Les syndicats autonomes engagés contre la réforme du système de retraite ont repris, hier, le chemin de la grève, paralysant plusieurs secteurs de la Fonction publique. Comme attendu, l'éducation et la Santé ont été les plus touchées, malgré que les taux de suivi aient légèrement baissé, comparativement au début du mouvement à la mi-octobre dernier. Au premier jour du débrayage qui se poursuivra aujourd'hui et demain, les travailleurs ont largement adhéré aux rassemblements organisés à travers les wilayas, en signe d'attachement à la plate-forme de revendications levée par l'intersyndicale, laquelle réclame la révision de la décision portant suppression de la retraite anticipée, la participation à l'élaboration du projet de code du travail et la préservation du pouvoir d'achat des travailleurs. «Des sit-in qui se sont déroulés dans le calme et sans incidents», assure Messaoud Boudiba, porte-parole du Cnapeste. Joint par nos soins, le syndicaliste estime que les taux de participation au niveau national, exprime «le rejet de la base ouvrière» au projet du gouvernement et reflète «l'attachement» au combat. Réputés pour leur tradition syndicale, les deux secteurs de l'éducation et de la santé ont, respectivement, enregistré 62,73% et 60,43% au niveau national. Malgré le retrait des paramédicaux, les praticiens de la santé ont assuré la mobilisation. Quant aux autres secteurs, l'intersyndicale fait état, dans un communiqué, d'un taux de suivi national de 55% dans la formation professionnelle, 21% à l'enseignement supérieur et 64% chez les fonctionnaires des APC. Le syndicat des vétérinaires, connu pour sa large mobilisation, a, pour sa part, été «exempté» de faire grève et même des actions de protestations prévues «suite à la réapparition de cas de grippe aviaire» dans certaines wilayas du pays, explique-t-on dans le même communiqué. L'intersyndicale dit avoir pris cette décision «par devoir de responsabilité pour la santé du citoyen et vu le rôle que jouent les vétérinaires pour faire face à la grippe». Cette grève cyclique est encore une fois «un cri face à l'injustice imposée par le gouvernement, au musèlement et aux menaces qui accentuent sa fuite en avant», dénoncent les syndicats. Tout en réitérant leur «détermination» à continuer le combat jusqu'à satisfaction des revendications, les douze syndicats auxquels s'ajoutent désormais les fonctionnaires du secteur du commerce affiliés au Safap, comptent maintenir la pression, malgré «les menaces et les pratiques illégales» de certains responsables qui visent à démobiliser les travailleurs grévistes. C'est d'ailleurs ce que pointent du doigt les syndicats de la Santé et de l'éducation, notamment, où l'on a enregistré une légère baisse de la mobilisation, «à cause des menaces de licenciement, des ponctions sur salaires, des poursuites judiciaires et des mises en demeure». «Pour un père de famille qui voit son salaire amputé à chaque fois, il est parfois facile de céder à la pression, et au sein des syndicats on comprend parfaitement cette situation», explique Messaoud Boudiba. Notre interlocuteur accuse «le ministère de tutelle de vouloir casser la grève par des moyens de pression illégaux». Quoi qu'il en soit, du côté du gouvernement, mis à part les propos du ministre du Travail, Mohamed El Ghazi, samedi, où il appelait les syndicats «à la raison», la grève n'a pas fait bouger le Premier ministre, Abdelmalek Sellal.