Jeudi à New York, les journalistes qui suivent de près la question du Sahara Occidental étaient quasiment sûrs que la réunion du Conseil du Sécurité de l´ONU sortirait – ce week-end- avec une nouvelle résolution qui se limiterait à inviter les deux parties en conflit, le Front Polisario et le Maroc, à continuer de négocier une solution politique sur le conflit sahraoui. Les quinze membres du Conseil de Sécurité qui débattaient du mandat de la Minurso étaient, en effet, loin d´avoir fait le tour de la question sur la surveillance par cette institution mise en place par les Nations-unies, en 1991, des droits de l´homme dans l´ancienne colonie espagnole. Obstacle majeur à cette revendication avancée par le Front Polisario et, unanimement, soutenue par les organisations humanitaires internationales, la société civile et les parlementaires européens, notamment espagnols : la France. Perpétuer le statu quo Sans surprise, la France, principal et traditionnel soutien du Maroc dans le conflit sahraoui, a usé de son influence – une manière de brandir son droit de veto - parmi les pays membres permanents du Conseil de Sécurité en vue d´entraîner les « cinq grands » vers la position de statut quo qui dure depuis l´occupation du territoire sahraoui par le Maroc, en 1975. L´attitude de Paris serait à l´origine des divisions, jeudi, sur la question de cet élargissement des prérogatives de la Minurso, demandée par le Front Polisario et à laquelle s´oppose le Maroc. Se référant à des « sources diplomatiques », l´agence de presse Efe avait rapporté qu´un certain nombre de pays non-permanents du Conseil de Sécurité avaient appuyé la formule avancée par le Mexique, un pays qui reconnaît la RASD, adressant un appel au Maroc et au Front Polisario pour coopérer avec la Haute Commissaire du HCR, Mme Navi Pillay, sur l´examen de la question des violations des droits de l´homme. Le mouvement sahraoui avait, déjà, exprimé cette disposition en invitant le HCR à enquêter à ce sujet au Sahara Occidental et dans les camps de réfugiés de Tindouf. Pas le Maroc qui continue de rejeter cette initiative tout en faisant campagne autour de la supposée «séquestration des frères de Tindouf». En raison de l´intransigeance de la France, les négociations n´avaient pas avancé, hier, au Conseil de Sécurité vers quelque chose de nouveau. Des pays non-membres permanents du Conseil de Sécurité ont du constater que le poids de Paris qui se traduit par l´inflexibilité des « cinq grands sur la question sahraouie. Pour le représentant du Front Polisario à l´New York, Ahmed Boukhari, il va de soi que l´obstacle majeur dans les négociations d´une résolution prenant en charge la question des droits de l´homme par la Minurso, c´est la France qui rame à contre courant de la volonté internationale. Paris est quelque part appuyée par le gouvernement Zapatero qui est, fréquemment, rappelé à l'ordre par la société civile et les députés espagnols à cause de l´inclinaison vers les thèses marocaines. Motion des députés espagnols Ce fut encore le cas, ce jeudi, et au moment où les débats au Conseil de Sécurité s´intensifiaient, avec la motion votée à l´unanimité par le congrès des Députés où pourtant le Parti Socialiste au pouvoir rappelant ses « engagements » au Gouvernement espagnol qui assure, actuellement, la présidence tournante de l´Union Européenne de «se préoccuper auprès des autorités marocaines pour le sort des sept indépendantistes sahraouis (la septième est une femme qui a été libérée par Rabat, en janvier dernier pour raison de santé) et intensifier ses actions diplomatiques à cet effet ». Les députés espagnols ont, également, appelé le Maroc à libérer les six indépendantistes sahraouis incarcérés dans la prison de Salé à leur retour, en octobre 2009, d´un séjour dans les camps de réfugiés de Tindouf et de respecter pleinement les droits de ces prisonniers ainsi que la dignité et la sécurité de leurs familles». La motion considère que « le respect des droits de l´homme et le dialogue entre les parties (le Maroc et le Front Polisario) contribueront à la recherche d´une solution politique juste, durable et mutuellement acceptable qui prévoit la libre autodétermination au Sahara Occidental ». Récemment, la première vice-présidente du gouvernement espagnole, Mme Maria Teresa de la Vega, dont la position sur la question du Sahara Occidental est autrement plus en recul par rapport aux thèses marocaines que celle défendue par M.Moratinos, ministre des Affaires Etrangères, avait plaidé auprès de M.Ban Ki-moon pour la surveillance des droits de l´homme au Sahara Occidental. Le SG de l´ONU avait, pour sa part, assuré, le président Mohamed Abdelaziz qu´il avait reçu le mois dernier, de son soutien au droit à l´autodétermination du peuple sahraoui et de sa « préoccupation » pour les droits de l´homme dans l´ancienne colonie espagnole. La résolution que se propose de voter el Conseil de Sécurité reflétera-t-elle ces aspects – clé du problème sahraoui ?