La gabegie qui a frappé ces dernières années la culture avec ces festivals gargantuesques et budgétivores a plus qu'appauvri l'art dans toutes ses expressions, puisqu'en aval les retombées attendues sur le secteur ont été, de l'avis des spécialistes, sans impact réel et quasi nulles. On organise ces manifestations culturelles d'envergure internationale, on invite des supposées «sommités» qui servent beaucoup plus leurs cultures, même si certaines œuvres ont une portée universelle, et on se complaît dans cette situation croyant avoir servi la culture nationale. La nouvelle ministre de la Culture, Nadia Labidi, qui a décidé de faire un audit de ces festivals, sera certainement surprise par les conclusions qui lui seront présentées, si elles ne travestissent pas la réalité, car l'ampleur du gaspillage est incommensurable. «Tout ça pour ça ?», s'interrogera-t-on quand on s'apercevra qu'il s'agit là de financements à fonds perdus. Des fonds qui auraient pu servir à promouvoir la culture locale et nationale, qui s'en serait trouvée réconfortée et réhabilitée pour prétendre plus tard à une reconnaissance à l'échelle du pays, pour ensuite être consacrée au niveau international. Parce qu'il faut bien qu'on commence quelque part, qu'on réalise une œuvre, qu'on la présente à un public dont le goût aura été au préalable forgé pour pouvoir la juger. Il faudra, pour ce faire, revoir de fond en comble l'organisation du secteur de la culture, de sorte que celui-ci puisse s'occuper véritablement de toutes les potentialités, les aider à se développer et à s'épanouir, avant que celles-ci ne volent de leurs propres ailes. Dans toutes les wilayas du pays, la plupart des directeurs de la culture se contentent d'une gestion administrative du secteur appliquant les directives du ministère pour l'organisation de festivités commémorant tel ou tel anniversaire ou un quelconque festival national où les nouveaux artistes en herbe sont automatiquement exclus. Il n'y a pas d'initiative des responsables de ces institutions pour aller vers les artistes, les assister, leur apporter une aide, sous quelque forme que ce soit, et les soutenir en mettant à leur disposition les moyens dont ils ont besoin pour faire exploser leurs talents. Des directions dont les fonctionnaires restent cloitrés dans leurs bureaux à longueur d'année, seule façon pour eux de justifier leurs salaires. L'art et la création portés par des artistes à bras le corps pendant des années ne trouvent pas preneurs. Ils périclitent pour un temps avant de mourir à petit feu dans un coin, oubliés. En somme, l'art se cache pour mourir car nos amis artistes se débattant pendant des années, gesticulant, criant leur détresse et soulevant au dessus de leurs têtes l'art dans toutes ses expressions, tel Atlas soutenant la voûte céleste, n'en peuvent plus. Ils abandonnent le métier qui leur tient à cœur car contraints et forcés par un environnement qui n'est pas pour les encourager. «On n'abandonne pas complètement l'expression artistique, elle est en nous, elle fait partie de notre être, elle reste enfouie dans nos cœurs car l'artiste restera toujours un artiste même s'il change de métier», nous a confié un jeune peintre reconverti dans le commerce. Le ministère de tutelle, avec son budget, son armée de fonctionnaires, ses innombrables structures, n'arrive pas à promouvoir la culture nationale. Cependant, les autres cultures envahissent le pays brouillant encore plus les repères et les référents culturels qui s'estompent au fil des ans. A quand donc un ministère qui s'occupe véritablement de notre patrimoine et ses défenseurs, de nos artistes, de nos hommes de lettres ? M. R.