Martin Kobler a besoin d'une poignée de main franche et volontaire à Benghazi Les propositions arrachées aux intervenants dans les rencontres d'Alger, Genève et Skhirat, avec la bénédiction intéressée des puissances occidentales, n'ont pas permis au Premier ministre virtuel, Fayez Al Serraj, de convaincre, à défaut de séduire, les véritables seigneurs de la guerre. C'est pratiquement l'impasse. Les allées et venues du représentant du secrétaire général de l'ONU, Martin Kobler, entre Tripoli et Tobrouk, n'ont eu aucun effet, jusqu'à présent. La communauté internationale semble impuissante, presque démunie d'arguments. Les multiples approches pour tenter de débroussailler la voie en faveur du gouvernement d'union nationale auquel tout le monde jure, la main sur le coeur, adhérer avec enthousiasme, restent sans effet. Maintes fois donnée comme imminente, la validation par l'un ou l'autre Parlement trouve toujours matière à redire et régénère la controverse. La médiation onusienne s'essouffle, en vain, et découvre à ses dépens que les événements ne se passent jamais comme annoncés. Telle est la réalité libyenne. Complexe, multiforme, aussi variée que viciée, elle dépend de voix à la fois nombreuses et systématiquement versatiles, au gré des jours et des intérêts circonstanciels. Ceux qui ont agité la bannière de la transition démocratique étaient de fieffés illusionnistes et, tout comme en Syrie ou en Irak, les faits s'imposent aujourd'hui crûment, pour ne pas dire cruellement. Le monstre du «Libye Ness», Daesh, l'Etat islamique, dit-on, pour amoindrir l'existence et la dimension de l'autre épouvantail désormais mal aimé, Al Qaïda, s'est promptement engouffré dans les passe-murailles que la guerre civile a engendrés, notamment dans le sud du pays. Les propositions arrachées aux intervenants dans les rencontres d'Alger, Genève et Skhirat, avec la bénédiction intéressée des puissances occidentales, n'ont pas permis au Premier ministre virtuel, Fayez Al Serraj, de convaincre, à défaut de séduire, les véritables seigneurs de la guerre. Ainsi, la liste des 30, comme celle des 18, membres du néo et néanmoins ex-futur gouvernement d'union, a constamment buté sur un iceberg nommé Khalifa Haftar, ancré dans le désert sous la houlette de puissances étrangères pince-sans-rire. Haftar, c'est chose connue, veut le poste de la Défense et, c'est également un fait établi, Tripoli ne veut pas en entendre parler. Du coup, chacun campe sur sa position tout en distribuant des sourires de bonne foi à l'émissaire onusien qui connaît mal la nature bédouine. Martin Kobler, c'est indéniable, croit en sa mission. Il veut encore et toujours y croire. Sauf qu'au bout du compte, il ne sait pas, à moins qu'il ne veuille pas savoir, que la paix ne s'obtient que par un moyen et un seul. Depuis l'Antiquité et la construction de la domination romaine, l'adage a fait son chemin. Mais les parrains des négociations de Skhirat se contentent d'envoyer des signaux rédempteurs à des Parlements alternatifs qui se cramponnent aux griefs antédiluviens pour sauvegarder leurs intérêts particuliers. Tant pis si la gangrène terroriste continue à ronger le territoire et à s'attaquer aux zones pétrolières, poumon économique du pays. Or, sans gouvernement légitime, le plan d'une intervention militaire ultérieure, drapée dans l'uniforme libyen, tombe à l'eau, tout comme quelques-uns des centaines de milliers de migrants qui ciblent les rives méridionales de l'Europe. L'hypocrisie ou la mauvaise foi de certaines puissances, sur cette question, est proverbiale. Si des millions de réfugiés débarquent sur les côtes grecques et italiennes, ce n'est pas à cause de la guerre faite à la Syrie, à l'Irak et à la Libye. Non, c' est parce qu'il s'agit d'une arme nouvelle que Bachar al Assad et Vladimir Poutine ont eu le génie de penser et de lâcher contre les Occidentaux. No comment, dit-on chez la «perfide Albion». Donc, le bras de fer continu entre les factions dominantes, les tribus, les partisans et les adversaires de l'islamisme politique est un spectacle qui perdure, sommé de temps à autre de conclure au plus vite, sans que cela n'émeuve en aucune manière les véritables maîtres du jeu. Même si les milices de Misrata piaffent d'impatience pour en découdre avec les troupes de Daesh, basées à Syrte mais pas seulement, le statu quo qui porte en lui de lourds et sombres nuages pour l'ensemble de la région et particulièrement pour les principaux voisins que sont la Tunisie et l'Algérie semble entretenu à dessein, par les apprentis sorciers qui, depuis 2011, travaillent à recomposer l'ensemble de la carte arabe au Maghreb et au Moyen-Orient, indifférents au retour de manivelle tel que celui de la Syrie. Kobler salue la contribution des pays voisins L'Organisation des Nations unies a indiqué hier que les conditions de sécurité en Libye sont restées extrêmement précaires, s'inquiétant de l'expansion de l'Organisation autoproclamée Etat islamique. Martin Kobler a indiqué au Conseil de sécurité que l'expansion de Daesh est venue compliquer la situation sécuritaire difficile en Libye. Selon lui, le groupe est parvenu à renforcer son emprise sur Syrte et ses environs, et contrôle désormais une bande de plus de 250 kilomètres. Il a recommandé à cette fin que le Conseil de sécurité proroge le mandat de la Mission d'appui des Nations unies en Libye (Manul) pour continuer à aider le Conseil présidentiel à mettre en place le gouvernement d'entente nationale. Kobler a salué les pays voisins de la Libye pour leur grande contribution au processus politique libyen, en soulignant l'importance de la septième conférence ministérielle des pays voisins de la Libye qui s est tenue à Alger, en décembre, et qui a permis, dit-il, d'échanger des vues avec les représentants de l'Union africaine, de l'Union européenne et de la Ligue arabe..