Risée des grands de ce monde, qui y voient parfois un terrain d'entraînement à la stratégie militaire, les échecs peuvent aussi être détournés à des fins de propagande, comme le montre à Bonn (Allemagne) une exposition consacrée aux relations complexes entre échecs et politique. Sous le titre «Coup pour coup. Echecs, société, politique», les auteurs de cette exposition se sont surtout penchés sur l'histoire des échecs au XXe siècle, en passant en revue le communisme, le nazisme et la Guerre froide. Parmi les pièces les plus emblématiques, la table où eut lieu le «match du siècle» entre l'Américain Bobby Fischer et le Soviétique Boris Spasski, lors de la finale 1972 du championnat du monde. Joué dans une tension extrême et sous les projecteurs de la planète entière, ce choc au sommet de la Guerre froide s'était soldé par la défaite surprise du Russe, alors tenant du titre, face à l'Américain. Avec ses figures symbolisant différentes fonctions sociales – pions, cavaliers et autres «fous» –, l'art échiquéen a souvent été récupéré par la propagande, soit par des mouvements politiques. L'exposition de Bonn montre ainsi un échiquier et ses pièces fabriqués à Leningrad aux premiers temps de la révolution bolchévique, avec d'un côté les «prolétaires» dont le roi est équipé d'un marteau, et de l'autre les «capitalistes» dont le cavalier noir porte un masque de mort. En Europe occidentale également, au début du XXe siècle, les échecs étaient particulièrement prisés des mouvements socialiste et communiste. Un peu plus tard et à l'autre extrémité de ce que l'on appelle aujourd'hui l'échiquier politique, les nazis s'étaient également emparés d'un jeu qu'ils avaient voulu ériger en «jeu national des Aryens».