Mouamar Khadafi est un dirigeant heureux. Il l'est doublement : quarante ans de pouvoir sans partage et doyen des chefs d�Etat africain et arabe. Autoproclam� �roi des rois traditionnels d�Afrique�, il dirige un pays riche en p�trole, le deuxi�me producteur du continent africain apr�s le Nigeria. Hasard du calendrier, le guide de la r�volution libyenne a fait en sorte que la comm�moration de ce quaranti�me anniversaire co�ncide avec la tenue du sommet de l�Union africaine (UA), deux mois seulement apr�s avoir accueilli � Syrte le 13e sommet ordinaire de l�UA. Un sommet auquel a pris part le pr�sident Hugo Chavez et qui s�est achev� sans mesures concr�tes concernant les dossiers chauds africains. La D�claration de Tripoli et le plan d�action adopt�s par ce sommet se bornent � appeler les pays membres � �trouver des solutions urgentes aux crises et conflits�, en particulier en Somalie et au Darfour. �Nous sommes pratiquement au m�me point que lors du sommet de Syrte. Il n�y aura pas de grandes avanc�es�, a indiqu� un ministre africain. �Il n'y a quasiment rien de nouveau (...) Pour les Libyens, le sommet �tait juste un moyen de garantir la participation de chefs d'Etat aux c�l�brations du 1er septembre �, a rench�ri un autre. En effet, c�est sous une tente g�ante install�e sur le port de Tripoli que s�est tenu ce sommet. Une fois clos les travaux de cette session sp�ciale de l�UA, les chefs d�Etat et de gouvernement africains ont �t� convi�s � assister le lendemain 1er septembre � un d�fil� militaire et en soir�e � un spectacle sons et lumi�re retra�ant 40 ans d�histoire de la Libye sous la gouvernance de Mouamar Khadafi. V�hicules blind�s, transports de missiles, des fanfares de 17 pays, dont celles de France et d�Italie, se sont succ�d� durant deux heures sous les yeux du guide libyen, entour�s des chefs d�Etat africain, dont le pr�sident Bouteflika et le Tunisien Ben Ali. En soir�e, ce fut tout aussi grandiose. Portraits g�ants � la gloire de Khadafi, spectacle pyrotechnique, chor�graphie avec des centaines de danseurs, le tout r�gl� sur une mise en sc�ne du Fran�ais Martin Arnaud, l�auteur de la c�r�monie du Mondial de football de 1998 en France. Les festivit�s vont durer six jours. La Libye a du p�trole (46 milliards de dollars de revenus � fin 2008) et donc de l�argent. Une population peu nombreuse : 5,7 millions d�habitants dont plus de 1,1 million de travailleurs �trangers. Mais un taux de ch�mage �lev� de plus de 30 %. Le revenu par t�te d�habitant � 9 600 dollars � est l�un des plus �lev�s du monde arabe. Tirant les le�ons de la chute du r�gime de Saddam Hussein, Mouamar Khadafi a mis aux vestiaires sa rh�torique anti-occidentale, ouvrant l��conomie p�troli�re aux compagnies am�ricaines et multipliant les gestes en direction des capitales occidentales. En contrepartie de sa renonciation � soutenir divers mouvements et groupuscules dit r�volutionnaires et de l�ouverture de son �conomie au capital �tranger, le r�gime libyen est devenu fr�quentable. Mieux, disposant de six fonds souverains ou d�investissements � le premier, la Libyan Arab Foreign Investment Company (Lafico) fond� en 1981 � dont trois cr��s en 2006 gr�ce au pactole p�trolier, la Libye est tr�s courtis�e par les Occidentaux. Qui plus est, depuis que le r�gime libyen a �mis le souhait de r�duire ses d�p�ts en devises dans les banques �trang�res, ces fonds souverains ont appel� � des partenariats avec des entreprises occidentales pour monter des projets en commun. Du coup, le regard de ces Occidentaux a chang�. Khadafi est invit� de partout. Aux Etats-Unis � quand il s�agit de fric on sait ne pas �tre rancunier �, il a �t� autoris� � planter sa tente � Central Parc � New York. Fermant les yeux sur les violations des droits humains perp�tr�s par le r�gime libyen, l�Occident pr�f�re axer sa d�nonciation contre la Russie ou la Chine. Ainsi va le monde !