Les Cubains n'en reviennent pas et le monde avec. Après cinquante ans passés à rouler des cigares et à s'échanger leurs vieilles Ladas ou Moscoviches fabriquées en URSS, les «sujets» du Fidel castriste vont commencer à découvrir à quoi ressemble ce monde dont ils ont été privés par la faute d'un anti-américanisme radical du parti communiste cubain. Le régime cubain a aussi fait des erreurs, a reconnu Raul, héritier du PCC. Pas moins de 300 réformes économiques historiques sont en marche sur l'île et la cerise sur le gâteau : les Cubains vont pouvoir voyager, acheter leurs logements ou leurs voitures ! Une révolution décidée par les autorités de La Havane ou imposée par l'Occident ennemi qui, dans un dernier élan de superpuissance planétaire, se sentirait encore assez fort pour «dicter» une libéralisation mondialisée par les redoutables réseaux sociaux et les drones sans pilotes. Cette «dictée» concerne-t-elle aussi la Chine à laquelle Mme Clinton vient de rappeler qu'une amélioration du bilan en matière des droits de l'homme était aussi profitable pour l'économie, à la Russie qui compte dépasser la France et l'Italie réunies dans les dix prochaines années et les pays latinos qui n'auraient rien à gagner sous le parapluie du Bolivarien Chavez ? Lui qui craint d'être la prochaine cible de la démocratisation après son ami Kadhafi et peut-être avant le président Ali Saleh, voire avant Bachar Al Assad, à présent que son voisin Ahmadinejad a réaffirmé son allégeance au Guide Ali Khamenei ? On n'y serait pas encore. Cap sur l'île castriste vers laquelle le président Obama n'a cessé de tendre la main. Plutôt le bras. Mais sur la baie des cochons, il n'y pas que de «bonnes» nouvelles. Raul Castro envisage de renvoyer 500 000 fonctionnaires inutiles, l'Etat cubain n'est plus en mesure de subventionner tous les salaires à hauteur fixe de 20 dollars. Acheter la paix sociale, synonyme d'un poste de travail pour dix employés, est de l'histoire ancienne. En attendant le vote du parlement de l'ensemble des réformes, les Castro semblent bel et bien décidés à écraser leur cigare. L'appel du large, à une démocratisation soufflée de Miami, a été plus fort que tout. Ajoutant à cela le fait que les fidèles grands alliés ne peuvent plus aider comme avant, les temps sont durs aussi bien pour les grandes puissances économiques que pour les pays émergents. Dos à la mer, le parti unique n'a qu'un choix, ouvrir l'économie cubaine au plus offrant, occidental sera-t-il. Mirage que de croire être capable de résister tout en restant en autarcie ou d'échapper à des accusations au sujet du décès d'un dissident malade qui aurait été battu à mort par la police cubaine, le web existe aussi pour traiter des polémiques. Alors qu'elles s'apprêtent à faire le pas dans le monde, où le communisme a fini d'être en voie d'extinction, les autorités cubaines encourageront-elles des pays frères à suivre sa démarche alors que ceux-là jurent de tenir encore longtemps face aux assauts répétés de la démocratisation à l'occidentale ? Ce n'est pas de la Corée du Nord dont il s'agit et où 200 000 détenus croupissent encore dans un goulag élargi. Mais bien des pays qui n'ont fait que retarder l'échéance des réformes, misant sur la robustesse de murailles antiterroristes derrière lesquelles l'Occident n'a pas jugé utile de jeter un coup d'œil tant que leurs propres intérêts y étaient bien gardés. Fin de l'impunité pour ces pouvoirs absolutistes et cachottiers qui résistent à présent comme ils peuvent à une alternative irréversible : le changement ou le renversement. Après les Fidel, bien d'autres vont finir par s'y adapter. A moins d'un sauveur mystère…