Résumé de la 1re partie n L'éternuement tonitruant de Sabine Grauss fait basculer dans le vide sa chatte Mitzi... «Atchoum !» Sabine a des larmes plein les yeux. A cause de son éternuement. Mais où est donc passée Mitzi ? Dans l'instant qui suit, Frau Grauss obtient la réponse à son angoissante question. Un crissement de pneumatiques qui freinent en catastrophe et Frau Grauss, du haut de son quatrième étage, voit, juste en bas, une splendide voiture de sport décapotable rouge vif faire une embardée et quitter la droite de la chaussée pour foncer vers la gauche. Depuis son quatrième et malgré ses yeux pleins de larmes, Sabine Grauss se demande ce qui peut bien arriver au conducteur de la voiture rouge. De toute évidence, il vient de perdre le contrôle de son véhicule. Vous en feriez tout autant si une grosse chatte noire, blanche et beige, tombée on ne sait d'où, vous atterrissait sur le visage, toutes griffes dehors... Alors le chauffeur de la voiture rouge, le nez enfoui dans les poils noirs, blancs et beiges du ventre de Mitzi, panique. Mitzi, elle, affolée par sa chute, pousse des cris qui ne sont même plus des miaulements, plutôt une sorte d'appel au secours, en se cramponnant de toutes ses forces où elle peut, c'est-à-dire dans le cuir chevelu du conducteur de la voiture rouge... Avec les deux pattes de devant bien agrippées juste derrière les oreilles. Avec les pattes de derrière, tout aussi griffues et tout aussi cramponnées, Mitzi laboure la chemise en soie et les pectoraux du conducteur. Et elle n'arrête pas de pousser son cri inhumain... C'est pourquoi la voiture fait une embardée vers la gauche. Et vlan ! la jolie voiture rouge emboutit une tout aussi jolie voiture bleue, une familiale, qui en fait un demi-tour sur elle-même. «Mitzi ! Atchoum !» Là-haut, depuis son quatrième étage Frau Grauss alterne les cris de douleur inquiets et les éternuements. Elle en est au moins à son sixième. Le plombier intrigué par le bruit des chocs l'a rejointe et essaie de se glisser à côté d'elle dans l'embrasure de la fenêtre. Sabine ne lui laisse pas beaucoup de place. — Oh, nom d'une pipe ! Le plombier ne comprend pas encore trop ce qui se passe en bas et il n'a pas tout vu ! La jolie voiture bleue, qui arrivait dans le sens inverse de la décapotable rouge, est donc partie pour faire un demi-tour sur elle-même, au milieu de la circulation, juste à la hauteur du carrefour. C'est ainsi qu'elle heurte de plein fouet une camionnette de livraison chargée de bières. Les caisses bien empilées pour être faciles à décharger prennent une ligne centrifuge. Voilà tout le carrefour qui nage dans la bière mousseuse et dans les bouteilles plus ou moins brisées. Celles qui sont intactes roulent gaiement vers les caniveaux ou bien sous les roues d'autres véhicules qui arrivent. Frau Grauss commence à entendre, entre deux éternuements, les bruits d'avertisseurs, les crissements de freins et même les exclamations de piétons qui se demandent où ils pourraient se mettre à l'abri de cette fin du monde. — Ah ben, dites donc, vous parlez d'un bazar ! Le plombier est presque content. Il va avoir quelque chose de sensationnel à raconter à sa femme, à ses enfants et à ses copains... La camionnette de livraison de bière finit par s'arrêter... Où elle peut : c'est-à-dire en plein dans l'autobus de la ligne R, au moment où celui-ci s'approchait de l'arrêt. L'autobus, sous cette poussée inattendue, monte sur le trottoir, décapite un réverbère et démolit l'abribus... Et puis tout s'immobilise, dans un silence impressionnant. Chauffeurs et témoins, voyageurs et piétons restent un instant silencieux. A suivre Pierre Bellemare