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C�est ma vie
Sofiane, l'enfant de la rue (2e partie et fin)
Publié dans Le Soir d'Algérie le 09 - 03 - 2013

Par Katya Kaci Ces enfants, jadis libres nomades �panouis dans les plaines et les prairies, se sont rod�s au fil du temps. Les ann�es se succ�dent et forgent chez Sofiane et les siens des r�flexes qui leur permettent de survivre dans un environnement aust�re.
�La premi�re ann�e fut la plus facile � vivre pour notre groupe ; nous �tions bien situ�s, et les gens qui nous entouraient avaient fini par nous tol�rer. Les r�sidants du quartier nous donnaient tr�s souvent de la nourriture, des sacs pleins de vieux v�tements et du pain dur que l�on revendait aux �leveurs de b�tail ou de poulets. Cette g�n�rosit� avait cependant des travers ; les gens ne donnaient plus autant de pi�ces qu�avant alors que nous �tions oblig�s de rapporter de quoi subvenir aux besoins de la tribu et que ces aides d�un autre genre ne r�glaient pas autant que l�argent. Nous �tions alors dans l�obligation de chercher ailleurs de quoi acheter notre pain quotidien ; les quartiers nord de la ville �taient les mieux indiqu�s, et ce, malgr� le fait que ceux-ci �taient beaucoup plus hostiles et agressifs que notre paisible coin. Les adultes de la famille d�cr�t�rent donc que, d�sormais, nous ne devions plus rester sur place mais parcourir les diff�rents quartiers de la ville et m�me aller frapper aux portes des maisons pour esp�rer avoir encore plus. C�est ainsi que notre paisible quotidien se transforma en errance continuelle ; nous �tions d�pos�s le matin au m�me endroit que d�habitude, ensuite, apr�s quelques heures, nous d�butions notre qu�te dans les autres quartiers, plus populaires, de la ville de Bouira. Ainsi, la premi�re cit� qui s�est offerte � nous fut une sorte de quartier HLM, aux immeubles immenses o� s�entassaient des dizaines de familles ; c��tait une �tape incontournable pour nous, si nous voulions acc�der aux autres quartiers de la ville dont nous avons gard� de tr�s mauvais souvenirs. La premi�re fois que nous y avons mis les pieds, les gens �un grand nombre d�enfants et d�adolescents � l�aspect beaucoup moins farouche que ceux que nous voyions jusqu�� lors � nous cern�rent pour savoir ce que nous venions faire chez eux, et une fois notre identit� et notre qu�te r�v�l�es, ils nous ont tabass�s un � un, j��tais le plus grand des gar�ons et ma grande s�ur m�aida � nous d�fendre. Ils �taient cependant tellement nombreux que nous nous sommes enfuis en sang et en larmes pour les plus jeunes. Les adultes du quartier ne sont m�me pas intervenus pour arr�ter ces agresseurs et ils se sont m�me mis de leur c�t� en nous lan�ant des regards m�prisants et des injures auxquelles nous ne pouvions r�pondre. Pourtant, et apr�s plusieurs agressions du m�me type, mais qui ne venaient pas � bout de notre t�m�rit�, les jeunes de ce quartier nous propos�rent une tr�ve : nous pouvions rester sur les lieux, aux environs du march� local, et demander l�aum�ne mais sans d�passer la mi-journ�e, sinon nous serions chass�s de la mani�re la plus f�roce qui soit. Les r�gles du jeu furent ainsi �tablies : le march� �tait souvent bond�, nous recevions quelques menues monnaies, mais les gens �taient beaucoup moins conciliants quand on se permettait de les retenir de force, ils nous giflaient r�guli�rement ; un homme a m�me donn� un coup de poing � mon petit fr�re qui ne voulait pas le laisser partir avant d�avoir sa pi�cette. Une autre fois, c�est ma grande s�ur qui s�est fait agresser par un passant qui, la prenant � part, lui �ta son foulard et s�en est pris � son corps, il aurait fait certainement plus grave n��taient les cris de ma s�ur qui ameut�rent les gens et l�oblig�rent � s�arr�ter, il fin�t par la repousser violemment et la traita de tous les noms avant de reprendre son chemin. Les choses �taient dures, les gens peu aimables et les regards malveillants ; nous tenions cependant le coup et sommes rest�s des habitu�s des lieux pendant trois ann�es successives. Pourtant, il y eut un incident, je dirais un drame, qui nous d�cida � quitter d�finitivement ce coin et sa routine malsaine. Un jour que nous �tions ma grande s�ur et moi occup�s � demander l�aum�ne dans l�enceinte du march� couvert, les plus jeunes �taient dehors et s�amusaient dans leur coin. Ils �taient quatre, la plus jeune s�appelait Khadidja et avait cinq ans. J��tais alors sorti jeter un coup d��il, histoire de voir ce qu�ils faisaient et si personne ne les emb�tait. J�ai remarqu� que la plus jeune n��tait pas avec le groupe, je me suis approch� et j�ai confirm� mes craintes : notre petite s�ur n��tait plus l�, elle avait disparu alors que les autres �taient en train de jouer avec des petits cailloux ; ils l�avaient tout b�tement oubli�e. Nous nous sommes donc mis � sa recherche, nous criions fort son pr�nom et demandions aux passants s�ils l�avaient aper�ue. Apr�s une bonne demi-heure de recherches infructueuses et sentant mon c�ur d�faillir de peur et d�inqui�tude, l�un de mes fr�res la v�t qui sortait de la cage d�un immeuble, celui en face duquel ils �taient en train de jouer. Nous pens�mes directement qu�elle s�y �tait aventur�e et peut-�tre perdue et qu�elle venait enfin de retrouver son chemin. Pourtant, � bien la regarder, elle �tait tr�s apeur�e, visiblement choqu�e, elle n�arr�tait pas de pleurer et ne voulait pas r�pondre � nos questions ; nous ne savions pas ce qu�il lui �tait arriv�, et avions donc conclu que quelqu�un, un habitant de l�immeuble, l�avait certainement frapp�e. C�est l� qu�arriva un jeune assez sympathique que nous voyions r�guli�rement dans le quartier, il vint me voir et me demanda ce qui nous arrivait et pourquoi nous faisions tout ce bruit. Je lui racontais l��pisode d�une fa�on tout � fait d�tach�e et sans penser un seul instant � mal, mais je vis que son regard se gla�a. Soudain, il courut en furie dans l�immeuble et en ressorti quelques minutes apr�s. Il nous pr�t � part ma s�ur et moi et nous r�v�la l�effroyable : notre petite Khadidja avait subi les perversit�s d�un p�dophile du quartier. Le jeune pas plus haut que trois pommes �tait all� le voir et avait tout confirm�, ce vieux salaud �tait connu de tous, il attirait les jeunes enfants dans ses filets et les jetait ensuite dehors en barricadant sa porte. Ce jeune nous conseilla davantage d�attention � l�avenir, mais pour ma s�ur et moi, cette chose �tait inadmissible, nous d�cid�mes de ne plus jamais remettre les pieds dans cet antre de satan. Le soir venu, et sans donner d�explications nous d�clar�mes � nos parents que d�sormais nous irons mendier � la gare routi�re, et qu�une fois le travail fini, nous rentrerons seuls au campement. L��pisode du p�dophile fut mis sous silence, notre m�re a �t� mise au courant mais ne r�v�la la chose � personne, notre petite s�ur f�t soign�e et pri�e de ne jamais rien dire, elle restera d�sormais au camp avec les autres femmes de la tribu. Nous, de notre c�t�, nous reprenions la mendicit� aupr�s des voyageurs de la gare, ils n��taient pas plus gentils que les autres mais beaucoup plus g�n�reux. Notre m�thode changea aussi ; ma s�ur prenait maintenant le bus et allait mendier dans les villes alentours ; chez les Kabyles qui �taient plus cl�ments et surtout aupr�s des automobilistes, les embouteillages aidant, elle faisait la manche directement sur le bitume et gagnait beaucoup plus d�argent qu�avant. Moi de mon c�t�, accompagn� de mes fr�res et s�urs, j��cumais les bus en partance vers les diff�rentes villes du pays, les propri�taires de bus �taient aimables avec nous et nous permettaient de monter et d�aborder les passagers ; ils nous donnaient m�me un peu d�argent. Un jour, un jeune de la gare m�aborda et me proposa un cr�neau fructueux, je devais juste aller dans un bar, situ� dans cette m�me gare, et proposer discr�tement aux clients de l�herbe � fumer. J�ai accept� et j�ai laiss� les autres mendier seuls dans les bus, tandis que moi j�allais gagner les fortunes qui changeraient nos vies. Une fois dans le bar, je suis all� vers un vieux, visiblement tr�s alourdi par l�alcool, et lui demandais s�il voulait fumer du cannabis. Il s�est mis alors � me crier dessus et appela le patron du bar qui me prit par le col et m�emmena dehors. J��tais certain que ce monsieur allais m��corcher vif mais je me suis tromp� ; il me parla pos�ment et me dit qu�il �tait interdit de vendre du cannabis ou tout autre produit illicite. Je lui racontais un peu mon parcours et lui expliquais que je devais rapporter de l�argent � la maison. Il me proposa alors de m�embaucher en tant que jeune homme � tout faire. Je nettoyais les sols et aidais � d�barrasser les tables mais cela ne suffisait pas ; je gagnais � peine plus que ce que me rapportait la mendicit�. Je me rendais donc t�t le matin au march� et je proposais mes services en tant que porte-faix ou encore crieur pour les vendeurs et commer�ants. J�avais besoin d�argent et je ne pouvais plus me remettre � la manche, j�alternais donc ces petites t�ches du march� � mon modeste salaire au bar. Je gagnais une centaine de dinars et esp�rais encore une vie meilleure. Deux ann�es sont pass�es, mes fr�res et ma s�ur furent interpell�s par la police qui leur interdit tout acc�s � la gare ou � tout autre endroit public, ma m�re a repris le flambeau de la manche ; elle emm�ne mon nouveau petit fr�re, encore nourrisson, et mendie avec lui dans les rues. Moi je suis rest� l�, dans la gare, je vais du bar au march�, parfois je passe la nuit dans les parages � attendre le passage de quelques ivrognes que je tente de voler discr�tement, certains jeunes me c�dent un peu d�alcool ou de drogue ; je vais parfois au camp qui a �t� d�plac� vers une for�t de la ville, je vois les miens et je reprends le lendemain mon quotidien d��tre sans vie et sans espoir ; je survis � cette existence qui me fatigue, je me bas pour vivre mais je ne sais vraiment pas o� tout cela va me conduire.

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