La rentr�e ! Mot magique qui sent bon le caf� et les croissants. Matins vol�s � l��t� qui glissent d�licatement, comme un bateau ivre, vers les rivages brumeux de l�automne. Matins envahis de cris juv�niles et de bourdonnements de la vie� Les cartables et les tabliers sont pr�par�s et les derniers achats mobilisent les mamans amoureuses des fournitures chinoises � bas prix. Un soleil pointu tombe sur la rue Meissonnier. La vie continue� A des milliers de kilom�tres d�Alger, des bandits arm�s pillent tout dans ces villes am�ricaines pr�sent�es comme un mod�le de civilisation ! Le pouvoir d�extr�me droite est d�pass� ! D�s qu�une rue se vide de ses flics, c�est l�anarchie. Derri�re les belles fa�ades rutilantes du capitalisme triomphant, plus loin que la flamme �ternelle de la statue de la Libert�, l�Am�rique r�elle et profonde s�offre en spectacle au monde. Les pillards, les voleurs, les d�trousseurs s�en donnent � c�ur joie. Le chaos est indescriptible ! Il y a un peu plus de deux ann�es, les strat�ges US livraient Baghdad aux cambrioleurs qu�ils encourageaient m�me dans certains quartiers sous leur contr�le. Objectif : donner au monde une image d�gradante de l�Arabe, incapable de se ma�triser, port� sur le vol et la rapine, courant pieds-nus avec ses sacs de fournitures piqu�s dans les magasins ou son chariot de produits chapard�s dans une r�sidence de luxe. Et V�lan ! Voil� une belle gifle sur le visage de cette Am�rique bushienne m�prisante ! T�as l�air d�un pays du Tiers-monde, mon vieux ! Il est vrai qu�on oublie souvent de le dire : seule une minorit� vit comme dans les films d�Hollywood. Le reste passa sa vie � rembourser les dettes contract�es pour s�offrir un peu de cet �American Way of life� qui fait chavirer tant de c�urs dans le monde ! Ceci �tant, dans cette dure �preuve qui frappe le peuple am�ricain, nous nous joignons � toutes les voix qui s��l�vent dans le monde pour appeler les gouvernements et les organisations internationales � venir en aide aux sinistr�s. N�oublions jamais que ce peuple est le plus g�n�reux au monde lorsqu�il s�agit d�aider des populations sinistr�es suite � des catastrophes de ce genre. A des milliers de kilom�tres de la Nouvelle Orl�ans, Baghdad enterre son millier de morts victimes d�une nouvelle manifestation de la terreur qui pourrait s��tendre � d�autres pays. C�est une arme redoutable, qui n�a pas sa pareille dans la panoplie des arsenaux sophistiqu�s. Un kamikaze cach� au milieu de la foule n�aurait r�ussi, au mieux ( ?) qu�� tuer une centaine de personnes. L�, c�est carr�ment dix fois plus et sans aucune explosion, sans aucun coup de feu. Les gouvernements tremblent et les services de s�curit� restent perplexes : les fouilles corporelles ne serviront plus � rien. Cette arme s�appelle rumeur et il suffit de la d�clencher dans un grand rassemblement pour qu�elle provoque un massacre ! Surtout si le pays est sous contr�le am�ricain et surtout si des GI�s z�l�s bouclent toutes les issues pour n�en laisser qu�une seule ! Les terroristes n�ont certainement rien � voir avec la bousculade qui a tu� 1000 personnes � Baghdad, mais ils viennent de jouir d�une arme redoutable contre laquelle on ne peut rien ! La Chinoise me sourit. Elle me tend une belle nappe brod�e d�un beige soyeux. �1200 dinars, avec les six nappes !� J�appelle madame pour qu�elle puisse voir de plus pr�s cette merveille. Elle n�est plus l�. Elle s�est �vapor�e, aspir�e par la foule qui coule, tel un torrent de temp�te dans cette longue rue pi�tonne. Meissonnier ! Mon Dieu, faites qu�un fou ne vienne pas hurler quelque chose qui pourrait �tre interpr�t� comme une rumeur du genre de celle qui ne vous laisse pas trop r�fl�chir. D�guerpir, fuir, d�taler� Mais Alger n�a plus peur. Elle pr�pare sa rentr�e. L�odeur du caf� se m�le � celle des croissants dans les cages d�escalier�