La troupe du Nouveau théâtre de la ville d'Isser (Boumerdès) a donné jeudi à Alger et ce, devant un public peu nombreux, une représentation de sa pièce intitulée « Haute sécurité » au Théâtre national algérien Mahieddine Bachtarzi. Réalisée par Abdelghani Chentouf, la pièce qui puise dans la thématique de l'absurde, parodie l'autorité sous sa forme la plus visible : à savoir ses manifestations au sein de l'institution militaire. La pièce devait être jouée également hier soir. Selon Chentouf, joint au téléphone, « le public sera plus nombreux aujourd'hui» (hier vendredi, NDLR). Deux comédiens, Ahcene Bechar et Mohamed Brik Chaouche campent le rôle de soldats montant la faction dans un lieu désertique où il n'y a pas âme qui vive. Le décor installe de prime abord le spectateur dans un univers nocturne et effrayant qu'accentue le jeu sonore et de lumière. Les signes de civilisation se réduisent à la présence de la tour de surveillance, dont le niveau à ras du sol abrite un WC. Même la présence animale est réduite, à peine si on entend les aboiements d'un chien que du reste on ne voit pas, mais qui annoncent la venue de l'ennemi. Quand la scène s'ouvre, la tour de surveillance n'est encore occupée que par un seul soldat. Celui-ci ne doit laisser passer personne, il doit même exécuter quiconque oserait se présenter sans le mot de passe. Comme dans « le Désert des Tartares » de Dino Buzzati, l'ennemi ne viendra jamais. La deuxième personne qui surgit n'est que l'autre soldat. Il s'en sort avec la peau sauve parce qu'il connaît le mot de passe qui change toutes les 24 heures. C'est lui qui va donner la réplique au soldat qui le reçoit. La hiérarchie s'établit dès lors que le plus gradé des deux protagonistes est celui-là même qui est le maitre des lieux, c'est-à-dire le plus expérimenté. Les deux hommes, le chef et le subalterne paraissent avoir un tempérament psychologique contrasté, l'un est viril, impitoyable, l'autre efféminé, peureux et même humain. Ceci n'est qu'apparence bien sûr. Toujours est-il que les deux hommes se livrent à un duel qui laisse clairement voir un rapport de dominant à dominé en attendant le surgissement de l'ennemi qui ne vient pas. S'ils sont constamment à l'affut, guettant la venue du danger extérieur, les deux soldats, en réalité, s'occupent de faire la guerre à la place de l'ennemi imaginaire. L'ennemi en réalité c'est leur propre égo qui l'incarne. Ils ne savent pas pourquoi ils montent la garde, quel idéal ils servent. L'un et le miroir de l'autre. Les deux faces d'une même pièce. L'avers et l'endroit. C'est le Procès de Kafka. L'épilogue de la pièce va le révéler. Il a suffi que le chef ne prenne pas connaissance du mot de passe, en confiant à son alter-ego, dans un moment de distraction, le document le contenant, pour voir les rôles s'inverser. C'est pour ainsi dire le grade qui forme le caractère humain, on est viril ou efféminé selon qu'on est chef ou subalterne. On est dans un monde robotisé et fossilisé, où la parole de l'autorité, ici le mot de passe, prime sur celle de l'individu. Déshumanisé, celui-ci perd toute conscience de son existence. La pièce, certes, tombe à point nommé dans un contexte marqué par la stigmatisation et la disqualification des autorités dans le Maghreb et le Monde arabe, mais elle demeure fermée à la réalité algérienne, en ce sens qu'elle s'est gardée de se référer à des événements vécus chez nous, ce qui lui donne un caractère plutôt abstrait. Dans l'ensemble, il faut admettre que la représentation s'appuie sur une très bonne technique de dramatisation. Rappelons que « Haute sécurité » a décroché un prix au Maroc, et deux autres en Algérie (Médéa et Mostaganem) et qu'elle est la 4e production du Nouveau théâtre d'Isser. La troupe du Nouveau théâtre de la ville d'Isser (Boumerdès) a donné jeudi à Alger et ce, devant un public peu nombreux, une représentation de sa pièce intitulée « Haute sécurité » au Théâtre national algérien Mahieddine Bachtarzi. Réalisée par Abdelghani Chentouf, la pièce qui puise dans la thématique de l'absurde, parodie l'autorité sous sa forme la plus visible : à savoir ses manifestations au sein de l'institution militaire. La pièce devait être jouée également hier soir. Selon Chentouf, joint au téléphone, « le public sera plus nombreux aujourd'hui» (hier vendredi, NDLR). Deux comédiens, Ahcene Bechar et Mohamed Brik Chaouche campent le rôle de soldats montant la faction dans un lieu désertique où il n'y a pas âme qui vive. Le décor installe de prime abord le spectateur dans un univers nocturne et effrayant qu'accentue le jeu sonore et de lumière. Les signes de civilisation se réduisent à la présence de la tour de surveillance, dont le niveau à ras du sol abrite un WC. Même la présence animale est réduite, à peine si on entend les aboiements d'un chien que du reste on ne voit pas, mais qui annoncent la venue de l'ennemi. Quand la scène s'ouvre, la tour de surveillance n'est encore occupée que par un seul soldat. Celui-ci ne doit laisser passer personne, il doit même exécuter quiconque oserait se présenter sans le mot de passe. Comme dans « le Désert des Tartares » de Dino Buzzati, l'ennemi ne viendra jamais. La deuxième personne qui surgit n'est que l'autre soldat. Il s'en sort avec la peau sauve parce qu'il connaît le mot de passe qui change toutes les 24 heures. C'est lui qui va donner la réplique au soldat qui le reçoit. La hiérarchie s'établit dès lors que le plus gradé des deux protagonistes est celui-là même qui est le maitre des lieux, c'est-à-dire le plus expérimenté. Les deux hommes, le chef et le subalterne paraissent avoir un tempérament psychologique contrasté, l'un est viril, impitoyable, l'autre efféminé, peureux et même humain. Ceci n'est qu'apparence bien sûr. Toujours est-il que les deux hommes se livrent à un duel qui laisse clairement voir un rapport de dominant à dominé en attendant le surgissement de l'ennemi qui ne vient pas. S'ils sont constamment à l'affut, guettant la venue du danger extérieur, les deux soldats, en réalité, s'occupent de faire la guerre à la place de l'ennemi imaginaire. L'ennemi en réalité c'est leur propre égo qui l'incarne. Ils ne savent pas pourquoi ils montent la garde, quel idéal ils servent. L'un et le miroir de l'autre. Les deux faces d'une même pièce. L'avers et l'endroit. C'est le Procès de Kafka. L'épilogue de la pièce va le révéler. Il a suffi que le chef ne prenne pas connaissance du mot de passe, en confiant à son alter-ego, dans un moment de distraction, le document le contenant, pour voir les rôles s'inverser. C'est pour ainsi dire le grade qui forme le caractère humain, on est viril ou efféminé selon qu'on est chef ou subalterne. On est dans un monde robotisé et fossilisé, où la parole de l'autorité, ici le mot de passe, prime sur celle de l'individu. Déshumanisé, celui-ci perd toute conscience de son existence. La pièce, certes, tombe à point nommé dans un contexte marqué par la stigmatisation et la disqualification des autorités dans le Maghreb et le Monde arabe, mais elle demeure fermée à la réalité algérienne, en ce sens qu'elle s'est gardée de se référer à des événements vécus chez nous, ce qui lui donne un caractère plutôt abstrait. Dans l'ensemble, il faut admettre que la représentation s'appuie sur une très bonne technique de dramatisation. Rappelons que « Haute sécurité » a décroché un prix au Maroc, et deux autres en Algérie (Médéa et Mostaganem) et qu'elle est la 4e production du Nouveau théâtre d'Isser.