Une agence des Nations unies a accusé, samedi, Israël d'avoir posé des mines antipersonnel au Liban durant le conflit entre Tsahal et le Hezbollah, cet été. L'ONU affirme que l'Etat hébreu a usé d'armes à sous-munitions durant ce conflit, mais il s'agit de la première accusation concernant des mines. Le Centre de coordination d'action contre les mines (MACCSL) a mené une enquête suite à l'explosion d'une mine, vendredi qui a grièvement blessé deux experts en déminage européens, ainsi qu'un médecin libanais. L'agence onusienne a rapporté, samedi, qu'un démineur britannique avait également été blessé, dans une autre explosion, dans le même secteur. Selon le MACCSL, les explosions ont été causées par des mines antipersonnel posées au Sud-Liban par l'armée israélienne lors de son incursion en juillet et en août derniers. "Il s'agit des premières preuves dont nous disposons que les forces israéliennes ont posé de nouvelles mines au Sud-Liban en 2006", a déclaré l'agence dans un communiqué. Des responsables militaires israéliens ont émis des doutes sur l'origine de ces mines antipersonnel. "Ce pourrait être une mine du Hezbollah ou une mine posée par un autre pays, et qui pourrait ne même pas dater du dernier conflit. De nombreuses armées se sont battues là-bas au cours de nombreuses années", ont déclaré ces responsables, préférant garder l'anonymat tant que l'enquête sur l'explosion se poursuivait côté israélien. Ils se sont cependant montrés évasifs face à la question concrète de savoir si Israël avait posé des mines au Liban, cet été. La porte-parole de l'agence onusienne, Dalya Farran, a déclaré que les experts avaient pu déterminer qu'il s'agissait de mines israéliennes posées récemment en relevant "leur type, leur taille et leur condition". "Le secteur entier où les champs de mines ont été trouvés avait été dégagé par les experts de l'agence entre 2002 et 2004, donc, clairement, celles-ci sont neuves", a-t-elle déclaré. Le sud du Liban est parsemé de mines antipersonnel. L'armée israélienne en a posé en se retirant de la région en 2000, après une occupation de 18 ans, mais le Hezbollah en a fait de même pour empêcher Tsahal de revenir. Selon l'ONU, jusqu'à un million de bombes à fragmentation, où armes à sous-munitions, qui ont été larguées au Sud-Liban durant le conflit, cet été, n'ont toujours pas explosé et menacent la population civile. Depuis la cessation des hostilités le 14 août dernier, au moins 24 personnes sont mortes dans des explosions de bombes à fragmentation. Sur un autre registre, le gouvernement pro-occidental libanais a passé outre, samedi, l'hostilité du camp prosyrien et de la Syrie en entérinant le projet de tribunal sur l'assassinat de l'ex-Premier ministre, Rafic Hariri, nouvelle étape d'un complexe processus de ratification. Après l'assassinat mardi du ministre chrétien, Pierre Gemayel, le gouvernement, affaibli par la démission, ce mois-ci, des six ministres prosyriens, est déterminé à obtenir la création de ce tribunal international. En toile de fond, l'affrontement entre le camp antisyrien, au pouvoir depuis le printemps 2005 et la fin des années de tutelle syrienne sur le Liban, et les proches de Damas a pris ces dernières semaines une tournure de plus en plus radicale. Dans ce dossier dont les enjeux dépassent le cadre de la politique libanaise, la Syrie est intervenue pour demander, par la voix de son ambassadeur à l'ONU, Bachar Jaafari, que le tribunal ne soit pas créé avant la fin de l'enquête sur la mort de l'ancien Premier ministre libanais.