Le 19 mars, qui célèbre la fin de la longue nuit coloniale, et de Mostaganem, ville d'où Charles de Gaulle avait annoncé l'aube de la Ve République française, l'Algérien Abdelaziz Bouteflika a reconnu, lui, le caractère inéluctable des réformes politiques. Le militant nationaliste, qui aime tant la force des symboles, a délégué à un proche conseiller le soin de dire que «la levée de l'état d'urgence sera une page ouverte sur la voie de réformes globales, lesquelles ne pourraient être fructueuses en l'absence de réformes politiques». On comprend donc que l'abrogation de l'état d'urgence en vigueur depuis 1992 n'est pas une fin en soi juridique. Qu'elle est juste une «page ouverte» dans un livre de «réformes globales». Et que, relation de cause à effet, ces changements d'ensemble seraient vains sans des «réformes politiques». On en prend donc acte. On s'en réjouit même et ce n'est pas le lieu de faire ici au président de la République un quelconque procès de mauvaise intention politique. Et même si l'on ne lit pas dans le marc de café boutéflikien, faut-il voir en Abdelaziz Bouteflika un adepte de la litote ? En annonçant par voix interposée, et de manière sibylline et elliptique, son intention de lancer des réformes politiques, il a peut-être voulu faire entendre le plus en disant le moins. Le bénéfice du doute doit lui profiter. Mais en procédant ainsi, le chef de l'Etat, qui semble préjuger favorablement de la compréhension, de la confiance et de la patience de ses concitoyens, prend le risque de se voir demander, avec insistance et à bon droit, de révéler le fond de sa pensée. Surtout d'associer à l'élaboration des réformes toutes les énergies et toutes les intelligences nationales, à commencer par les politiques, à l'intérieur et à l'extérieur des partis. Et cela n'a pas raté. En effet, des voix se sont élevées, ici et là, pour critiquer la démarche. Y déceler de l'ambiguïté ou dénoncer un présumé fait accompli. Certains y ont même cru voir une manœuvre dilatoire devant permettre au régime de se régénérer à moindres frais politiques et à bon compte démocratique. Les uns comme les autres semblent dénier au premier responsable du pays le droit de décréter seul le bonheur démocratique des Algériens. Si toutefois sa sincérité n'est pas en cause, sa manière de peu dire de ce qu'il compte faire donne, en revanche, l'impression qu'on est, jusqu'à preuve du contraire, en présence d'une course en solitaire et à huis clos à l'intérieur du régime. Pourtant, les conditions internes et externes, favorables au changement consensuel sont - il ne faut pas avoir peur du mot - historiques ! L'heure n'est donc pas au dissensus, mais au consensus comme à la veille du 1er Novembre 1954. A l'unisson, toutes les forces politiques rejointes par les jeunes facebookers prônent un retour à la Déclaration du 1er Novembre. C'est comme si toutes les consciences politiques algériennes se mettaient à chanter un «qassaman» démocratique ! Ce retour au passé révolutionnaire est finalement un saut dans le futur démocratique tant la Déclaration du 1er Novembre est d'une brûlante actualité. Elle l'est forcément par le contenu et la démarche de ses jeunes rédacteurs, soucieux d'expliquer, à l'époque, leur démarche et de lui obtenir l'adhésion du peuple. La surprise, extraordinaire, est renouvelée à chaque fois qu'on redécouvre que les jeunes révolutionnaires d'hier avaient d'abord pris le soin de s'adresser à ceux qui «sont appelés à [les] juger». Le besoin de convaincre les avait alors incités à «éclairer sur les raisons profondes qui [les] ont poussés à agir». Pour cette raison, ils ont «exposé [leur] programme, le sens de [leur] action, le bien-fondé de [leurs] vues». Exactement ce qui manque, à ce stade, à la démarche du président de la République, moudjahid d'hier, armé de son ardeur patriotique et de la Déclaration du 1er Novembre. En ces temps révolutionnaires, ses frères d'armes parlaient de «rassemblement et d'organisation de toutes les énergies saines». Profondément imprégnés qu'ils étaient de «la tâche écrasante qui nécessite la mobilisation de toutes les énergies et toutes les ressources nationales». Convaincus de mener un «mouvement de rénovation», ils avaient conscience que «le mouvement national […], mal orienté, privé du soutien indispensable de l'opinion populaire, dépassé par les événements, se désagrège progressivement». Leur objectif de construire «l'Etat algérien souverain, démocratique et social dans le cadre des principes de l'Islam» n'a pas été atteint. Pour le réaliser, ils avaient juré de «donner le meilleur d'eux-mêmes à la patrie». Nous aussi d'ailleurs et le chef de l'Etat, premier d'entre tous, mais pas seul, également. Tous pour le futur 1er Novembre de la démocratie algérienne. N. K.