Les Algérois, plus de dix jours après le violent tremblement de terre dont les séquelles psychologiques sont encore perceptibles, reprennent peu à peu, leurs activités et investissent en plus grand nombre les rues de la capitale où les commerces commencent à accuser un semblant de dynamisme. Après une longue semaine émaillée de fortes répliques dont certaines ont atteint des magnitudes de 5.8 sur l'échelle de Richter, après le séisme du 21 mai culminant à 6,8, nombreux sont ceux qui ont fini par apprivoiser leur peur. Au point que des répliques, pourtant enregistrées par le Craag, sont à peine ressenties. Ainsi Mounir avoue «n'avoir rien ressenti» dans la matinée d'hier vers 7h, quand les sismographes enregistrèrent une secousse de 4,0 sur l'échelle de Richter. Mourad ajoute pour sa part: «Nous nous shootons aux séismes»; comme pour dire que les secousses de moindre intensité ne font plus d'effet- Ainsi la vie qui tente de reprendre ses droits dans la capitale n'a pas encore atteint sa pleine expression sur les différentes places commerçantes ; cela est perceptible au marché Ali Mellah du 1er-Mai qui, habituellement bondé de monde, laisse encore indifférent. Rares sont les familles qui s'y engouffrent afin d'effectuer leurs emplettes. Une inhabituelle sensation d'espace y est encore frappante. Plus haut, les jeunes filles ne s'agglutinent plus autour des étals aux vêtements et autres bijoux de fantaisie. Seules les grandes artères laissent percevoir une animation naissante. Comme à Belouizdad, où, plus l'on s'enfonce, plus les murs de l'ancien Belcourt, profondément lézardés, rappellent l'effroyable mercredi. Il faut dire que la crainte qu'a alimentée la rumeur taraude encore les esprits, même les plus cartésiens. A Alger, que ce soit dans les cafés, qui retrouvent peu à peu leur clientèle, ou dans les transports, le thème du séisme demeure encore de toutes les discussions. Certains se réjouissent enfin de noter une relative accalmie de l'activité sismique après des nuits blanches passées souvent dans des voitures garées loin des immeubles. «J'arrive enfin à rentrer chez moi et à fermer pour une fois l'oeil», déclare Djamel qui a les yeux cernés par le manque évident de sommeil. A Alger, la sérénité prend de plus en plus le pas sur l'angoisse au moment où un élan de foi et de fougue religieuse s'empare de nombreux citoyens. Une foi brusquement revigorée par l'émotion et la peur.