A Alger, les quelques commerces qui ont gard� leur premi�re vocation disparaissent les uns apr�s les autres. Apr�s la Grande Librairie (rue Boumendjel) et La librairie des Beaux-Arts (rue Didouche-Mourad), voici l�histoire de deux autres enseignes d�antan : Studio Merazi et La maison de la datte. Studio Merazi Chez les Merazi, on est photographe de p�re en fils. Cette boutique de la rue Didouche-Mourad, dont la vitrine et les murs arborent des photos en noir et blanc d�artistes comme Fadela Dziria, El-Hachemi Guerrouabi ou Warda El-Djazaria, �tait tr�s courue dans les ann�es 1960 et 1970. Avant m�me l�av�nement du num�rique, son patron, feu Isma�l Merazi, ma�trisait l�art et la mani�re de retoucher les photos. Son fils, Chawki (48 ans), a accept� de remonter le fil du temps pour nous. �Notre vocation de photographes, nous la devons � notre grand-p�re. Il avait tout juste 16 ans lorsqu�il fut mobilis� pour la guerre 1914-18. On renon�a, toutefois, � l�envoyer au front � cause de son extr�me maigreur. Cependant, on le chargea d�une autre mission : transporter le mat�riel photographique des reporters de guerre. Se liant d�amiti� pour mon grand-p�re Belkacem, les journalistes lui transmirent le b.a.-ba de ce m�tier : prendre une photo, d�velopper un clich�... De retour au bercail (Bordj-Bou-Arr�ridj), papy d�cida d�en faire son m�tier. Le temps s��grena. Un jour, grand-p�re trouva la mort dans un accident de moto. Mon p�re, alors �g� de 17 ans, fut contraint de prendre la rel�ve. En 1963, il racheta ce commerce qui �tait une �picerie � l��poque. C�est ainsi que l�aventure a commenc�. Merazi Studio s�est alors sp�cialis� dans la photo d�art et les portraits. Des politiques, artistes alg�riens et �trangers s�y bousculaient (Warda, Seloua, Fadela Dziria, Amar El-Achab, Boubegra...). Mon p�re �tait un pr�curseur du photo-shop en ce sens o� il savait comment effacer les petites imperfections, mettant les traits du visage en valeur. Il devait rendre l��me en 2003, dans ce magasin qui a �t� toute sa vie. Il avait 73 ans�, conclut Chawki Merazi. La maison de La datte Autre commerce qui a gard� le m�me esprit depuis son ouverture : La maison de La datte (rue Hamani, ex-Charas). �Le comptoir en bois massif, les �tag�res et m�me la vitrine n�ont pas boug� d�un iota depuis plus de 60 ans�, souligne Rabah Reba�ne, le proprio. �Mon p�re a commenc� � travailler ici comme ouvrier en 1952. Il avait � peine 17 ans. A cette �poque, cette enseigne �tait tenue par une Fran�aise. Les rayons regorgeaient de confiseries fines telles les halkouma, la halwa turque et le nougat traditionnel. La Maison de la datte prenait �galement en charge l�exp�dition de colis postaux de ces friandises pour ses clients�, se souvient notre interlocuteur. Sabrinal