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Prêter le flanc
Publié dans L'Expression le 26 - 01 - 2011

Les civilisations, disait Paul Valéry, qui venait de découvrir une vérité éternelle, sont mortelles comme les humains. Elles naissent, grandissent, déclinent et meurent soit d´une mort violente, victimes d´une autre civilisation plus jeune, plus dynamique, soit d´une mort lente par asphyxie ou de ce mal incurable qu´on appelle la vieillesse. Beaucoup d´hommes d´Etat, fondateurs de régimes autoritaires, projetaient, par démagogie ou par aveuglement idéologique, un empire millénaire ou des lendemains qui chantent à des citoyens fanatisés, titillés là où il faut: sur la fibre patriotique, celle qui aveugle et annihile toute raison
Si l´on considère le déroulement inexorable de l´histoire, on s´aperçoit vite qu´il y a des causes profondes, visibles à la décadence d´une société.
Certains prétendent que l´enrichissement entraîne une certaine mollesse, progressive chez les détenteurs du pouvoir qui préfèreront se décharger sur d´autres des tâches qui les ont jadis hissés au sommet. Cette démission, le goût du luxe et de la facilité, est sans cesse dénoncée par les moralisateurs qui conseillent une vie austère, à la spartiate. Mais Sparte a aussi vécu! Les autres avancent que c´est surtout la mauvaise gestion, le gaspillage des ressources qui seraient à l´origine de la chute des empires. L´absence de démocratie est la pierre d´achoppement de cette gestion douteuse. Le pouvoir absolu crée autour de lui des cercles de dirigeants qui usent plus de flagornerie que de patriotisme. La complaisance remplace désormais, l´efficacité. L´appât du gain devenant le credo des fonctionnaires chargés de l´exécutif, entraîne une déliquescence du pouvoir. La corruption s´installe partout. Entre les masses populaires et les classes dirigeantes, le courant ne passe plus et le fossé, qui sépare les dirigeants des administrés, ne cessera de s´élargir, corrompant tous les liens de solidarité qui avaient jadis fortifié la Nation. Au XIXème siècle, deux pays ont perdu, l´un sa souveraineté, l´autre son empire, à cause de leur gestion économique. Le Maroc, surendetté, se voyait obligé d´emprunter auprès des banques européennes. Ne pouvant rembourser, il commença par céder ses droits de douane aux puissances européennes. Celles-ci se disputèrent âprement le marché marocain. La France et l´Allemagne ont failli «en venir aux mains». Finalement, c´est la France qui deviendra «protecteur» du Royaume chérifien. Il en fut tout autre pour la Turquie qui, mal administrée, se verra dépouillée de toutes ses vassalités. Dans les deux cas, les deux sultans menaient un train de vie digne des Mille et Une Nuits. La perte de souveraineté se fait toujours sentir plus dans les classes les plus défavorisées qui sont les plus exposées aux abus de la colonisation.
Le mouvement de décolonisation avait amené de faux espoirs dans les pays récemment libérés du joug colonial. Livrés à des gouvernements inexpérimentés ou dirigés par des bourgeoisies compradores, ces pays vont sombrer peu à peu dans une corruption exubérante. La guerre froide masquera un peu cet état de choses, mais au lendemain de l´unipolarisation des relations politiques dans le monde, le mouvement va s´accélérer.
Ceux qui dirigent le pillage des pays du tiers-monde font appel à des sociétés multinationales qui seront favorisées par le nouveau climat politique international et, leur unique souci est de transférer les richesses de leurs pauvres pays respectifs vers les pays développés. Des dirigeants, plus préoccupés par leur fortune personnelle et des leurs que par l´avenir de leur pays d´origine, favoriseront l´importation de produits finis au détriment d´une politique d´industrialisation (la plupart des dictateurs déchus du tiers-monde vivent un exil doré!). Quand des régimes autoritaires affichent des velléités d´indépendance, les pays développés ne manquent pas de s´ingérer dans leurs affaires intérieures. L´aventure irakienne est là pour l´exemple. Ainsi, certains régimes africains préparent, activement, par une politique aveugle, une recolonisation de leurs pays et, une ingérence impérialiste de plus en plus présente sous les prétextes les plus divers, se manifeste: les pays du Sahel s´engagent dans cette voie dangereuse et le Soudan a déjà un pied dedans. Quant à la Somalie, personne apparemment n´en veut.


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