Deux phénomènes parallèles et convergents vont permettre l´amélioration du cadre de vie du citoyen. D´abord, il faut souligner les efforts inlassables du ministère de l´Aménagement du territoire qui, à travers ses infrastructures, ses observatoires, ses directions multiples, ses nombreux délégués, va tisser une véritable toile d´araignée à travers le territoire national et pénétrer d´autres institutions, en informant, sensibilisant, mobilisant et formant les divers acteurs de la vie économique pour le plus grand bien du cadre de vie. L´autre élément, tout aussi déterminant mais plus diffus et moins visible, est la prise de conscience de beaucoup de citoyens qui vont secouer le carcan du quotidien passif pour relever le front et s´attaquer aux nuisances solides et sonores qui agressent leur horizon limité. La première initiative est toujours cet exemple de quatre ou cinq citoyens plus conscients que d´autres, qui vont entreprendre le nettoyage de leur cage d´escalier, car la femme de ménage, qui n´a pas été payée depuis des mois, a fini par renoncer à astiquer ces marches souillées par une marmaille abandonnée à son sort par des adultes dépassés par les préoccupations quotidiennes. Ensuite, c´est le tour des espaces verts envahis par des herbes folles ornées de sachets en plastique qui s´accrochent avec entêtement... Nettoyer la rue désertée par le balayeur communal est plus aisé que de réunir l´argent pour repeindre la façade, la cage d´escalier ou réparer l´ascenseur en panne. Mettre la main à la poche est un geste surhumain pour des pères de famille qui invoquent la cherté de la vie, le bas niveau des salaires, mais qui n´hésitent pas à investir, au lendemain de ces récriminations, des sommes faramineuses dans l´achat d´un énorme mouton encorné, tout cela pour faire plaisir à une descendance nombreuse qui va, des journées durant, planifier son emploi du temps en fonction du mouton. Il faut aussi parler de la matrone qui bat énergiquement son tapis sur le balcon en lançant des défis chiffrés à sa voisine, sur le poids du mouton et sur la superficie de sa peau dont la toison est une promesse d´un confort futur. La mobilisation des riverains ou des habitants d´un immeuble ne dure que ce que durent les roses, l´espace d´un matin: au fil des jours, la solidarité affichée va s´effilocher, les volontaires, nombreux les premiers temps, trouveront vite qu´un bon café devant la télé est plus profitable! Leurs rangs vont s´éclaircir jusqu´à ce que le comité de quartier soit réduit à sa plus simple expression, c´est-à-dire à son fondateur, qui, par orgueil ou par obstination, continuera à faire seul, les tâches accomplies au début par une dizaine de personnes: il désherbe, plante, arrose, balaie, nettoie en silence, sous le regard gêné de ses voisins qui passent en lançant un «salam alikoum» très discret, mais en regardant ailleurs. Heureusement que de temps à autre, il se présente des événements d´une telle gravité et d´une telle urgence que tous les concernés se précipitent pour se concerter, cherchent le dernier (c´est-à-dire le premier) militant du comité: il faut trouver une solution pour la cave inondée qui va envoyer des effluves nauséabonds à travers ses soupiraux et tous les interstices vers la cage d´escalier, cage d´escalier qui sera bientôt envahie par des eaux usées et par des myriades de moustiques et moucherons. La situation est catastrophique: la famille est en danger et la chorba n´aura pas le même goût quelques jours durant. C´est-à-dire le temps qu´il faudra pour ramasser l´argent, afin de payer l´ouvrier qui osera plonger dans les regards bouchés afin de dégager la voie aux déchets nauséabonds. Après cette péripétie et un nettoyage radical, les voisins vont se tourner le dos et vaquer à leurs occupations quotidiennes ; ils ne se reverront qu´à la prochaine panne de la parabole collective.