Ali Benflis estime que l'évacuation musclée des enseignants contractuels de leur lieu de rassemblement à Boudouaou est la preuve que le pouvoir en place n'est plus en mesure d'acheter la paix sociale, faisant le lien entre le niet du gouvernement à la revendication des protestataires et la crise économique que traverse le pays. «Dès lors qu'il n'est plus en position d'acheter la paix sociale – comme cela lui a été loisible jusqu'ici –, ce même régime politique fait sans hésitation et sans retenue étalage de sa nature arbitraire, répressive et violente», écrit le président de Talaie El Houriyet, dans une déclaration. Sans pour autant le dire, Benflis fait allusion à la période où le pouvoir disposait d'une aisance financière qui lui permettait de répondre aux revendications de différentes catégories sociales, par la redistribution des revenus de la manne pétrolière. Ce n'est plus le cas, semble dire l'ex-candidat malheureux à la présidentielle d'avril 2014, avec la chute sévère des cours du pétrole. Le recours à la force pour la dispersion du rassemblement des enseignants contractuels «ne peut provoquer que de profonds sentiments de réprobation et d'indignation», ajoute Ali Benflis, pour qui «la violence est dans la nature du régime politique en place». «Tout comme l'écoute, le dialogue et la communication lui sont totalement étrangers», fustige-t-il encore. Le régime politique, estime le président de Talaie El Houryet, «sait parfaitement comment réprimer», mais «il lui est particulièrement difficile d'être attentif aux préoccupations de nos concitoyennes et de nos concitoyens et de ressentir le devoir qui est le sien de leur apporter des réponses convaincantes, crédibles et rassurantes». La marche suivie du rassemblement des enseignants contractuels «ont été un exemple de revendication sociale pacifique et un modèle de comportement citoyen responsable», note la déclaration. Un comportement qui «mérite d'être salué», soutient Benflis qui regrette par la même occasion que «les pouvoirs publics ne s'en soient pas inspirés dans leur gestion de cette revendication sociale légitime qui ne méritait pas une telle issue». Poussant le bouchon plus loin dans son analyse, l'ancien chef de gouvernement s'en prend aux slogans de respect des libertés et des droits promis avant l'amendement de la Constitution. «La réaction des pouvoirs publics, en cette douloureuse affaire, augure bien mal de l'Etat de droit promis et du respect des droits et des libertés que l'on prétend nominalement promouvoir». Des concepts «qui sont systématiquement bafoués dès lors que le régime policier y perçoit la moindre menace pour lui-même et pour ses intérêts exclusifs», tonne enfin Ali Benflis.