La campagne pour la présidentielle en Egypte s'est achevée hier. Quarante-huit heures avant le scrutin de mercredi, candidats et électeurs reprennent leur souffle, mais personne en vérité ne se fait d'illusion quant à la victoire finale, promise au grandissime favori qu'est le président sortant: Mohamed Hosni Moubarak. De fait, les premières élections pluralistes, au suffrage universel, jamais organisées en Egypte, ont plus donné l'impression d'avoir été un exercice de style pour le raïs, et une répétition générale pour des candidats qui se cherchent encore-ayant beaucoup à apprendre sur l'exercice du pouvoir démocratique et sur ses soubassements institutionnels, dont, singulièrement, la campagne électorale pluraliste, une première en Egypte dont les consultations électorales ont toujours été un moment de plébiscite pour le raïs dans lequel le peuple n'a quasiment pas son mot à dire. Est-ce à dire que les élections de ce mercredi inaugureront de nouvelles moeurs électorales en Egypte? Cela reste peu probable d'autant plus que la campagne électorale proprement dite a été verrouillée par les partisans du raïs qui a eu la partie belle face à des novices en politique. Hier, c'était donc la fin d'une campagne présidentielle qui s'est étalée sur trois semaines marquées par des critiques acerbes et des tirs groupés des neuf candidats contre le superfavori, le président Moubarak. Celui-ci, assuré d'être reconduit dans ses fonctions, pouvait se permettre d'être condescendant et de promettre monts et merveilles, comme la création de quatre millions d'emplois, dont il n'a pas réalisé le quart en 24 années de pouvoir. Dans cette élection pluraliste, à tout le moins expérimentale, -certain d'être réélu-, le président Moubarak, aurait pu avoir l'élégance de jouer la transparence, laquelle est loin d'être évidente, de même assurer la présence d'observateurs indépendants égyptiens, ce qui aurait donné autrement de poids et de crédit à sa réélection annoncée. De fait, les ONG égyptiennes qui ont déposé plaintes auprès de la justice ont obtenu gain de cause, mais la Commission électorale égyptienne n'a pas voulu hier prendre en compte la décision de justice autorisant les ONG à déléguer des observateurs dans les bureaux de vote. Ainsi, selon l'un de ses porte-parole la «Commission (électorale égyptienne) va ignorer les décisions du tribunal administratif». Certes, la loi électorale égyptienne stipule que les décisions de la Commission ne peuvent être changées par la justice, mais le tribunal a statué que la supervision du scrutin ne relevait pas des prérogatives de cette Commission. Celle-ci s'en tient, en matière de supervision du scrutin, aux seuls observateurs présents dans les bureaux de vote: les juges et les délégués des candidats. Ce qui, il ne fait pas de doute, va garantir un plébiscite pour le Raïs, mais laissera en stand-by une véritable ouverture politique qui assure les mêmes chances à tous les candidats. A propos de candidats, la campagne a perdu un de ses membres, la justice égyptienne ayant décidé samedi d'exclure Wahid Al-Louxori de la course à la présidentielle, évoquant le litige qui l'oppose à un autre responsable du parti socialiste arabe égyptien, au nom duquel il se présente à la présidentielle de mercredi. Ainsi, Ayman Mohamed Siddiq, qui a introduit un recours devant le tribunal administratif, revendique la présidence de ce parti et conteste la candidature de M.Louxori. Exit donc M.Louxori. De fait, seuls deux candidats, Ayman Nour et Noâman Gomaâ, - dans un scrutin ouvert et loyal-, auraient pu inquiéter M.Moubarak. Le jeune Ayman Nour, du parti Al-Ghad, provocateur et trublion, a introduit un air de fraîcheur dans la campagne qui n'a pas manqué, par ailleurs, de moments forts. Le président du Wafd, parti libéral traditionaliste, Noâman Gomaâ, est toutefois considéré par les observateurs comme le plus sérieux adversaire du raïs et la seconde place lui est d'ores et déjà promise par les bookmakers égyptiens. S'adressant, vendredi, pour la première fois directement à la population, depuis le début de la campagne présidentielle, Hosni Moubarak, demandant le soutien des électeurs, a affirmé: «Après 65 ans au service de la patrie, je m'engage à diriger le pays avec force et volonté, si j'obtiens votre confiance le jour du vote». De fait, cette campagne présidentielle un peu particulière, où le peuple égyptien, tenu en laisse, a pu faire montre de sa gouaille inventive, et exprimer pour la première fois librement ses sentiments, s'en donnant à coeur joie comme le résume un chercheur égyptien en sciences politiques au centre stratégique d'Al-Ahram qui a affirmé: «Nous avons vécu un moment inouï en Egypte. On a pu s'en prendre directement à la personne de Pharaon comme jamais dans ce pays». De fait, la campagne présidentielle a été un entracte qui a permis aux Egyptiens d'extérioriser leur trop-plein de rancoeur et de frustration en s'en prenant au raïs vilipendé (verbalement) comme premier responsable des malheurs de l'Egypte. Un intermède qui risque fort de se refermer mercredi et de replonger l'Egypte dans le train-train qui est le sien depuis un quart de siècle..