telle est en fait l'organisation patiemment tissée par Oussama Ben Laden. Le Maghreb semble être devenu une base de repli pour Al Qaîda d'Oussama Ben Laden, l'homme le plus recherché du monde par la CIA et les services de renseignement occidentaux. La destruction de ses bases en Afghanistan et la fermeture de ses comptes bancaires, donc le tarissement de ses sources de financement, ont obligé Al Qaîda à chercher d'autres réseaux aussi bien pour se procurer des moyens financiers de remplacement que pour disposer de bras et de rampes de lancement pour ses actions terroristes. Une toile d'araignée, telle est en fait l'organisation patiemment tissée par Oussama Ben Laden, qui avait auparavant fait des séjours plus ou moins longs au Maroc et au Soudan, avant de s'établir en Afghanistan et dans les montagnes frontalières avec le Pakistan. Le chef d'Al Qaîda connaît donc très bien la zone Afrique du Nord où il a établi avec le temps des relations et des têtes de passerelles solides. L'autre avantage de l'organisation de Ben Laden tient à la légèreté de son dispositif, sans véritable centre de décision, bien qu'ayant un chef d'orchestre qui joue beaucoup plus un rôle d'inspirateur que celui de donneur d'ordres. Il y aurait ainsi des groupes liés idéologiquement à Al Qaîda et qui prennent des initiatives, tantôt lui demandant une aide logistique et tantôt lui en fournissant. Dans le cas de l'Algérie, l'esprit d'initiative est très fort, et l'expérience acquise dans ce domaine par les GIA, Gspc et autres HDS (Houmet Adâwa Essalafia) plus connu à l'Ouest du pays sous l'appellation de katibet El Ahoual, est précieuse pour Oussama Ben Laden, qui a eu à former lui-même en Afghanistan ou au Soudan les nombreux émirs qui dirigent ces organisations dont la capacité de nuisance n'est plus à démontrer. Par ailleurs, les terroristes algériens se sont spécialisés dans la recherche de moyens financiers en utilisant toutes les possibilités qu'offre le circuit informel algérien, qui ne passe pas par les banques et donc n'est pas contrôlé par des moyens orthodoxes occidentaux. Les groupes terroristes algériens agissent comme des électrons libres qui sont en mesure de pourvoir à leur auto-financement par des moyens les plus divers: dont le racket, le chantage, les faux barrages, les demandes de rançons, les pressions diverses exercées sur les industriels et les commerçants comme l'assassinat, l'incendie des unités de production, des dépôts ou des moyens de transport. En fait toute la panoplie des moyens de pression a été utilisée, y compris les casses dans les agences bancaires ou postales. Au point qu'il est souvent difficile de distinguer entre terrorisme proprement dit et grand banditisme. Le trafic de drogue et d'armes fait également partie de cette panoplie. Ce qui a étonné beaucoup d'observateurs dans le cas de l'enlèvement des touristes allemands, autrichiens et suisses a été justement la demande de rançon, et c'est cela qui a attiré l'attention sur la mainmise d'Al Qaîda sur le groupe du Gspc dirigé par Abderrazak le para. Demande de rançon exprimée en euro, devise forte s'il en est. Il était devenu évident qu'Al Qaîda cherchait à se redéployer au niveau de la zone Afrique du Nord, notamment à la frontière sahélienne. D'autres faits troublants peuvent être reliés à cette prise d'otage, comme les attentats de Casablanca au Maroc, celui de Djerba en Tunisie, ou bien la découverte d'une cellule terroriste comprenant des Marocains et des Saoudiens et qui avait dans ses plans le projet d'attaquer des bâtiments en Méditerranée, principalement dans le détroit de Gibraltar. Ne pouvant plus compter sur la puissante manne financière d'Oussama Ben Laden, le Gspc déclenche une prise d'otage pour s'approvisionner en euro. Une fois obtenue, cette rançon lui ouvre la voie du recrutement parmi les jeunes chômeurs et néanmoins illuminés jeunes du Mali et d'autres pays frontaliers du Sahara algérien. Par conséquent, toute une nébuleuse terroriste est en train de se mettre en place dans cette partie sensible du globe, avec pour objectif de remplacer les noyaux et les bases logistiques détruites dans les montagnes de Tora Bora en Afghanistan. Les forces de sécurité ont également signalé la présence d'un groupe composé d'une vingtaine d'éléments environ, plus exactement dans la région de l'Amghid, et qui se seraient infiltrés du Niger. Ce groupe se serait fait une spécialité dans les guet-apens et les faux barrages, soulageant les automobilistes de leur véhicule, de leurs vivres et de leur argent. Là aussi, la distinction est difficile à établir entre terrorisme et grand banditisme, tant les frontières entre les deux activités criminelles sont trop minces. Du reste, un certain modus vivendi peut exister entre les deux, du fait que les uns peuvent s'abstenir d'attaquer les autres contre des vivres, du carburant, voire des renseignements et une bonne connaissance du terrain. L'autre hypothèse émise par les analystes est que les futures attaques contre les intérêts occidentaux, en Amérique ou en Europe, ne viendront probablement pas de l'Asie, mais bien de l'Afrique du Nord, qui est devenue le nouveau sanctuaire de la toile terroriste tissée par Oussama Ben Laden. En attendant, ce sont les intérêts des peuples maghrébins qui sont en danger réel, mais il ne fait aucun doute que les Occidentaux n'agiront pas pour aider à la lute antiterroriste tant que le péril ne sera pas arrivé en leur demeure. La coopération en matière antiterroriste a pourtant tout à y gagner. Mais enfin!