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UNE JOURN�E AVEC LES PROCHES DE D�TENUS
Serkadji : l'enfer des familles
Publié dans Le Soir d'Algérie le 12 - 08 - 2007

Un proche derri�re les barreaux, et la vie bascule. Regard des autres qui accusent, emploi du temps contrari� Il faut tenir, malgr� tout. Pour soi comme pour celui qui est en prison. Aujourd�hui encore, la prison reste un sujet tabou.
Reportage r�alis� par Abder Bettache
5h du matin. Kada accompagn� d�une vieille dame, sa m�re est d�j� l�. Originaires du quartier populaire d�El-Hamri dans la ville d�Oran, ils ont pris la route d�Alger � minuit dans la nuit de mardi � mercredi. La course contre la montre est d�s lors engag�e. Ils doivent �tre � Alger � l�aube. Objectif : �Il faut faire partie du premier groupe de parents devant rendre visite � leurs proches d�tenus � la prison de Serkadji�. �L��t� est l�. Il commence � faire chaud. Il vaut mieux �tre parmi les premiers, rendre visite � son proche et rentrer chez soi avant la tomb�e de la nuit�, raconte notre interlocuteur. Le fr�re de Kada est d�tenu � la prison de Serkadji depuis plus d�une ann�e. Son affaire est toujours en instruction. Il est poursuivi pour des faits qui lui ont �t� reproch�s, lors d�un s�jour dans la capitale. Kada et sa vieille m�re, une septuag�naire, font le d�placement (un mercredi sur deux). Durant pr�s d�une vingtaine de minutes, ils discutent avec leur proche. Et pourtant, la r�glementation p�nitentiaire autorise une visite familiale une fois par semaine. Mais, pour la famille de Kada, la question se pose autrement. �Le d�placement vers la capitale nous revient cher. Nous d�boursons au total pr�s de 10 000 DA, tous frais compris. Face � cette situation, nous avons opt� pour une visite chaque quinzaine. Mon fr�re a compris la situation et tr�s souvent, ils nous demandent de faire l�impasse sur certaines visites. Il est tr�s dur pour nous de ne pas venir ou ne pas permettre � El Hadja de voir son fils�, nous explique ce citoyen oranais.
�Avoir un proche d�tenu, c�est �pouvantable�
La cour s�parant l�entr�e officielle de la porte principale ressemble � une vaste antichambre. C�est au niveau de cette derni�re que se croisent tous les regards et se rencontrent toutes les familles des d�tenus. Quelques personnes, seules ou accompagn�es d�enfants, attendent leur tour. On parle de tout et de rien. Mais il n�en demeure pas moins que le sujet dominant reste la justice. �Y aura-t-il une gr�ce ? Les juges seront-ils cl�ments ? Les transferts vers d�autres prisons seront-ils suspendus ?� Autant de questions qu�on se pose. Nous sommes � la maison d�arr�t de Serkadji de Bab- Djedid. Il est 09h30 du matin. La vingtaine de personnes composant la premi�re vague s�appr�te � quitter Serkadji. Pendant une quinzaine de minutes, ils ont vu et discut� avec leurs proches. Certains souriants, d�autres les yeux larmoyants. La sc�ne pleine d��motion se r�p�te durant toute la journ�e et pendant toute la semaine. La prison de Serkadji est loin de livrer tous ses secrets. Un proche derri�re les barreaux, et la vie bascule. Regard des autres qui accusent, emploi du temps contrari� Il faut tenir, malgr� tout. Pour soi comme pour celui qui est en prison. Aujourd�hui encore, la prison reste un sujet tabou. Isol�es, en rupture affective, souvent d�munies financi�rement, les familles des d�tenus pr�f�rent se taire. Mais par la force des choses, les gens tissent des relations. Ils finissent par se conna�tre et s��changent des informations. La moindre absence d�un �habitu� � des lieux est diversement comment�e. On s�interroge, on se pose des questions et on s�inqui�te. �S�il n�est pas venu aujourd�hui, c�est parce que son fils est certainement sorti de prison, ou alors il a �t� transf�r� vers une autre maison d�arr�t � l�int�rieur du pays. Le pauvre, comment pourra-t-il faire face � tous les frais, lui qui n�arrive m�me pas � r�unir le minimum lorsque son fils �tait ici � Bab- Djedid�, commente-t-on Pour ces familles venues parfois de loin - en voiture ou en train - rendre visite � l�un des leurs, ces vingt ou quinze minutes de face-�-face sont sacr�es. �La semaine derni�re, il y avait des embouteillages. On est arriv� trop tard. Il n�y avait plus qu�� reprendre la voiture en sens inverse, ou alors attendre son tour de l�apr�s-midi�, raconte cette m�re de famille, dont le fils est incarc�r� depuis plus d�une ann�e. La vie de ces familles est rythm�e par ces br�ves rencontres. �Avoir un proche -un p�re, un fr�re ou un fils - d�tenu, c�est �pouvantable. On est puni autant que lui�, t�moigne ce sexag�naire, pr�retrait�, dont le fils de 27 ans purge une peine d�une ann�e. �Je me retrouve seule, oblig�e de tout assumer pour deux�, indique pour sa part Samia, en charge d�un enfant en bas �ge. Son �poux est incarc�r� depuis sept mois et elle se d�brouille pour le voir�. �J��tais loin de m�imaginer un jour me retrouver � la prison de Serkadji attendre mon tour pour voir mon mari�, se plaint pour sa part Fatiha. �Maintenant, je passe ma vie dans les parloirs. A la maison, j�essaie de ne pas y penser. Je me dis que c�est comme s�il �tait au service militaire�, se console la m�re de la petite Sarah.
�G�rer le regard des autres�
En ce d�but d��t�, toutes les discussions se focalisent autour d�une �ventuelle gr�ce, qu�aura � prendre le premier magistrat du pays au profit des d�tenus le 1er novembre prochain ou � l�occasion de la f�te de l�A�d. La gr�ce du 5 Juillet dernier, (f�te de l�ind�pendance) n�a pas touch� un grand nombre de pr�venus. �Pour cette fois-ci, �a sera la bonne. La gr�ce profitera � un grand nombre de d�tenus�, souligne Karim, qui indique d�tenir l�information d�une source judiciaire fiable. Mais en attendant cette fin d�ann�e, la priorit� des familles des d�tenus reste la gestion de leur quotidien. �Il faut aussi g�rer le regard des autres�, explique Sa�d. �De toute fa�on, tout le monde le sait. La prison, �a fait partie du quotidien de nos quartiers�, explique notre interlocuteur habitant dans un quartier populaire de la capitale. �Il n�y a pas de honte � �tre incarc�r�, dit son ami qui l�accompagnait en la circonstance. �Les autres, il ne faut pas y faire attention. Ce qui me fait du souci, ce sont les rencontres qu�il (son fr�re) peut faire en prison. Vous savez que dans une m�me salle, on retrouve des d�tenus de diff�rentes cat�gories. Il y a ceux qui sont poursuivis pour la consommation d�un joint comme on retrouve celui qui a commis un cambriolage ou un meurtre�, t�moigne-t-on. Autre t�moignage. Il concerne le contact qu��tablissent les familles des d�tenus avec les fonctionnaires de la maison d�arr�t : �Leur regard envers nous (les familles des d�tenus) a nettement chang�. On n�est plus per�ues ou consid�r�es comme ces familles de malfaiteurs ou de bandits�, rassure-t-on. �C�est � un traitement respectueux auquel nous faisons face. Il y a du respect entre nous et la nature de la relation se fait sur la base d�une r�glementation que tout un chacun doit respecter vigoureusement. Les choses ont �volu� positivement�, explique-t-on. Ceci dit, il est � signaler que les familles payent un lourd �tribut� pour aider leurs proches � am�liorer l�ordinaire. Elles leur envoient des mandats mensuels, indispensables pour qu�ils puissent s�acheter, � la �cantine� de la prison, des articles de premi�re n�cessit�. Kada verse 2000 DA. Fatiha donne 1500 DA � son mari. Sa�d, quant � lui, ne peut pas mettre plus de 1000 DA pour son fr�re, qui a pris deux ans de prison ferme, et qui, pour la premi�re fois, �n�a pas f�t� El Mouloud en famille�.
�Je viens voir mon papa�
�La famille est la seule vraie chance de r�insertion sociale et professionnelle des d�tenus. Am�liorer les conditions carc�rales, travailler � la r�insertion des d�tenus n�est pas seulement l�affaire des politiciens et de l�administration p�nitentiaire. Chaque citoyen peut y contribuer en comprenant ce que vivent les familles des d�tenus et en les soutenant dans leurs difficult�s�, explique un avocat. Pour ce dernier, �le plus important est � la fois le soutien qu�on doit exprimer aux familles des d�tenus, mais �galement les moyens � mettre � la disposition des d�tenus pour r�ussir leur insertion sociale une fois la peine purg�e�. Se taire, pleurer, se confier ou encore se cacher, chaque adulte tente de vivre � sa mani�re la situation. Pour les enfants, en revanche, les r�percussions psychologiques sont bien plus complexes � g�rer tant leurs sentiments sont difficiles � cerner. Lors des vacances scolaires, ils sont nombreux � faire le d�placement � la maison d�arr�t pour voir leurs parents. Dans la cour, ils cr�ent une ambiance particuli�re. Ils rigolent et jouent, faisant oublier aux adultes pour un moment la r�alit� des choses. Nesrine, 10 ans, ne voit son p�re, Belkacem qu�une fois par mois. Elle vient avec sa grandm�re, son oncle et sa m�re, Fadhma. �Ma fille sait parfaitement o� nous sommes, nous lui avons toujours dit la v�rit�. Mais elle refuse d�en parler. Jamais elle ne prononce le mot �prison�. Ce qui lui importe, c�est de savoir que son p�re est quelque part, m�me � 100 kilom�tres de chez lui.� Sur les genoux de sa grand-m�re, Nesrine attend patiemment son tour. Quand on l�interroge sur ce qui se passe ici, son visage se ferme. Elle se contente de r�pondre : �Je viens voir mon papa.� �Je ne sais pas si elle souffre, mais quand elle est impatiente de retrouver son p�re, elle nous le fait savoir. C�est � nous de lui expliquer le principe de la justice, ce qui est bien et ce qui vaut d��tre puni.� Tous les enfants n�ont pas, comme Nesrine, la chance d��tre entour�s. D�s lors que le parent coupe les ponts avec son conjoint (divorc�), les jeunes mineurs en subissent les cons�quences, car ils n�ont plus la possibilit� de rendre visite � leur proche d�tenu. Au niveau de la maison d�arr�t de Serkadji, c�est une autre ambiance sociale qu�on y d�couvre. Une autre soci�t�, un autre monde marqu� d��v�nements d�un autre genre. Enfants, jeunes, personnes �g�es, femmes et hommes se croisent du matin au soir. En quittant les lieux apr�s avoir franchi le seuil de la porte principale, ils l�vent les yeux vers le ciel. Leur pri�re : �Nous esp�rons qu�il ne s�agit l� qu�un cauchemar qui sera vite �vacu�.�


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