Aïd El Fitr : l'ANCA appelle au strict respect de la permanence    Journée de la Terre : face à l'agression sioniste continue, les Palestiniens s'attachent comme jamais à leur terre    Agressions sionistes contre Ghaza : le bilan s'élève à 50.251 martyrs et 114.025 blessés    Décès de l'artiste Hamza Feghouli: le président de la République présente ses condoléances    Réunion de coordination entre le ministère de l'Agriculture et le Haut commissariat à la numérisation pour accélérer la numérisation du secteur agricole    Foot : le représentant du département technique régional de la Fifa en visite de travail en Algérie    Aïd El-Fitr: la nuit du doute pour l'observation du croissant lunaire du mois de Chaoual fixée au samedi (ministère)    Algérie-Qatar: signature de la convention finale relative au projet intégré de production de lait dans le sud du pays    Agression sioniste: la faim s'accroit à Ghaza, s'alarme l'UNRWA    L'artiste Hamza Feghouli tire sa révérence à l'âge de 86 ans    Le colonel Amirouche, un leader charismatique et un fin stratège    Coupe d'Algérie: l'USM Alger et le MC El Bayadh en demi-finale    Santé : Saihi préside une réunion pour assurer la continuité des services de santé pendant les jours de l'Aïd El-Fitr    Hidaoui préside à Souk Ahras le lancement du 1er club sur la santé et la lutte contre la toxicomanie et les fléaux sociaux    Foot / Ligue 1 Mobilis : l'Olympique Akbou se sépare de l'entraineur Denis Lavagne    Pluies orageuses samedi et dimanche sur des wilayas de l'est du pays    Belmehdi reçoit les lauréats du concours national de récitation du Saint Coran et du concours d'encouragement des jeunes récitants    Arrestation d'un individu qui ciblait des personnes âgées pour voler leurs pensions    Un méga-Iftar aux couleurs d'une «qaâda assimia» avec Bingo    Sonatrach et Sonelgaz explorent les opportunités de coopération et d'investissement à Addis-Abeba    «La Présidente de la Tanzanie se félicite des relations excellentes unissant les deux pays»    Appel à la levée des sanctions et au respect de la souveraineté syrienne    Journée de sensibilisation dédiée à l'entrepreneuriat féminin    Déstockage de 155 tonnes de pommes de terre pour en réguler le prix sur le marché    Une catastrophe à cause de la malnutrition    Le Cap-Vert est au vert pour le moment    Un jeune grièvement blessé par arme à feu à Kaïs    Développement du football : Sadi appelle à s'allier au projet de la FAF    Séminaire sur la professionnalisation du football en avril à Alger    Les délégations russes et américaines entament un nouveau cycle de négociations bilatérales en Arabie saoudite    En célébration de la tenue traditionnelle féminine du Grand Est algérien    L'artiste Bilal Boutobba lauréat    Projection du film historique ''Zighoud Youcef''    Elaboration de la loi criminalisant la colonisation : d'anciens députés nommés au sein de la commission spéciale    « Préservons les valeurs de tolérance et de fraternité »    Lutte contre le terrorisme        L'Algérie happée par le maelström malien    Un jour ou l'autre.    En Algérie, la Cour constitutionnelle double, sans convaincre, le nombre de votants à la présidentielle    Algérie : l'inquiétant fossé entre le régime et la population    Tunisie. Une élection sans opposition pour Kaïs Saïed    BOUSBAA بوصبع : VICTIME OU COUPABLE ?    Des casernes au parlement : Naviguer les difficiles chemins de la gouvernance civile en Algérie    Les larmes de Imane    Algérie assoiffée : Une nation riche en pétrole, perdue dans le désert de ses priorités    Prise de Position : Solidarité avec l'entraîneur Belmadi malgré l'échec    Suite à la rumeur faisant état de 5 décès pour manque d'oxygène: L'EHU dément et installe une cellule de crise    







Merci d'avoir signalé!
Cette image sera automatiquement bloquée après qu'elle soit signalée par plusieurs personnes.



José Garçon : « En Algérie, l'affichage public de la suprématie de l'armée est inédit »
Publié dans Le Quotidien d'Algérie le 13 - 07 - 2019

Désormais seul face à la pression de la rue, l'état-major algérien est en proie à une guerre ouverte au sommet, analyse, dans une tribune au « Monde », l'experte à la Fondation Jean-Jaurès et spécialiste de l'Algérie.
Tribune. Cinq mois après le début d'un soulèvement dont le pacifisme, la détermination et la maturité ne se démentent pas – en témoigne l'immense manifestation du 5 juillet, date coïncidant avec l'anniversaire de l'indépendance du pays –, l'Algérie est dans l'impasse.
Alors que le mandat du chef de l'Etat par intérim Abdelkader Bensalah a expiré le 9 juillet, le commandement militaire s'obstine à répondre à l'exigence populaire d'un changement de système en tentant d'en imposer un replâtrage pour ne pas renoncer à la domination qu'il exerce depuis 1962.
Les contestataires peuvent pourtant se prévaloir d'au moins trois acquis majeurs. Malgré leurs divergences, ils ont résisté aux provocations qui cherchent à les diviser en réinstaurant les clivages idéologiques et identitaires, la dernière en date visant à bannir les drapeaux berbères ! En redonnant aux Algériens confiance en eux-mêmes, le soulèvement a d'autre part consacré le réveil politique d'une société qui se bat et débat, espère et fait preuve d'une vitalité et d'une créativité impressionnantes.
Passé plus inaperçu, le troisième acquis marque un changement décisif dans le fonctionnement du système car il touche aux deux constantes qui lui ont permis de se maintenir et de se perpétuer depuis l'indépendance en 1962 : une discrétion des chefs militaires proche de la clandestinité et une capacité à ne jamais laisser les luttes de clans atteindre un point de non-retour.
Ce sont précisément ces deux « garanties » de la pérennité du régime qui ont volé en éclats. Car, en précipitant la désintégration d'un système et d'institutions à bout de souffle, le soulèvement l'a laissé adossé sur sa seule et véritable colonne vertébrale : l'armée. En témoigne l'omniprésence d'un Ahmed Gaïd Salah, qui cumule de facto les fonctions de chef d'état-major, chef de l'Etat et chef des services de renseignement.
Théâtre d'ombres
La suprématie de l'institution militaire – qui, depuis 1962, a exercé la réalité du pouvoir sans partage, sauf avec les services de renseignement – est, certes, un secret de polichinelle dans un pays où tous les gouvernements tiennent leurs charges des militaires et ne sont donc pas comptables devant le peuple. L'affichage public de cette suprématie est en revanche inédit.
En effet, cette armée-Etat a toujours veillé à se dissimuler derrière une apparence de pouvoir civil – le FLN pendant un quart de siècle puis un pluralisme de façade à partir de 1989. Ce théâtre d'ombres aura valu garantie d'impunité à des hauts gradés qui ont veillé à demeurer une société anonyme pour n'avoir jamais à rendre de comptes.
Se retrouver seul en scène est dès lors périlleux pour un commandement qui refuse d'assumer son pouvoir mais entend continuer à en tirer les ficelles – captation de la rente oblige et volonté d'empêcher la réouverture des dossiers de la « sale guerre » de la décennie 1990, l'une de ses hantises.
Le second tournant réside dans la mise sous les verrous du général Toufik Mediène, ex-tout puissant patron des services secrets pendant un quart de siècle, ainsi que de son successeur Bachir Tartag. Tentative de faire diversion en offrant des têtes au peuple, leur détention est plus prosaïquement la conséquence d'une guerre ouverte au sommet qui consacre l'explosion de l'autre règle d'airain du régime : l'obligation de trouver au final – et quelle que soit la férocité des conflits interclaniques – un consensus, fût-il a minima, entre des clans aux contours mouvants dont les membres testaient leur force, se surveillaient, coopéraient, s'affrontaient, tentaient de renforcer leur pouvoir par tous les moyens et… se neutralisaient.
Au cœur de la sale guerre, un haut responsable théorisait ce principe érigé en dogme en évoquant « l'existence d'une ligne rouge absolue : préserver quoi qu'il arrive la cohésion de la famille, condition pour que nos enfants puissent, demain, nous succéder ».
Ce fonctionnement explique à la fois l'immobilisme observé et la… reproduction d'un système verrouillé où la relève des postes de commandement se fait par cooptation. C'est ce « modèle » qui a permis au pouvoir de rester jusqu'ici solidaire face à l'adversité, c'est-à-dire face à une société qu'il méprise et craint à la fois.
Toute la digue a cédé
Certes, l'absurde tentative de reconduire un Bouteflika subclaquant faute d'accord sur son successeur avait montré que ce consensus tout comme l'homogénéité des « services » avaient largement vécu.
Mais, avec l'emprisonnement du général Mediène et de ses soutiens, c'est toute la digue qui a cédé, publiquement de surcroît, donnant l'impression que « le régime ne survit plus que par amputations successives », pour reprendre une expression de l'opposant Hocine Aït Ahmed.
Arc-bouté sur une vision du monde bureaucratique et sécuritaire, l'état-major continue pourtant à faire comme si ces bouleversements ne lui imposaient pas une révision déchirante. Il s'échine à maintenir la fiction d'une armée arbitre et en aucun cas actrice alors qu'il se retrouve seul face à une rue dont la pression est telle que les acteurs sur lesquels le régime a l'habitude de s'appuyer sont, eux-mêmes, contraints de présenter des propositions s'inspirant des aspirations populaires…
L'armée finira-t-elle par comprendre qu'il est dans l'intérêt du pays – et de sa propre cohésion – de trouver une porte de sortie ?
D'autant que tout recours à la violence, dont on entrevoit de plus en plus la tentation, provoquerait de sévères remous dans les rangs d'une institution qu'on sait divisée, surtout depuis les arrestations en 2018 de cinq généraux-majors, dont trois chefs de régions militaires, à la suite d'une sombre affaire de trafic de cocaïne.
L'absence de toutes prémices d'un dialogue susceptible de déboucher sur un processus de transition organisée de manière démocratique rend difficile toute prévision. Pourtant, en dépit de ces incertitudes, l'insurrection a d'ores et déjà rendu irréversible la question qui se pose depuis l'indépendance du pays et que l'état-major feint d'ignorer : celle du rôle des institutions. Et de l'armée.


Cliquez ici pour lire l'article depuis sa source.