Un appel à la libération de Ali Ghediri a été lancé hier par Me Miloud Brahimi, lors d'une conférence de presse animée par plusieurs membres du collectif de défense de l'ancien candidat à la présidentielle de 2019. Abla Chérif - Alger (Le Soir) - Cet appel se veut solennel, précise Me Miloud Brahimi, et s'adresse au président de la République et premier magistrat du pays. «Je crois réellement et sincèrement en l'Algérie nouvelle qui se construit, mais l'Algérie ne sera pas nouvelle tant que Ali Ghediri sera en prison.» Il s'explique : «Ghediri n'est pas victime d'une injustice mais d'une «ajustice», en insistant sur le A privatif. « Je vais me répéter en disant que son dossier est vide, qu'il a été condamné sur la base d'un article qui ne s'applique pas à son cas. Nous voyons des gens condamnés pour vol, d'autres pour meurtre, leurs dossiers sont toujours basés sur des preuves, mais qu'y a-t-il dans le cas de la personne que nous défendons aujourd'hui ? Où sont les preuves de la tentative de démoralisation de l'armée ?» D'autres explications viennent de Me Amara Abdelhafidh : «C'est un appel que je soutiens, bien sûr, mais je trouve utile de préciser que ce n'est pas la pitié qui est recherchée. La condamnation de Ali Ghediri s'est faite sur la base de l'article 75 qui porte sur la participation à une entreprise de démoralisation, cela veut dire qu'il y avait d'autres personnes. Où sont-elles ? Mes propos s'inscrivent dans le strict cas du droit car ce que nous réclamons n'est rien d'autre que la stricte application du droit, de la justice. Durant le procès, nous avons bien vu que les questions du juge portaient principalement sur les propos contenus dans une interview, à aucun moment on n'a parlé de démoralisation de l'armée ou présenté une preuve quelconque à ce sujet.» Me Miloud Brahimi reprend la parole : «On invoque un article de presse, pourquoi alors ne pas avoir interrogé l'auteur de l'article ou la publication mais uniquement l'auteur de ces propos ? Dans cette interview, il a dit des choses très correctes sur le système, il a dit également qu'en cas de cinquième mandat, l'armée devrait intervenir et c'est ce qu'elle a fait.» Me Bourayou qui tient, lui, à rappeler que l'arrestation du général-major à la retraite est intervenue près de deux mois après la publication de son interview, réclame justice et s'interroge sur les raisons du maintien en prison de Ghediri. «Il a passé 42 ans au sein de l'armée dont 15 ans en qualité de directeur général des ressources humaines, aujourd'hui il est condamné à quatre années de prison sur la base de l'article 75 qui ne s'applique pas à son cas, et il est de plus au centre d'accusations très graves portées par certains médias audiovisuels au sujet de ses prétendus liens avec Israël et une Israélienne. Nous estimons que ces accusations sont très graves et qu'elles portent aussi atteinte à sa famille.» Les faits incriminés sont en réalité liés à Guesmi Hocine, condamné à dix ans de prison pour usurpation d'identité. C'est à lui que Ali Ghediri doit la première inculpation (annulée par la suite par la chambre d'accusation d'Alger) pour «intelligence avec l'ennemi». Durant le procès de Guesmi Hocine, le juge a révélé l'existence de contacts avec une Israélienne activant au sein d'une ambassade à l'étranger avec laquelle le mis en cause entretenait des liens. Selon les avocats, l'histoire a été travestie et imputée à Ghediri. Me Berrache Hadi commente : «Nous avons une bataille juridique à mener, ce genre d'accusations travestissent la vérité, elles portent tort à toute sa famille, nous nous réservons le droit d'engager des poursuites judiciaires mais la décision incombe d'abord à la famille, porter de telles accusations dans ce contexte est très mauvais.» Tous les avocats présents soutiennent l'appel à la libération lancé à Abdelmadjid Tebboune par Me Miloud Brahimi. Ces derniers font savoir que l'appel introduit suite à sa condamnation à quatre ans de prison n'est pas de nature à bloquer une quelconque décision de mise en liberté provisoire. «Les mécanismes existent», il faut juste les appliquer. A. C.