « n'est pas seulement d'ordre sécuritaire, il est aussi sanitaire ». Selon lui, environ 90% des ressortissants sont porteurs de maladies. « Ils sont en déplacement constant ce qui constitue une menace pour la santé publique », ajoute le même responsable. Toutefois, il semble que les affres de l'exil, du malheur et de la pauvreté qui frappent ces réfugiés ne laissent personne indifférent, même les services chargés de l'application de la loi. Il affirme que des actions de solidarité ont été initiées en faveur des familles. « Nous sommes dans l'obligation de leur apporter un soutien humanitaire. L'avancée incontrôlée de ces flux migratoires reste, tout de même, un problème important et sensible. Il est nécessaire de mettre en place des centres d'accueil régionaux pour regrouper ces immigrés irréguliers afin de mieux les contrôler surtout que le nombre va crescendo », précise-t-il, en affirmant que les migrants ont refusé l'hébergement dans un centre d'accueil aménagé auparavant pour l'accueil des réfugiés syriens. Le Croissant-Rouge algérien, la Direction de l'action sociale (DAS) et la Protection civile ne sont pas en reste de ces actions de solidarité et d'aide à cette population déshéritée. Le chef de la 4e région militaire, le général-major Abderezzak Chérif, avait indiqué, lors d'une journée d'information médicale organisée à Ouargla, que 90% des cas de paludisme constatés en Algérie sont originaires des pays du Sahel, notamment du Mali et du Niger. « La majorité des cas malades ont été enregistrés dans des régions du Grand Sud, c'est à dire les lieux de concentration des immigrants clandestins », a expliqué le général-major. Face cette situation, le responsable militaire avait appelé les spécialistes à « identifier les nouvelles techniques médicales et les nouvelles dispositions permettant la gestion des risques du déplacement massif des réfugiés maliens au Sud algérien ».


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