Photo : S. Zoheïr Par Samir Azzoug Le deuxième Festival culturel panafricain d'Alger est fini. Comme pour chaque événement, l'heure d'inventorier les répercussions est arrivée. Va-t-il laisser des traces ou des séquelles ? Lors de son intervention sur les ondes de la radio Chaîne III, lundi dernier, la ministre de la Culture, Khalida Toumi, n'a pas tari d'éloges sur le Panaf et sa gestion, qualifiant les retombées du festival d'«énormes». «C'est un grand succès pour l'Algérie et l'Afrique», affirme-t-elle. Il est vrai que, durant 15 jours, certaines parties de l'Algérie ont vibré sous les charmes africains. 8 000 artistes en provenance de 50 pays sont venus égayer l'été algérien. Durant la première semaine du festival, plus d'un million et demi de spectateurs ont été comptabilisés. En attendant le bilan chiffré de cette grande fête continentale, on peut se permettre au moins de dresser un inventaire de ses insuffisances. Pour commencer par le commencement, il faut d'abord s'entendre sur la portée d'un tel événement. Pourquoi organiser un festival culturel continental ? Si les réponses politique, philosophique et idéologique (améliorer l'image du pays sur la scène internationale, présenter les peuples africains sous un autre angle…) sont évidentes, d'autres raisons ne semblent pas avoir profité de toute l'attention requise par les organisateurs. Il s'agit essentiellement des notions économiques et de développement. L'Algérie était pratiquement sûre que l'Union africaine (UA) lui accorderait l'organisation du deuxième Festival culturel panafricain depuis 2005. C'est en 2006, lors de la tenue de sommet de Khartoum, que la décision a été prise par l'Union africaine. Ce fut une simple formalité. Donc, le pays disposait d'au moins trois ans pour mener à bien cette opération. Avec un budget dépassant les 50 milliards de dinars, l'opportunité était là pour donner un coup de pouce salvateur au développement des cultures locales. Eriger de nouvelles scènes de spectacles, construire des théâtres, des salles de cinéma, des infrastructures d'accueil et faire émerger des industries de la culture en encadrant les activités et groupes d'artistes locaux étaient des options qui coulaient de source. Malheureusement, ce n'est qu'à la dernière minute que les vrais préparatifs ont été engagés. A quelques semaines à peine du coup d'envoi du festival, le secrétaire général de la wilaya d'Alger rencontre les présidents des Assemblées populaires communales pour leur demander de s'impliquer dans l'organisation du Panaf. Mis à part la construction du village des artistes à Zéralda, aucune infrastructure remarquable n'est à mettre sur le compte de ce festival. Rien n'a été construit. On se souviendra toujours du stade chinois, «Nid d'oiseau», construit en quatre ans pour les JO de Pékin. Il restera éternellement le monument symbolisant ces Jeux et la volonté d'un Etat, d'un peuple, d'en imposer au monde entier. L'autre opportunité manquée a trait aux retombées économiques. Louable est la décision de faire profiter gratuitement le public des différentes manifestations culturelles. Mais ce genre d'événement doit au moins profiter aux commerçants de la ville où sont organisés les spectacles. Un artiste venu d'ailleurs est aussi, potentiellement, un touriste. S'il n'est pas libre de ses mouvements, s'il ne peut pas sortir pour faire du shopping (revendiqué par nombre d'invités africains rencontrés), une ressource budgétaire conséquente est enlevée de la bouche des commerçants. Frustrés, beaucoup de ces artistes ont manifesté leur mécontentement de ne pouvoir sortir librement et se frotter aux citoyens algériens. Le brassage n'a pas réellement eu lieu. Mis à part les exposants, qui n'ont d'ailleurs pas vu de foule, les groupes folkloriques et musicaux africains n'ont connu de l'Algérie que leur résidence et les scènes où ils se sont donnés en spectacle.D'autres couacs dans l'organisation sont également à signaler, comme l'absence d'un programme global, bien établi et distribué avant le festival. Les accréditations pour la couverture médiatique de l'événement ont été données au compte-gouttes. Les horaires des spectacles et des navettes pour transporter les artistes n'ont pratiquement jamais été respectés, ce qui a laissé pas mal de participants en rade. Quant à la qualité des troupes invitées, que ce soit du côté algérien ou des autres pays africains, en dehors de quelques stars mondialement reconnues, il y aurait beaucoup à dire. Si certains spectacles ont réellement enflammé ou intéressé les spectateurs, d'autres ont largement déçu jusqu'à se demander si les artistes étaient réellement des professionnels. Par ailleurs, nombre de visages connus sur la scène culturelle algérienne n'ont pas été conviés à l'événement, et c'est bien dommage.