Paradoxe n La plupart des grands laboratoires pharmaceutiques mondiaux sont présents en Algérie. Pourtant, beaucoup de médicaments ne sont pas disponibles sur le marché. Les patients, notamment ceux souffrant de maladies chroniques, sont nombreux à se plaindre de la pénurie de tel ou tel médicament. «Il faut plutôt parler de perturbations et non de pénuries», relèvent les distributeurs. Pour eux, un médicament qui n'est pas disponible au niveau des officines pendant 24 ou 48 heures «est une situation tout à fait normale». Le problème est que cette situation dure des semaines, voire des mois et revient cycliquement. De plus, les médicaments qui manquent se comptent parmi les plus vitaux. Les traitements pour cancéreux sont, par exemple, indisponibles au niveau de nombreuses pharmacies. Idem pour certains sirops, pommades et antibiotiques. En tout, 150 médicaments étaient en rupture de stock à fin mars dernier. Interrogés, des pharmaciens affirment que le problème les dépasse : «Nous mettons sur les étals tout ce qu'on nous distribue, nous ne pouvons rien faire d'autre.» «Faux.», rétorquent des malades chroniques qui accusent certaines officines de s'adonner à des pratiques illégales : «Elles font dans le stockage pour éviter les ruptures de stock et ne distribuent les médicaments qui connaissent des pénuries qu'à leurs seuls clients.» «Ce sont plutôt les patients qui achètent les médicaments en grandes quantités pour ne pas tomber en panne», répondent les pharmaciens qui reconnaissent néanmoins privilégier leurs clients, «ce qui est légitime et normal», disent-ils. Pour eux, les causes des pénuries sont à chercher plutôt au niveau des circuits de distribution. Sur ce registre, des témoignages font état d'un «chantage» exercé par certains distributeurs sur les pharmaciens : «Ils vous obligent à acheter des produits qui ne sont pas du tout demandés pour pouvoir bénéficier des médicaments qui manquent sur le marché. Si vous refusez cette vente concomitante, vous risquez de vous retrouver en rupture de stock, ce qui est souvent le cas.» De leur côté, les producteurs nationaux relèvent que le problème n'est pas au niveau des chaînes de production : «Notre production n'a pas connu de perturbations.» De leur avis, les pénuries de médicaments sont dues en grande partie aux quotas d'importation et de production «qui sont mal élaborés à chaque fois». «Il y a une surproduction pour certains médicaments alors que pour d'autres, il y a une sous-production», expliquent-ils.