La revendication a été portée par plusieurs générations «après avoir déclaré que tamazight ne sera jamais une langue officielle, le pouvoir vient de faire une concession historique.» L'annonce d'officialisation de la langue amazighe et la création d'une académie dans la nouvelle monture de la Constitution ont été accueillies, hier, avec satisfaction par la population de Béjaïa et plus particulièrement les militants de la cause, de la démocratie et des droits de l'homme. Ainsi le député et ancien militant du MCB, Khaled Tazagharth retient que «la satisfaction de cette revendication du Mouvement national et de celui de toute la génération après l'indépendance, qui ont fait un travail extraordinaire, est une double décision d'abord pour la Constitution du Grand Maghreb qui met fin à une erreur de l'appellation du Maghreb arabe, restée longtemps une offense permanente à tous les Algériens». Le député, qui rend hommage aux militants de la cause, à tous les martyrs qui ont payé de leur sang la lutte, estime qu'à la veille de la célébration de l'An 2966, «nous considérons que c'est le moment aussi de proclamer Yennayer, journée chômée et payée comme toutes les Fêtes nationales et un décret portant statut pour les martyrs de 1963». «Cette décision consolidera l'unité de la nation et les perspectives d'une IIe République car le peuple a besoin d'assurance». De son côté, Djamal Ikhloufi, militant et enseignant de la langue amazighe, estime qu'«après avoir déclaré que tamazight ne sera jamais une langue officielle, le pouvoir vient de faire une concession historique», soulignant néanmoins que celle-ci «sera suivie d'objectifs machiavéliques. Souvent, les démonstrations de force de la Kabylie engendrent des effets d'annonce. Elles sont suivies de remaniements sans substance mais avec une forte dose de poudre aux yeux». Plus positif, il ajoute que «je dirais tant mieux que le pouvoir ait évolué. La revendication portée par plusieurs générations aspirant à récupérer, défendre et promouvoir leur langue et instaurer l'identité algérienne, voit le jour aujourd'hui, après tant de sacrifices. Avec l'officialisation de tamazight, ma première pensée est pour tous ceux et celles qui ont mené ce combat identitaire à la mémoire de tous ceux et celles qui n'ont pas vécu ce moment; à la mémoire de tous les militants. Que vive tamazight!» Mohand Aït Ighil, militant et dramaturge, dira de son côté que «j'aurais aimé que, l'officialisation de tamazight sur sa terre natale, ait été promulguée à l'indépendance de l'Algérie, comme cela avait été fait avec la langue arabe. Sinon, comme dit l'adage populaire «vaut mieux tard que jamais». «Cette officialisation de la langue amazighe est la résultante d'un combat de longue haleine qu'une multitude de générations a mené. Ceci dit. Nous souhaitons, que ceux qui prendront les rênes sauront le sacrifice des générations qui ont combattu pendant la période clandestine», conclut-il. Nacer Boutrit, architecte, militant de la cause et ex-détenu des événements de mai 1981, a jugé pour sa part que «l'introduction de tamazight comme langue officielle et la création d'une académie algérienne de langue amazighe sont deux excellentes nouvelles», précisant que «ce n'est que justice rendue et une rectification de notre longue histoire que le système a falsifié depuis des décennies. C'est aussi l'aboutissement d'un combat de plusieurs générations de militants». «Je ne peux être que satisfait de voir les sacrifices de ma génération se solder par une victoire acquise aux termes de luttes douloureuses. Toutefois, la revendication de l'institutionnalisation de tamazight a de tout temps été associée à une revendication pour un peuple démocratique et moderne, sans cela, cette institutionnalisation n'aura de sens que d'apaiser les tensions, temporairement, de la région de Kabylie notamment, bastion de luttes et de rebellions depuis la crise de 1949», soutient-il, tout en espérant que «l'académie qui va être créée en vue de la promotion de la langue amazighe sera une véritable académie scientifique et dotée de compétences humaines et de moyens matériels suffisants, pour éviter tout penchant idéologique, en imposant une transcription sur des bases qui ne sont pas dictés par des critères scientifiques et ouverts sur l'universalité». Pour Hocine Boumedjane, président du Crddh «c'est un acquis majeur pour la cause amazighe», qui constitue une avancée pour les Algériens pourvu qu'elle soit suivie de bonnes intentions et d'une bonne volonté pour sa promotion et son développement à travers l'académie, qui sera confiée à des spécialistes,des chercheurs et des écrivains pour mettre fin à toutes spéculations, la coexistence de plusieurs langues dans un pays constitue au contraire une richesse et un moyen de réconcilier les Algériens d'une injustice qui n'a que trop duré. Le Crddh salue cette décision que tamazight soit langue nationale et officielle dans la prochaine Constitution et que les droits linguistiques et culturels des minorités soient garantis.