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Séisme chez les anciens soutiens de Bouteflika
Ouyahia, Sellal, Benyounès et d'autres ministres et responsables auditionnés jeudi
Publié dans Le Soir d'Algérie le 18 - 05 - 2019

Les hommes d'affaires détenus dans le cadre de la lutte anticorruption ont visiblement fourni à la justice des éléments, ce qui a eu pour effet de provoquer un véritable séisme dans les rangs des anciens ministres et hauts responsables ayant servi sous le règne de Abdelaziz Bouteflika.
Abla Chérif - Alger (Le Soir) - La journée de jeudi a été ainsi, et pour le moins que l'on puisse dire, très particulière puisque le parquet d'Alger a décidé d'entendre bon nombre de ces derniers. L'évènement avait réellement un aspect spectaculaire et a tenu en haleine tous les Algériens qui étaient loin de se douter que l'opération anticorruption lancée au lendemain de la démission du Président allait s'accélérer de cette manière.
Les citoyens s'étant déplacés le matin au tribunal de Abane-Ramdane pour assister à l'arrivée de l'ancien wali d'Alger ont été ainsi très surpris de constater que ce dernier n'était pas le seul à avoir fait l'objet d'une convocation. Des noms, et pas des moindres, cités durant les vendredis de protesta et même «jugés» par des simulacres de tribunaux populaires organisés en plein Didouche-Mourad, ont fait face tout l'après-midi à un procureur cette fois et le défilé a été retransmis en direct par plusieurs chaînes de télévision privées. Reconstitution d'une journée par comme les autres.
Il est 9h30, une heure assez matinale en cette onzième journée de jeûne. A peine sortis de leur longue nuit ramadanesque, les citoyens de passage à Alger-Centre sont attirés par ne situation inhabituelle. Une forte présence policière contrôle tous les accès menant au tribunal d'Alger. Les policiers n'empêchent pas les curieux de s'agglutiner autour de l'édifice mais tiennent toutefois à les tenir éloignés de ses entrées principales. A mesure que le temps passe, le contrôle se fait de plus en plus serré.
En fin de matinée, les accès y menant sont définitivement fermés. Par la magie d'un bouche-à-oreille parti d'on ne sait où, tous apprennent que le fourgon de gendarmerie qui arrive à ce moment-là transporte Ali Haddad. Les cris de la foule se transforment en hystérie lorsque quatre autres véhicules de la gendarmerie arrivent avec à leur bord les frères Kouninef. Les oligarques réunis le même jour dans un même tribunal ? Les questions qui se posent à ce moment ne tardent pas à trouver réponse. Les chaînes de télévision privées ayant pour habitude d'avoir la primeur sur ce genre d'informations annoncent déjà en boucle l'évènement à venir : deux anciens chefs de gouvernement, plusieurs ex-ministres et des hautes responsables sont appelés à comparaître dans les heures à venir. Sur place, des avocats qui suivent avec grand intérêt les faits qui se déroulent savent, eux aussi, que les convocations sont liées à l'affaire Haddad et Kouninef. Ce qui n'est pas une surprise en soi puisque dès l'arrestation des hommes d'affaires soupçonnés de s'être enrichis illicitement grâce aux liens qu'ils entretenaient avec la famille présidentielle, des informations ont fait savoir que ces derniers ont cité les noms de plusieurs ministres, hauts responsables et cadres.
Selon des informations en cours, une soixantaine parmi ces derniers (des cadres) ont été écoutés ces deux dernières semaines par les enquêteurs de Bab J'did. Les affaires sont toutes en relation avec des dossiers de corruption, transactions vers l'étranger et des faits de corruption. Abdelmalek Sellal, Ahmed Ouyahia et son fils ont fait, eux aussi, l'objet d'auditions à plusieurs reprises et pour des affaires différentes. Aujourd'hui, Ouyahia comparaît cependant seul devant le procureur de la République. L'audition de son fils, Liamine Ouyahia, a été reportée à un autre jour. L'arrivée de son père a lieu peu de temps avant celle de Sellal. La foule déchaînée n'en croit pas ses yeux et réclame leur incarcération. D'autres ministres arrivent en même temps. Des véhicules font la queue devant la porte du tribunal pour laisser descendre : Abdelkader Zoukh muni d'une grosse sacoche comportant visiblement de nombreux dossiers. Ouyahia en a fait de même. Comme Sellal, Amara Benyounès, Amar Tou, Hocine Necib (ancien ministre des Ressources en eau), Karim Djoudi (ancien ministres des Finances) et Abdelghani Zaâlane arrivent les mains vides. Parmi la liste des personnes convoquées, on retrouve également l'ex-wali d'El-Bayadh, une région convoitée par l'ancien patron du FCE qui désirait, dit-il, y développer des projets d'agriculture. Contrairement aux informations avancées jeudi, l'ex-wali de Tipasa ne se trouvait pas à Abane-Ramdane, mais à Tipasa où il comparaissait devant le juge d'instruction dans le cadre d'une affaire de corruption, a annoncé la Chaîne 3.
A Alger, des avocats avançaient des explications aux profanes. La présence de Ali Haddad et des Kouninef a pour objectif d'organiser une confrontation entre ces hommes d'affaires soupçonnés de corruption et les anciens responsables suspectés d'avoir agi illégalement dans le cours de leurs fonctions. Le parquet n'a pas communiqué sur la teneur de l'enquête judiciaire qu'il a entreprise, aucune information officielle n'a donc été rendue publique mais des sources bien informées ont tenu à éclairer sur ces dossiers.
Le plus gros de ces informations concerne Ahmed Ouyahia suspecté d'activités douteuses dont lui et son fils auraient été bénéficiaires, de trafic d'influence et d'octrois illégaux de marchés à des hommes d'affaires influents. Tous les autres ministres entendus sont suspectés de corruption et de dilapidation de l'argent public. D'autres auditions sont prévues dans les jours à venir. Ouyahia et Zoukh sont appelés à comparaître mais chacun en compagnie de son fils cette fois.
Le nom de Amar Ghoul circule cependant comme étant la prochaine personnalité à se présenter devant le procureur de la République d'Alger. Tous ces ministres et hauts responsables ont été entendus en tant que témoins puisque la réglementation en vigueur ne permet à un tribunal civil de les auditionner qu'en cette qualité. En cas de soupçons avérés, leurs dossiers seront transférés à la Cour suprême qui les convoquera à son tour.
A. C.


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