Les Rifains ne désarment pas et continuent leur protesta malgré la répression des services de sécurité marocains Les forces de l'ordre marocaines ont tenté dimanche de déloger les manifestants du mouvement Hirak, qui ont continué leur contestation sur les plages d'Al Hoceïma dans le Rif (nord) en scandant des appels à la libération des détenus et la démilitarisation de la zone, ont rapporté les médias hier. A Sfiha et Souani, des forces de l'ordre «casquées» et «bardées de leurs boucliers» ont tenté de déloger les manifestants-baigneurs, qui sur le sable et jusque dans l'eau ont continué à scander des appels à la libération des détenus, la démilitarisation de la région et la réalisation de leurs revendications socio-économiques, ont précisé les mêmes sources. Jeudi, des dizaines de jeunes d'Al Hoceïma ont organisé une marche de soutien au mouvement contestataire du Rif sur la plage Quemado, dont des vidéos ont été diffusées sur le Web. L'occasion pour eux de soutenir les prisonniers du Hirak, d'appeler à leur libération et de rappeler aux autorités les revendications socio-économiques légitimes de leur mouvement. Ils l'ont fait depuis la mer où ils tenaient leur sit-in. Les autorités ont alors accouru sur les lieux pour y mettre un terme, a-t-on indiqué. Dans une des images sur les réseaux sociaux, on voit les forces de l'ordre former une sorte de mur. Dans une autre, on les voit, les bottes dans l'eau, faire face à des jeunes portant des maillots de bain. Le Hirak a déplacé cette semaine le terrain de la manifestation à la plage, une innovation pour les mouvements sociaux au Maroc et des appels ont été lancés cette semaine en ce sens sur les réseaux sociaux. Après les grands rassemblements sur la place principale d'Al Hoceïma, les affrontements sur les hauteurs des quartiers chauds et les concerts de casseroles la nuit, les partisans du Hirak ont déplacé la contestation vers les plages, lieux symboliques de l'économie locale et vitrine touristique de la région. Cela fait huit mois que la ville d'Al Hoceïma et les localités avoisinantes, dont Imezouren, dans le nord du Maroc, sont le théâtre de manifestations populaires qui ne donnent aucun répit aux forces de l'ordre. Ce mouvement social veut voir sa province dotée notamment d'une université et d'un hôpital spécialisé dans le traitement du cancer ainsi que des investissements pour permettre la création d'emplois pour les jeunes chômeurs. Au lieu de prêter oreille à ces demandes et leur répondre favorablement, les autorités marocaines ont eu recours à la répression en interpellant plus d'une centaine de manifestants. Si une partie d'entre eux a été condamnée à des peines de prison allant jusqu'à 18 mois, les autres attendent leurs procès. En réaction à cette situation décriée à travers le monde, une coalition marocaine regroupant 22 associations de défense des droits de l'homme a dénoncé des arrestations abusives et l'usage excessif de la force lors des interventions des forces anti-émeute dans le Rif. Aussi, malgré cette campagne de répression dénoncée au Maroc et par des ONG internationales, les manifestations se sont poursuivies à Al Hoceïma, ces derniers jours, scandant notamment «nous sommes tous des Zefzafi», en référence au leader de la contestation du Rif, Nasser Zefzafi, suivies d'affrontements avec les forces de l'ordre. Depuis le 28 octobre 2016 et le décès d'un jeune marchand de poisson du pays, Mouhcine Fikri, broyé dans une benne à ordures alors qu'il tentait d'empêcher la destruction de sa marchandise saisie par la police, la mobilisation n'a jamais cessé à Al-Hoceïma ainsi que dans plusieurs localités avoisinantes, touchant même la capitale Rabat.