L'avenir des ârchs pose beaucoup de questions, à la lumière des idées qui se sont dégagées au fil du déroulement du forum organisé tout récemment par le RAJ. Le récent discours sur la possibilité d'ériger une structure politique nationale qui serait la projection organique de l'actuelle nébuleuse qu'est l'entité ârch, ouvre des perspectives tant décriées par les animateurs des ârchs qui avaient jalousement prévenu contre toute politisation de leur mouvement. Un mouvement citoyen à la base et hautement revendicatif, mais dont les confrontations et autres courses au leadership régional (Béjaïa - Tizi Ouzou), et à la représentativité (l'explosion du "front" à Béjaïa en deux tendances), risquent d'hypothéquer la dynamique même de la logique citoyenne et revendicative, rappelons-le, des ârchs. Le modèle d'organisation adopté, une hiérarchie horizontale et le consensus fait autour de la présidence par rotation, ne sont pas étrangers à ces phénomènes. Aujourd'hui, les observateurs tablent sur un reprofilage de l'organigramme des ârchs sans pour autant voir une transmutation de leur ligne de conduite. L'élément saillant à mettre en exergue est l'insistance des membres et responsables du CIADC à n'offrir aucune brèche à une quelconque récupération ou intrigue de partis politiques. Même si des informations évoquent le noyautage de ces structures par un parti politique, il n'en demeure pas moins que le refus ferme et constant d'une telle OPA sur leur mouvement citoyen, décourage les volontés non avouées de certains acteurs politiques. Ces derniers, affichant dans un premier temps une attitude de "wait and see" vis-à-vis des ârchs, se sont déployés ensuite en autant d'opérations de charme, l'enjeu étant de réoccuper un terrain perdu par la force des compromis avec le pouvoir et par leur prime prudence à adhérer à la logique même de la violente contestation. Ceci dit, la viabilisation des ârchs comme force politique nationale, structurée ou non, donne à réfléchir sur les modalités mêmes de l'avenir de l'action politique, et particulièrement partisane, sur la scène nationale. Nous sommes tentés de dire que l'Algérien, après avoir perdu confiance en son administration (centrale et locale), a perdu aussi également confiance en l'action des partis politiques dont la plupart ont été piégés dans la gestion des collectivités locales ou se sont embourbés dans des considérations platement partisanes et politiciennes. L'alternative ârchs comme force politique n'a-t-elle pas été battue en brèche par ces mêmes partis qui lui font, aujourd'hui, les yeux doux ? En fait, plus qu'une entité politique, les ârchs viennent à point nommé signifier l'étendue des dysfonctionnements pesant sur la chose politique en Algérie. Leur fulgurante apparition, non seulement tributaire des considérations conjoncturelles, marque un jalon important dans l'expression citoyenne et les aspects qu'elle peut emprunter. Emprunter seulement, car l'avenir se dessine incertain pour une voix qui n'arrive pas encore à s'assurer un support de structures et de paradigmes qui allient stabilité et dynamique.