Le royaume chérifien ne manque pas de diplomates talentueux et compétents et sa diplomatie est l'une des plus anciennes du monde musulman. Mais comment expliquer sa régulière descente aux enfers depuis la mort du roi Hasan II et particulièrement depuis ces derniers mois ? Au point d'atteindre un niveau de délabrement et de médiocrité digne d'une république néocoloniale de troisième ou quatrième ordre? Régulièrement, la presse marocaine encore libre se fait l'écho de la mise à l'écart de diplomates professionnels au profit de profils étrangers au métier. Un choix de clientèles basé sur le seul critère d'allégeance. Une désastreuse politique de ressources humaines aggravée par l'amateurisme, l'indécision et l'impulsivité du Roi en matière de politique étrangère. Et les grosses bévues ne se comptent plus. Rupture unilatérale, brutale et incompréhensible des relations diplomatiques avec l'Iran et le Venezuela d'Hugo Chavez qui avait reconnu la Rasd. Avec Téhéran, ce fut d'autant plus stupéfiant que la rupture avait été décidée au moment même où cette puissance géostratégique et grand pays énergétique normalisait ses relations avec les USA et l'Europe. «Si l'Amérique était encore sous la coupe des néo-conservateurs, hostiles par principe à l'Iran, la politique marocaine aurait pu être comprise comme un alignement sur Washington», écrivait alors le magazine marocain Tel Quel. «Qu'est-ce que le Maroc est allé faire dans cette galère anti-iranienne ? Bien malin, aujourd'hui, qui pourrait donner une réponse. A moins qu'il ne s'agisse, tout simplement, d'une affligeante manifestation d'amateurisme de notre diplomatie. Connaissant ses antécédents en la matière, cette hypothèse, hélas, n'est pas à écarter», écrivait encore l'hebdomadaire. Le pire, c'est surtout la vassalisation de plus en plus manifeste à l'Arabie saoudite et ses satellites du CCG. On sentait bien que la rupture avec l'Iran était un acte de pur suivisme, destiné à plaire à une monarchie wahhabite qui sert beaucoup comme tiroir-caisse de Rabat. Mais il y a surtout et depuis fort longtemps cette incapacité manifeste à améliorer les relations ou à surmonter les contentieux avec l'Algérie. Les liens avec son grand voisin sont déterminés par le prisme déformant du conflit du Sahara occidental. Sur ce dossier, la diplomatie marocaine fait aujourd'hui preuve d'un autisme profond qui dépasse de loin l'enfermement diplomatique des années Hassan II. Pourtant, à la fin de son règne, le père de Mohamed VI avait su désolidariser les relations avec l'Algérie de la question du Sahara occidental, ce qui lui a permis de jouer un rôle important dans la création de l'Union du Maghreb arabe (UMA). Cet autisme traduit encore plus l'esprit bunker qui caractérise de nos jours la diplomatie du Palais royal. Une parano et une schizophrénie diplomatiques qui ont abouti à une grave détérioration des relations avec l'ONU et davantage avec son Secrétaire général Ban Ki-moon qui a annulé sa visite prévue en mars à Rabat. A court d'arguments, le gouvernement a organisé des marches de protestation contre le SG de l'ONU, avec des ministres qui ont battu le pavé à Rabat. Du jamais vu ! Et, signe patent de l'énervement du Palais royal, le gouvernement décide d'arrêter son financement de la Minurso (3 millions USD) et menace de retirer ses soldats des autres contingents de Casques bleus. Et, enfin, recul considérable des réseaux d'influence marocains au sein de l'Union européenne. Une UE avec laquelle le dialogue est au point mort, sans oublier par ailleurs le refus de réintégrer l'Union africaine où la Rasd est membre depuis 1982 du temps de l'OUA. La diplomatie marocaine semble se satisfaire de la relation intime et protectionniste avec Paris et du rapport très intéressé avec la pompe à fric saoudienne. Mais ses deux attaches de protection et de financement peuvent-elles se substituer à une diplomatie digne de ce nom et digne d'un pays de l'envergure du Maroc ? N. K.