Le mariage est un acte trop sérieux qui n'a pas besoin de matériel pour tenir... Le mariage est-il une aventure? Une mésaventure? Un coup de poker? Un jeu dangereux ou tout simplement un coup de destin? Mais tout divorce est un drame. Celui qui intervient par déception, n'est jamais beau à aborder! La cause est entendue lorsque l'escroquerie se faufile dans les rangs d'un futur couple qui avait tout pourtant, pour réussir. Mais si l'un des deux conjoints a deux visages, c'est le masque qui risque de gagner la partie et chacun des «fiancés» prend le chemin caillouteux. Même l'avocat avait tout joué, même les prolongations en vue de sauver la maison «en chantier». A quarante ans largement dépassés, la belle Djalila espère un bon parti dans un service. Elle est approchée par Saïd, un bel homme du même âge que la naïve jeune fille qui est vraiment bouleversée par tant de trahison, de mensonges, de pose de peaux de banane, de tentative d'agression morale, de, de et de... La vie n'est pas facile à mener. Elle est même très difficile à surveiller dans un monde où le dieu semble être l'égoïsme et le prophète la lâcheté. Dans le couloir du tribunal, Maître Djediat est assis à côté de Saïd qui est dans un état lamentable: «J'ai tout sorti comme arguments, il n'y a rien à faire», dit-il à Saïd... Djalila a débuté très tôt dans le secrétariat. Elle s'est longuement «fiancée» avec son boulot. Très sérieuse, elle n'a jamais répondu aux avances des jeunes de sa génération, ni même aux nombreuses demandes en mariage. «J'attends le moment favorable et l'homme qu'il me faut», a-t-elle toujours soutenu devant ses proches et collègues. A 38 ans, elle oublie presque le mariage. Chaque prétendant n'est jamais revenu. Djalila a tenu parole et s'est «unie» au seul travail. Les années s'écoulèrent. Djalila touche très bien. Elle aide sa famille et ne pense même pas à son avenir. «L'amour l'aveuglait si mal...», dira plus tard Maître Djediat, et ici, l'avocat parlait de l'amour familial. Un beau jour pourtant, un élégant «quadra» s'en approche. Il jette l'hameçon. Djalila imperturbable durant vingt années, mord et tombe dans ce qu'elle a toujours qualifié «le monde incertain du mariage». «Où es-tu passé durant toutes ces années?», lui avait-elle soufflé rouge de bonheur. «J'étais caché quelque part en Europe», rétorqua «Don Saïd». Rendez-vous sur rendez-vous, sorties succédant aux soirées, la dame fut éblouie par les manières de Saïd qui demanda la main de Djalila: «Oui, oui, oui, je le veux!», avait-elle presque hurlé. Bien sûr, elle était résolue à ne consommer l'union qu'après avoir eu la certitude que le mariage serait un succès. La pauvre! Si elle savait ce que le destin lui réservait... Puis le couple aborda les modalités. Les «petits cadeaux» se multiplièrent. Comme un bonheur ne vient jamais seul (nous verrons par la suite si cela a été un bonheur ou non), Djalila réussit, par son sérieux, son assiduité et son ancienneté, à obtenir un F3. Le couple était aux anges. «Et maintenant, la Fatiha», avait proposé Djalila. «Puis le livret de famille», avait repris Saïd, heureux comme jamais il ne l'avait été. La joie était si intense que les proches n'avaient pas imaginé le coup «vache» qui se profilait à l'horizon. Il faut dire que Saïd était franchement trop artificiel, et «ça» se voyait pourtant. Les deux «cérémonies» eurent donc lieu dans le meilleur des mondes. Les jours s'écoulèrent. Deux mois de bonheur, huit semaines inoubliables. Saïd se permit même le luxe d'offrir deux voyages à l'ouest et à l'est du pays. «Et à Aïn Turck et Chetaïbi», soulignera Maître Djediat au cours de sa plaidoirie, ce fut l'arbre qui cachait la forêt... A Oran, Djalila eut le temps de discuter de l'avenir du couple. «Nous aurons le choix du roi: un garçon et une fille», avait préconisé le jeune homme le plus sérieusement du monde. «Deux garçons et une fille», ironisa la jeune promise-fiancée-en attente de convoler... A Annaba, Djalila demanda à conduire la belle voiture de Saïd. «Une fois chez nous, tu passeras ton permis de conduire», avait promis l'homme. Une vraie histoire d'amour. Un conte de fées qui était tellement beau que l'homme n'y vit que du feu... d'artifice... Et comme dans tout conte de fées, il y a souvent les déceptions les plus terribles. Au fil des jours, la passion s'émoussa. Le couple sortait de moins en moins. Saïd argua le fait sécuritaire: «On s'attaque aux restaurants», dit-il en faisant peur à Djalila qui s'aperçut alors bien vite de la supercherie deux semaines après s'être désistée du... logement. «Au nom de notre amour, je me désiste en ta faveur. C'est notre nid», avait-elle confié à Saïd. Ce dernier eut beau se cacher, Djalila cherchera longtemps. Elle s'adresse alors au président du «statut personnel» pour annulation du mariage avant sa consommation. Mieux, elle porte plainte pour escroquerie. Une chose est sûre: le logement est bel et bien perdu. Il appartient à Saïd. L'amour peut mener à tout, à condition de s'en sortir à temps, pensa-t-elle en attendant l'arrivée du directeur de l'Opgi du coin pour annulation de désistement. Hélas, craignant la loi, le responsable l'informa qu'elle avait signé le désistement sans contrainte. Et ô comble du désespoir, elle apprend que son «fiancé» avait revendu par un tour de passe-passe le logement. Djalila vacilla, faillit tomber dans les pommes, mais solide comme une... courge, elle se ressaisit et s'en remit à la justice. Maître Djediat fut constitué. Mais le meilleur avocat ne peut rien lorsqu'un document dûment rédigé et signé est présenté aux juges. Puis elle pensa: «Pourvu que l'annulation du mariage ait lieu, le reste m'importe peu», déclare la pauvre et résignée jeune femme qui nous pria de retenir que tous les hommes ne ressemblent pas au hideux Saïd, qui n'ira pas loin avec l'escroquerie réalisée à ses dépens. Plus tard, le divorce, l'effacement, l'annulation s'étaient donné rendez-vous. La femme était heureuse de l'issue qu'elle avait appelée de tous ses voeux. Chacun reprit le chemin opposé. Maître Djediat, lui, empruntait celui du home, lui le témoin de la démolition du château de sable.