Miracle n Cette grappe de raisin, fraîche et appétissante, est un don de Dieu. C'est Dieu qui a voulu récompenser cet homme pour sa piété et ses peines. On racontait qu'autrefois, au M'zab, un homme, qui vivait loin de la ville, cultivait la terre. Du matin, jusqu'au soir, il allait cherchait l'eau, dans l'un des affluents de l'oued, et il bêchait inlassablement sa terre. Comme celle-ci, était bonne, il faisait parfois de belles récoltes. Il avait un âne, qu'il chargeait de beaux légumes et de beaux fruits et partait les vendre au souk de Ghardaïa. Avec l'argent qu'il gagnait, il achetait de la semoule, de l'huile et d'autres produits de première nécessité. Certes, il n'était pas riche, mais il vivait heureux, remerciant à chaque fois Dieu de le combler de ses bienfaits… Un jour d'hiver, en se promenant dans son verger, il remarque, sur une treille, une grosse grappe de raisin. — Du raisin ! s'écrie-t-il. Il s'approche : il a bien vu, c'est du raisin, du beau raisin rouge et si frais qu'on se croirait en pleine saison. Il hésite à couper la grappe. — Comme, elle est belle et surtout comme elle doit être sucrée ! Il tourne autour d'elle. — C'est extraordinaire ! Oui, comment un fruit d'été a-t-il pu tenir, jusqu'en hiver, alors que les nuits sont fraîches et, que le matin, les arbres sont parfois entièrement recouverts de gelée ? — C'est un miracle ! se dit l'homme. Oui, c'est vraiment un miracle ! Cette grappe de raisin, fraîche et appétissante, est un don de Dieu. C'est Dieu qui a voulu le récompenser pour sa piété et ses peines. Déjà, il se voit croquant les beaux grains, savourant leur suc… Il fait le geste de couper la grappe. Puis il se ravise. — Non… je préfère la regarder ! Le spectacle des yeux est aussi appétissant que celui du goût… Non, il se repaîtra d'abord du spectacle de la grappe, attachée à sa treille, avant de la manger ! Toute la nuit, l'homme pense à sa grappe. Il en rêve, la nuit, et le matin, en dépit du froid qui règne, il court la voir. — Qu'elle est belle ! Il la regarde, la caresse. Va-t-il la cueillir pour la manger ? — Non, dit-il, je vais encore la regarder. Elle lui semble encore plus grosse que la veille. Peut-être a-t-elle encore mûri. Il est soudain saisi par la crainte que le raisin ne pourrisse ! Il inspecte grain par grain, regarde les feuilles, la tige. Tout est bon, mais l'homme a compris que s'il ne se hâte pas d'enlever la grappe, elle finira par pourrir. — Je vais la laisser encore aujourd'hui et, demain, je la cueillerai ! Il savoure, déjà, à l'avance, le fruit. (à suivre...)