Il annonce la couleur! Aussi bien Alain Juppé que François Fillon ont prudemment décliné l'invitation, estimant que ce n'est ni la meilleure manière de rassurer l'opinion ni la meilleure stratégie pour combattre le Front national. Surprenante initiative que celle de Nicolas Sarkozy, quelques jours à peine après la validation de la nouvelle appellation de l'ex-UMP, devenue les Républicains. Jeudi dernier, il convoquait une réunion au siège du parti pour débattre de... «l'Islam», en présence de son bureau politique, de la commission exécutive, des maires de villes «sensibilisées à ces questions» et avec des invités représentatifs des mouvements cultuels ou universitaires. La rencontre n'a pas fait l'unanimité, loin s'en faut. Déjà, dans la famille politique des Républicains, des couacs sont aussitôt apparus, nombreux étant ceux qui «ne comprennent pas» la nécessité d'un tel débat et encore moins ses objectifs latents ou apparents. Aussi bien Alain Juppé que François Fillon ont prudemment décliné l'invitation, estimant que ce n'est ni la meilleure manière de rassurer l'opinion ni la meilleure stratégie pour combattre le Front national. Car telle est bien la motivation de l'ancien président, Sarkozy conservant une ligne tactique qui flirte outrageusement avec les thèmes chers au Front national et ne cachant guère sa volonté de chasser sur les terres de Marine Le Pen, avec les mêmes arguments, les mêmes discours et les mêmes... promesses islamophobes. Féru d'américanisme et admirateur patenté de George Bush, Nicolas Sarkozy développe en France une démarche à l'identique, copiant jusque dans l'appellation «les Républicains» son modèle de référence, tout en axant son arsenal d'idées et de slogans sur les recommandations extrémistes de son ancien conseiller Patrick Buisson, rescapé du journal d' extrême-droite Minute. On est tenté de se demander ce que «diable, vient faire Sarkozy dans cette galère», mais l'homme a ce penchant pour les méandres les plus nauséabonds de la politique: n'a-t-il pas adoubé Jean-François Copé à la tête de l'UMP, parce qu'il incarnait précisément l'homme qui rivaliserait avec Le Pen en tout temps et en tout lieu? Fustigé avant d'avoir commencé, le «colloque» a fait beaucoup de vagues, également, au sein de la communauté musulmane. Le Cfcm, instance créée en 2003 par Sarkozy quand il courtisait le suffrage d'une communauté qui totalise quatre à cinq millions de voix, a aussitôt condamné un «événement» dont le seul but est de stigmatiser l'Islam et ses adeptes. Pendant plusieurs jours, les responsables du CFCM ont appelé au boycott de cette réunion, certains maires UMP comme Christian Estrosi (Nice) en profitant pour crucifier davantage «les cinquièmes colonnes islamistes et leurs réseaux infiltrés dans nos caves, dans nos garages, dans les lieux clandestins». De son côté, l'Union des organisations islamiques de France (Uoif), fédération influente sur laquelle Nicolas Sarkozy s'était également appuyé en 2003,a décliné l'invitation, consciente du malaise suscité par le premier thème choisi par une nouvelle formation. Les uns et les autres sont inquiets de la dérive de Sarkozy qui multiplie les surenchères en «prônant l'interdiction du voile à l'université et des menus de substitution dans les cantines», soi-disant au nom des valeurs de la laïcité. Sourd aux critiques de son propre entourage, l'ancien président a dû prendre acte de plusieurs défections parmi ses proches. Ainsi, Nathalie Kosciusko-Morizet qui a qualifié ce débat de «mauvaise idée» a rejoint les députés Gérald Darmanin et Henri Guaino appelant à «privilégier la réflexion» plutôt que risquer de beaucoup perdre en croyant tout gagner. Quant à la majorité, elle s'est exprimée par le porte-parole du gouvernement, Stéphane Le Fol, qui porte sur cette initiative «un regard extrêmement inquiet». Reste à savoir si ce choix initial de Sarkozy ne constitue pas un signe de sa stratégie future fondée sur la stigmatisation à outrance de toute la communauté musulmane, coupable à ses yeux de dérive islamiste et donc de liens virtuels avec le terrorisme. Feignant d'ignorer que c'est justement cette communauté qui est la plus grande victime du terrorisme en ce qu'elle est constamment désignée du doigt et bardée du joug de bouc émissaire d'un phénomène dont elle ne peut mais, Sarkozy n'a pas d'autre vue que celle de rivaliser, au coude à coude, avec le Front national dans l'espoir de rééditer son coup de force de 2007 et de remporter l'élection présidentielle de 2017 avec le même argumentaire, plus musclé et plus radical. Reste à savoir si les ténors de l'ex-UMP, affublés du costume de Républicains qui n'a plus rien à voir avec les vestiges du gaullisme encore portés par certains, conscients des intérêts de leur pays tributaire d'une «politique arabe de la France», sans cesse mise à mal par Sarkozy et quasi moribonde aujourd'hui, voudront sacrifier à une démarche aventureuse dont certains pensent qu'elle est ni plus ni moins que suicidaire.