Le corps de la magistrature est en train de vivre des moments noirs en ce début de décembre 2010. Le dossier de la «Cnan» crée la gêne. «La nuit a peur du soleil», dit-on ou encore, «la lu-mière veut passer en pleine ombre». «Le blanc surclasse le noir.» Le dernier verdict du dossier «Cnan» a laissé les observateurs septiques quant à la marche de la justice. Mais ne faisons pas la bouche fine: justice a été rendue. Que s´est-il passé entre le premier et le second procès? Ania Benyoucef est-elle aussi violente que son verdict? Boubetra est-il plus calé que la «Benyoucef» réputée pour être coriace et jamais attentive. Elle l´était à telle enseigne qu´en écoutant Bachir Frik, l´ancien wali d´Oran, con-damné pour dilapidation des biens publics et d´abus de pouvoir, lui avait assuré sur un ton sec et sincère qu´il disposait - au même titre que tous les walis en exercice - du pouvoir discrétionnaire d´accorder des arrêtés de logements achevés. Elle riait à la barbe du pauvre Frik qui avait, à un moment donné, voulu appeler «au secours» tous les ministres de l´Intérieur encore en vie pour qu´ils viennent marteler cette évidence...vraie! Oui, Benyoucef s´était armée d´un karcher et avait expédié les pauvres «Cnanistes» en taule et ce, durant six années, soit 2 190 nuits et autant de jours. Et puis, en cette fin de novembre 2010, Boubetra était entré dans la salle d´audience écouter, suivre, acquiescer, laisser les avocats donner libre cours à leur euphorie qui allait vers l´acquittement. Il avait un dossier vide. Il a compris... Et puis ô miracle! Le verdict était attendu. Un monde fou avait envahi la cour d´Alger au Ruisseau. Des parents, des amis, des proches étaient là, pas seulement la presse nationale dans sa totalité, même la caméra de l´Unique! Depuis quand filme-t-on des scènes de liesse dans les salles des «pas perdus». Comme un coup de baguette magique, la caméra était là pour faire rentrer dans l´histoire cet acte héroïque de Boubetra et ses deux conseillers. Et cela n´allait pas faire taire les mauvaises langues. «Si la caméra et les journalistes ont été invités à filmer le ´´happy end´´, c´est qu´il y a anguille sous roche. On savait, on était au parfum de l´odeur anisée du verdict: acquittement! Mon Dieu! Quel ange a effleuré l´âme du trio de magistrats et des deux jurés? Sans réponse! Pourquoi? on s´en f...l´essentiel c´est que la justice venait de retirer de son ventre le sabre qui lui a servi à se faire hara-kiri. Sans réponse, là aussi, ce qui va nous pousser donc à nous interroger encore une fois à affirmer, haut et fort, que dans cette histoire, seuls les magistrats en charge de dossiers sont dans la gêne, car ils acceptent l´à-plat-ventrisme que même le pouvoir, quel qu´il soit, n´a jamais demandé arme à feu en main! Oui, les seuls humiliés demeurent les magistrats qui approuvent les instructions et les appliquent en silence et donc rejettent leur fonction. Celle d´être magistrat, pour l´autre, hideuse: fonctionnaire! Il n´y a qu´à discuter avec certains juges, victimes d´injustice et procureurs pour saisir toute l´entendue de la honte qu´ils éprouvent. Tenez, un exemple de hogra qui fait rugir des magistrats sous le coup d´une indescriptible ire à la suite d´un comportement avilissant qui a vu, un magistrat, fraîchement opéré et qui avait échappé aux coups de scalpel, être humilié par une inacceptable «convocation - by-phone» du malade en vue de signer les arrêts arguant d´un retard pourtant justifié, à la suite de la remise d´un certificat médical rédigé en bonne et due forme par un professeur en chirurgie. Le président du tribunal, qui est parvenu à ce poste à la suite d´un coup de «fée d´hiver», car quoiqu´on en dise, avait été un greffier médiocre avant de passer un «examen concours-escalier roulant» et devenir un magistrat pour voir son salaire passer de 16.000 dinars à 16 millions de centimes!!! Passons. Le propos n´est pas dans ces parachutages à la pelle qu´aura connus l´ère de Si Tayeb Belaïz, mais le fait est que le magistrat malade, malmené, mal-aimé, sous-estimé, un non taré ni non carré, n´aurait jamais connu pareil sort en 1996, date à laquelle Kaddour Berradja était à l´époque procureur général. Ce fils de famille ne s´est jamais aventuré à s´attaquer à ses confrères. Au contraire, il lui est arrivé de couvrir des moins que rien, rien que pour épargner la magistrature. De nos jours, et comme le crierait fort bien Djamel Laïdouni, cet extraordinaire magistrat affaibli, les inspecteurs se comportent comme des «shérifs» et compromettent beaucoup de carrières, hommes et femmes confondus. Même si l´on hurle à «l´avancée» de la réforme de la justice. Et alors là, il ne faut pas s´attendre à une ruade des juges trop isolés et accrochés tels des fonctionnaires au «pain des z´enfants». Dommage mille fois!