De notre envoyé spécial à Aïn Témouchent Mohamed Medjahdi LA TRIBUNE : La ville se prépare pour la saison estivale, seulement, les falaises de Sagla offrent un paysage désolant. Quelles en sont les causes ? Benabderrahmane Mohamed : Effectivement, c'est le seul problème rencontré sur le terrain, malgré les efforts déployés par nos services. Nous avons effectué plusieurs opérations de nettoyage, mais le manque de civisme a aggravé la situation. Les 40% de ces falaises ont été prises en charge, et le reste sera complètement nettoyé. J'interpelle les citoyens à collaborer, car la propreté de la ville de Beni Saf est l'affaire de tous, et la commune a réservé des lieux spéciaux où déposer les ordures. La propreté de la ville contribue à l'image qu'elle donne aux passagers, mais surtout à celle qu'en ont ses habitants. Elle contribue également à une certaine qualité de vie en influençant fortement sur le comportement de ses résidants, selon la manière dont celle-ci est gérée. C'est pourquoi la municipalité est très vigilante à ce que la commune soit propre… et à ce qu'elle le reste ! Je veux dire par là que le développement durable se concrétise par des gestes pour l'environnement, menés conjointement par les pouvoirs publics, les collectivités, les entreprises et les citoyens. En plus de la responsabilisation citoyenne de chacun, les objectifs de la municipalité sont clairs dans ce domaine : lutter contre la pollution, embellir le cadre de vie en assurant la constance de la propreté, de celle des lieux publics et en réalisant des plantations esthétiques, tout en préservant le patrimoine naturel et sa diversité biologique. Le citoyen a une lourde responsabilité et il est de son devoir de s'y impliquer. Quelle politique pour le tourisme dans la région ? Comme vous le savez, les principales destinations des touristes sont les plages. Il y a un intérêt accru pour les stations balnéaires, là où l'on a réalisé des investissements aptes à nous positionner sur un marché concurrentiel du tourisme balnéaire. Nous sommes à pied d'œuvre pour être prêts le jour J. A nos yeux, le tourisme joue un rôle d'avant-garde dans la création de l'emploi et contribue à la résorption du chômage ; il est aussi retenu comme un facteur moteur et un facteur clé pour le développement de la région. L'orientation stratégique adoptée est qu'à l'avenir Beni Saf sera une destination touristique de renommée internationale et un haut lieu de loisirs, qui accueillera plus de 5 millions d'estivants. Tout simplement, elle offre un dépaysement garanti et une grande diversité d'intérêt touristique avec ses nombreuses potentialités touristiques et ses opportunités de développement, lesquelles constituent des niches porteuses, dont la ZET de Rechgoun qui s'étend sur 15 hectares. A ce sujet, j'invite les investisseurs à se rapprocher de nous, et je leur facilite toutes les tâches, c'est promis. Car la région enregistre encore un déficit flagrant en matière d'hébergement, et ne compte malheureusement que 5 hôtels, 6 camps de toile et une auberge en cours de réalisation. Vous avez parlé de 5 millions d'estivants. N'estimez-vous pas que c'est énorme ? Ce sera 5 millions et peut-être plus, car deux plages d'Aïn Témouchent seront fermées cette année à cause des travaux de Medgaz, où des mines seront utilisées. Il s'agit de Chatt El Hillal et de Sidi Djelloul. Nous sommes donc obligés de faire face à ce flux, et nous souhaitons des projets d'envergure dans ce sens pour encourager le tourisme balnéaire, surtout que tous les chemins mènent à Beni Saf. Beni Saf enregistre un déficit en AEP. Existe-t-il des projets dans ce sens ? C'est vrai, la région souffre du déficit de cet élixir de vie, la distribution se fait un jour sur dix, et parfois un jour sur douze. A ce sujet, un projet de dessalement de l'eau de mer a été affecté à la région. D'une capacité de 46 000 mètres cubes par jour, ledit projet mettra fin au calvaire des populations. C'est grâce au complexe d'aluminium que la région a bénéficié de cette opération. Cependant, d'autres projets de forage seront bénéfiques pour la région qui boit le calice jusqu'à la lie. La moitié de la ville rejette ses eaux usées en mer, n'avez-vous pas pensé à une station d'épuration ? Si. Le projet est en cours, avec la réalisation d'une station d'épuration à Sidi Boucif d'une importante capacité qui permettra d'épurer le rejet des eaux usées en vu de protéger l'environnement. Puisque le débit est conséquent, pourquoi ne pas transférer les eaux pour l'irrigation des agrumes ? Beni Saf est connue également pour ses cultures, notamment les agrumes, sur 118 hectares avec une production de 250 quintaux par hectare. Malheureusement, cette culture a été affectée par la sécheresse. A cela s'ajoute la vigne sur près de 180 hectares, avec une production de 25 q/ha, qui a subi le même sort climatique. Nous avons pensé transférer les eaux épurées de la station, mais, comme le financement est faramineux, nous demandons l'intervention des concernés pour prendre en charge le problème, surtout que la conduite d'adduction ne posera pas de problème avec un tunnel de voie ferrée sur 4 000 mètres linéaires. Nous sommes persuadés qu'avec l'exploitation des eaux épurées nous pourrons sauver les agrumes et même les superficies de vignoble. Peut-on connaître les grands projets dont la région a bénéficié ? Beni Saf a bénéficié de projets non négligeables. Sur le plan de l'enseignement, on peut citer notamment un lycée d'une capacité de 800 élèves dont les travaux ont été lancés, un CEM à Beni Khaled qui sera opérationnel dès la prochaine rentrée scolaire et une école primaire de six classes. Et dans le cadre de la politique de la police de proximité, une Sûreté urbaine est installée à Sidi Khaled. Aussi, il y a lieu de noter la construction d'une bibliothèque et d'une crèche. Au volet logement, c'est un programme ambitieux, puisque la commune de Beni Saf a été gâtée dans ce sens, avec 603 logements LSP, 580 pour le social, et d'autres entrant dans le cadre du logement rural. Un dernier mot… Les jeunes souffrent, et nous avons des potentialités pour les prendre en charge. Concernant la ville, nous possédons des programmes en vue de la hisser à un stade de développement remarquable et harmonieux, car la qualité du cadre de vie dans un territoire contribue à la rendre attractive dans la durée pour les habitants, les employés, les entreprises. L'aménagement durable de la ville apporte des réponses à des enjeux collectifs majeurs en termes d'écologie et de solidarité, lesquels concernent la vie de tous les habitants et acteurs du territoire, car l'avenir de l'humanité se joue en grande partie autour de la question urbaine.