Rien ne va plus chez les leaders des deux partis Au moment où le gouvernement boîte, le pays fait face à de sérieux défis, les partis du pouvoir tantôt somnolent et tantôt se livrent des batailles de chaumière. Une autre crise vient de secouer un autre parti: le RND. En effet, après le FLN dont le secrétaire général est contesté par 118 députés et plusieurs autres cadres menés notamment par Belayat et Abada, le secrétaire général du RND vient de subir une salve de critiques acerbes proférées par des pontes du parti dont les tout-puissants Benbouzid et Rahmani seraient les meneurs. A ces deux responsables il est reproché notamment le fait de gérer leurs partis «en solo». Mais, loin d'être une simple «remise en cause» conjoncturelle, la pression qu'exercent les cadres du RND et du FLN sur leurs directions respectives est partie pour durer et s'apparente à une véritable crise qui ne passera sans doute pas sans laisser des séquelles dans les corps de ces formations. Mais sans doute déteindra-t-elle sur le pouvoir? Majoritaires dans l'ensemble des assemblées élues au niveau national, le FLN et le RND sont la principale béquille du pouvoir. C'est sur eux que ce dernier s'appuie pour donner un semblant de légitimité à ses politiques, les exécuter et les défendre. Le FLN et le RND sont aussi, indépendamment de leurs visions et positions politiques, les principaux pourvoyeurs de repères politiques pour le gouvernement et sont le baromètre à travers lequel le pouvoir mesure la popularité et le retour de ses politiques. Le FLN et le RND, présents dans toutes les régions du pays, sont aussi l'instrument le plus efficace de communication du gouvernement dont ils sont des relais omniprésents. En gros, ces deux formations sont indispensables pour le pouvoir, voire pour l'Etat, -tant il est vrai que celui-ci est sous l'emprise totale du pouvoir-, surtout en ces temps de flou et d'incertitude. En effet, depuis quelque temps, une triple crise traverse le pays. Sur le plan sécuritaire, l'Algérie est encerclée pour des instabilités pour le moins dangereuses. Le chaos lybien, la fragilité tunisienne, la pétaudière malienne et la «narco-guerre» livrée par le Maroc sont de vrais tourbillons dont les ahans risquent d'emporter l'Algérie, du moins la traumatiser. S'ajoute à ce risque de déstabilisation sécuritaire du pays celui d'une faillite économique que la chute brutale des exportations du pays et sa dépendance chronique de l'extérieur en médicament, produits alimentaires, équipement industriels, etc., peuvent remettre dans la période pré-1988. Avec cette fois-ci l'espoir en moins. Sur le plan politique, la situation est plus grave. Le gouvernement semble ne plus savoir sur quel pied danser. Bousculé par des pression sociales et politiques de plus en plus nombreuses et permanentes, il recule devant plusieurs décisions, y compris celles d'ordre stratégique comme la révision de la Constitution et, au passage, faisant des concessions gratuites aux islamistes, il perd de plus en plus sa crédibilité aux yeux d'une opinion publique chaque jour un peu plus gagnée à l'idéal moderniste et aux idées des courants appelant à un changement radical du système. Face à cette situation qui frise la dépression, nulle alternative ne pointe à l'horizon et le pouvoir, en panne d'inspiration, navigue tout simplement à vue. Contesté à hue et à dia par l'opposition, abandonné par ses soutiens traditionnels, lesquels soutiens sont livrés depuis quelque temps à des chamailleries de leaderships et autres querelles d'influence, le pouvoir ne sait plus où donner de la tête. En effet, au moment où le gouvernement fait face à cette situation complexe, truffée de défis à relever, le FLN et le RND, au lieu de descendre dans l'arène, de livrer bataille à leurs adversaires politiques, défendre leur gouvernement, trouver des solutions aux différentes crises qui secouent le pays, ils s'enfoncent dans des crises internes sans nul enjeu politique, si ce n'est celui de bénéficier au mieux des bonnes grâces du système, un système de surcroît aux abois. Les partis du pouvoir sont-ils insensibles aux cris d'alarme lancés à plusieurs reprises par Bouteflika et Sellal? Pourquoi se replient-ils sur eux-mêmes et privilégient-ils leur situation interne au détriment de celle du pays? Est-ce l'outrance de cadre politique à ego hypertrophié? Qu'est-ce qui animerait Belayat qui s'acharne contre Saâdani sous prétexte que celui-ci avait squatté la direction du FLN alors que lui-même avait participé au putsch ayant chassé Benflis du secrétariat national de l'ex-parti unique? Que se cache-t-il derrière le retour de Rahmani et Benbouzid sur la scène et leurs attaques acerbes contre Bensalah? cette rébellion dans les rangs des partis du pouvoir est-elle synonyme d'un retour à la légitimité? Traduit-elle une volonté de démocratiser effectivement le fonctionnement de ces partis devenus au fils du temps des bureaucraties étouffantes? Ou alors vise-t-elle à faire diversion sur la cacophonie qui caractérise le gouvernement et qui est décriée par l'ensemble des partis de l'opposition? Toutes les questions se posent et nulle réponse ne peut être certaine. Mais d'ores et déjà, il est aisé de constater qu'à chaque fois que remous il y a au sommet, ça se remue dans les partis du pouvoir, notamment le FLN et le RND. Histoire de famille, certes. Mais l'Algérie est en tout cas très peu prise au sérieux. C'est donc aussi une histoire d'irresponsabilité.