« Tout n'est pas noir, tout n'est pas blanc, non plus, mais le tableau est teinté puisque l'espoir est permis », a déclaré, hier, Belkacem Babaci, président de la Fondation Casbah à l'occasion de la célébration de la journée nationale de La Casbah au forum d'El Moudjahid. Babaci a brossé un tableau des plus déprimants de la vieille médina. Celle-ci, fleuron de l'histoire d'Alger, lieu des épopées des différentes civilisations qui se sont succédé, une capitale où en 1518, pas moins de 147 accords ont été signés avec les grandes puissances, avant que les capitales européennes ne soient fondées, agonise. Non, la vieille médina ne disparaîtra pas. C'est le message lancé par la Fondation. L'espoir renaît avec le wali d'Alger qui a compris l'importance que revêt ce lieu où s'est droulée la Bataille d'Alger, qui a enfanté plusieurs héros de la guerre de libération et a vu 3000 disparus durant la guerre. Ce lieu de mémoire, anciennement capitale d'Alger, doit revivre et doit avoir droit de cité. C'est pour cela que la Fondation Casbah, qui fête son 25e anniversaire, veille jalousement sur cet acquis pour lui faire retrouver son aura d'antan. C'est vrai que les autorités ont promulgué la loi 98-04 pour préserver les lieux de mémoire à l'échelle nationale. Le travail a été lancé par la création de l'Agence nationale des secteurs sauvegardés. C'est une institution relevant de l'Etat dont le but est de réhabiliter 11 sites historiques dont la médina d'Alger. « Malheureusement, ces projets peinent à avancer », fera remarquer Réda Amrani, vice-président de la Fondation Casbah, chargé de la documentation et du volet histoire. L'autre institution créée à cet effet, est l'Office de gestion et d'exploitation des biens culturels (OGEBC) dont le DG, Abdelwahab Zekagh, a tracé un programme de consolidation des douirate. « Mais le problème réside dans l'absence d'une gestion de projet propre à La Casbah » soulignera Amrani. Ne se décourageant point, la Fondation Casbah a pris le taureau par les cornes en entreprenant un travail de proximité. En effet, une bibliothèque pour les petits a été inaugurée récemment. Elle se trouve dans l'enceinte de la Fondation. Déjà plus de 175 élèves du primaire s'y sont inscrits. Une cellule d'écoute a été mise en place pour recevoir les toxicomanes et leur prodiguer des conseils. Les femmes n'ont pas été oubliées puisqu'une classe d'alphabétisation a été ouverte à cet effet. L'autre volet auquel la Fondation Casbah y tient est la récupération des objets d'art volés ainsi que les crânes de Boubaghla, de Hadj Bouziane et tant d'autres héros de la guerre de libération qui trônent dans les musées en France. Babaci cite la Consulaire (Baba Merzouk), un canon de plusieurs tonnes dressé dans le port de Brest, l'astrolabe, la montre du dey offerte par les Américains, la grande montre de Louis XIV offerte au dey en 1682 et tant d'autres objet de valeur qu'il faut restituer à l'Etat algérien. Pour clore cette commémoration, un poème a été déclamé en l'honneur de la vieille dame qui a pris plusieurs rides mais reste toujours debout. Ce poème incite à sauver notre mémoire et notre Histoire. Un autre slam a été lu par une conteuse pour rappeler le partage, l'hospitalité, le dévouement, la bravoure des habitants de La Casbah face aussi bien au malheur qu'au bonheur.