La hausse des prix n'est pas une surprise pour M.Menouar. Selon lui, ce genre d'épisode a une explication rationnelle. Il nous en parle dans cet entretien. L'Expression: Même si globalement l'ONS a annoncé un taux d'inflation inférieur à 3% en 2014, la hausse des prix des produits de large consommation est assez importante. Comment expliquez-vous cela? Hacen Menouar: Cette hausse était attendue, puisque nous importons tout. L'Algérie achète en dollars. On achète plus cher, il est logique qu'on consomme plus cher. Je dirai aussi qu'il y a un facteur psychologique lié à la baisse des prix du pétrole. La rumeur a enflé concernant une inflation en rapport avec cette nouvelle donne financière, cela a donné l'occasion à des spéculateurs d'augmenter artificiellement les prix de certains produits d'importation. En ce qui concerne les fruits et légumes produits localement, le phénomène bien qu'il soit regrettable n'est pas étonnant. Nous assistons annuellement au même scénario. Cela est dû essentiellement à un grave déficit en régulation. L'Etat est vraisemblablement incapable de gérer au mieux les quantités mises sur le marché. L'absence de chambres froides pour le stockage des produits agricoles conduit à ce genre de situation où la moindre goutte de pluie fait flamber les prix. La raison est qu'il n'existe aucune réserve en stock. Le ministre du Commerce impute cette situation au manque important en hypermarchés. Etes-vous d'accord avec cette assertion? Il est vrai que le grand déficit en grandes surfaces pénalise prioritairement le consommateur final. Cela s'explique par l'impossibilité actuelle de garantir une importante exposition de produits alimentaires, de sorte qu'on ne souffre pas de pénurie aux quatre coins du pays. Mais à mon sens le premier problème dont souffre le système commercial national est l'absence d'un relai de distribution efficace. Mais cette efficacité ne peut être garantie en l'absence d'un nombre important d'hypermarchés. La masse critique d'hypermarchés à même de permettre l'émergence d'un réseau de distribution moderne n'est pas encore atteinte. Le gouvernement annonce depuis plusieurs années la création de plusieurs marchés de gros pour mieux réguler le marché des fruits et légumes. Pensez-vous que cela soit la solution? Les marchés de gros sont une partie de la solution et pas toute la solution. Il faut savoir que ce genre d'infrastructures traite d'énormes quantités de produits. Ces derniers ont besoin de transiter par un réseau efficace pour parvenir au consommateur final dans de bonnes conditions de qualité et de prix. Pour ce faire, ledit réseau a besoin de gros points de chute, à l'image des hypermarchés et également d'aires de stockage. Bref, les éléments d'un système commercial efficient sont liés l'un à l'autre. Dans ce système commercial, où situez-vous le rôle des associations de défense des consommateurs? A la Fédération algérienne des consommateurs, nous voulons sortir du rôle du «crieur». Nous nous posons en force de proposition face aux pouvoirs publics. Nous travaillons sur des projets concrets, nous proposons des solutions viables aux autorités concernées. Il est important de se départir de cet esprit de bricolage qui caractérise l'administration algérienne. Je pourrais même dire que la bureaucratie ambiante qui pèse sur tous les intervenants dans la chaîne commerciale est, elle aussi, responsable, de la hausse des prix. Les tracasseries administratives ont un prix. Et c'est le consommateur final qui paye la facture. Cela dit, il arrive qu'on fasse appel à nous. Dans ce cas, nous apportons notre contribution pour l'amélioration du pouvoir d'achat des citoyens.