Le patriotisme est un sentiment très noble qui peut s´exprimer de différentes manières. Il est un peu comme la religion, il y en a qui le porte en eux dans la profondeur de leur être et il y en a qui l´arbore ostensiblement «comme un enfant de choeur porte un saint sacrement» et ces derniers ne sont certes pas meilleurs que les premiers. Il ne suffit pas de se lever chaque matin pour saluer le drapeau, symbole de la nation, alors que le reste de la journée se passe dans des actes qui sont en contradiction avec le rituel. Mais voilà, c´est le rituel qui marque l´attachement qu´on éprouve pour ce pays, son histoire et ses gens. Le patriotisme doit s´exprimer par des actes quotidiens de civisme, de respect des symboles de la nation et des coutumes à l´usage dans le pays. Il s´exprime par un profond effacement de l´intérêt individuel au profit de l´intérêt collectif et par un regard tourné vers le futur et non vers le moment présent. Le patriotisme doit être contraire à tout opportunisme, cependant le patriotisme ne peut exister sans une société juste, car on ne peut pas demander aux individus le sacrifice suprême quand le reste du temps, les droits les plus élémentaires des modestes gens sont foulés par une classe de profiteurs qui ne s´embarrassent pas d´expédients pour s´enrichir au détriment de l´intérêt national. Le patriotisme est un sentiment qui s´acquiert, soit par l´éducation des parents, soit par celle de l´école ou d´une organisation de jeunesse. L´apprentissage de l´histoire est l´un des moments précieux où le jeune écolier peut s´imprégner des faits historiques qui ont concouru à la formation de la nation. Hauts faits, victoires, défaites, héros, anti-héros, rien ne doit être laissé dans l´ombre pour que le citoyen en formation ait le loisir de se forger une personnalité solide à toute épreuve. L´instruction civique fera le reste. Mais il faut aussi que le citoyen se retrouve dans les programmes scolaires! Finis les temps de «nos ancêtres les Gaulois» ou «nos ancêtres les Arabes», tous les acteurs de l´histoire doivent retrouver leur case dans la partie d´échecs que les tendances politiques nous jouent. Récemment, sur Arte, dans l´émission Karambolages dans la rubrique de l´origine des mots, l´animateur a essayé de comparer le mot allemand Shumaachor et le mot français cordonnier. Pour ce dernier, l´animateur n´a pas trouvé mieux à dire que «cordonnier venait de l´ancien français cordouannier, car au XIIIe siècle Cordoue était la ville où l´on fabriquait le meilleur cuir pour les chaussures». L´animateur avait sciemment passé sous silence, qu´à cette époque-là, l´Espagne était dominée par les musulmans qui y avaient apporté une brillante civilisation. Et surtout que parmi ces musulmans, il y avait une majorité de Berbères qui avaient accompli des prouesses pour porter haut le nom d´Allah. Tout cela pour le plus grand bien des dynasties de Damas et de Baghdad. Le patriotisme c´est aussi cela, chacun à la place qu´il mérite.